De gauche à droite, Camille el-Khoury (directeur administratif), Brahim Najem (directeur de rédaction), Jad el-Youssef (rédacteur), Celine-Marie el-Chami (rédactrice en chef adjointe) et Pascal Watwat (directeur général).
« Certains voient les choses telles qu’elles sont et demandent pourquoi ; je rêve de choses impossibles et me dit pourquoi pas. » C’est la citation – de Kennedy – que Hala Abou Charaf, étudiante en troisième année d’économie à l’USJ, a choisie pour introduire son éditorial de rédactrice en chef du premier numéro d’ÉcoLibre paru en avril passé. ÉcoLibre, le magazine des étudiants de la faculté des sciences économiques de l’USJ, qui « a servi de porte-voix aux étudiants assoiffés de liberté dans les années 90, un rôle qui a été souligné dans le film Rue Huvelin, précise Pascal Watwat, président de l’amicale étudiante et directeur général de la publication estudiantine. ÉcoLibre – qui paraissait sous forme de dépliant distribué uniquement sur le campus de la rue Huvelin – n’était plus publié depuis 2008 ». « Faire revivre ce magazine était l’un des plus grands projets autour desquels s’est articulée notre campagne lors des élections estudiantines, au début de l’année universitaire », poursuit Pascal. Le défi a été relevé et la promesse tenue. Il y a quelques semaines, c’est un magazine d’une centaine de pages – bien illustré, riche en articles variés rédigés majoritairement par des étudiants et traitant de sujets divers dans différents domaines tels que la finance, le droit, la politique, l’écologie, la culture, la mode et le cinéma – qui a été distribué sur les campus. « Les rédacteurs sont issus de toutes les facultés. Nous avons voulu également nous ouvrir sur d’autres universités, notre but étant d’enrichir nos articles par des regards différents », confie Pascal Watwat, qui s’est également occupé de la conception graphique du magazine. « Nous avons tout fait nous-mêmes : le choix des sujets, la rédaction des articles, la conception graphique, la maquette, la mise en page. Ce qui nous a permis d’épargner quelque 2 000 $ », indique Brahim Najem, directeur de rédaction et étudiant en 3e année d’économie à l’USJ. Cela représente 60 % du coût total, qui est de 3 000 $ environ couverts en grande partie par des sponsors sollicités par les étudiants eux-mêmes. Outre Pascal, Hala et Brahim, le comité de rédaction compte également deux autres étudiants : Céline el-Chami, rédactrice en chef adjointe, et Camille el-Khoury, directeur administratif et financier, qui s’est occupé du site Web, du finissage technique et de la distribution. À savoir que plus de 2 500 copies d’ÉcoLibre ont été distribuées sur les campus de l’USJ. Sur la couverture de ce premier numéro d’ÉcoLibre, une photo du bâtiment – partiellement ensoleillé – de la faculté d’économie sur la rue de Damas. Pascal précise : « Nous avons choisi cette photo pour l’ombre et la lumière. Nous voulons que notre magazine, ressuscité dans un nouveau concept professionnel, puisse, à l’instar du soleil dans la photo, apporter un éclairage différent sur l’économie, la culture et l’actualité. »
Ils sont quelque 10 000 au Liban à exercer la profession d’infirmier. Des milliers de femmes et d’hommes dont la mission consiste, d’après la définition qu’en donne l’OMS, à aider les individus, les familles et les groupes à déterminer et réaliser leur plein potentiel physique, mental et social. Leurs fonctions sont variées et vont du maintien et de la promotion de la santé à la prévention des maladies. Indispensables, ils le sont sans aucun doute. Recherchés aussi, surtout dans les régions et depuis que le phénomène d’émigration des infirmiers est devenu une triste réalité au Liban. Pourtant, ces professionnels de la santé souffrent encore, malgré les efforts soutenus et les réclamations constantes de l’ordre des infirmiers et infirmières au Liban, de conditions de travail inacceptables. « Nous sommes désolés de vous informer que nous n’avons pas atteint les objectifs que nous nous sommes fixés, et cela malgré les demandes insistantes et répétées auprès des responsables et des instances concernées », a déclaré Mme Claire Ghafari Zablit, présidente de l’ordre des infirmiers et infirmières au Liban, lors de la conférence de presse tenue le jeudi 10 mai, dans les locaux de l’ordre, à Sin el-Fil, à l’occasion de la Journée internationale des infirmières. Les revendications, fort réalistes et tout à fait légitimes, portées par l’ordre des infirmiers et infirmières au Liban sont : l’ajustement des salaires en tenant compte de la situation économique, des diplômes détenus et des fonctions occupées ; la mise en place de contrats de travail entre les journaliers et les employeurs ; la reconnaissance des diplômes et la réduction du temps de travail à 42 heures par semaine. « Nos revendications portent également sur l’octroi de primes annuelles et d’indemnités pour le travail les jours fériés, l’établissement d’une assurance santé et des vacances annuelles », a affirmé Mme Zablit. Des infirmiers et des infirmières de tout âge et de toutes les régions du Liban, des défenseurs de la cause infirmière et de nombreux journalistes ont assisté à la conférence. « Pourquoi doit-on accepter de travailler de longs mois sans toucher de salaire ? » s’est écriée une infirmière présente lors de la conférence de presse. Une autre a confié avoir peur de se plaindre auprès de l’ordre par crainte des représailles. « J’ai peur de perdre mon travail si je me plains. » Par ailleurs, les infirmiers souffrent encore de stéréotypes ancrés dans la pensée commune et véhiculés par les médias. L’image la plus répandue est celle de « l’ange de miséricorde » qui se « sacrifie » pour les autres. Des stéréotypes contre lesquels l’ordre des infirmiers et infirmières au Liban lutte depuis des années. Dans cette optique et pour inciter les jeunes à choisir la profession d’infirmier, l’ordre a réalisé un court-métrage – à diffuser dans les écoles secondaires – mettant en scène de jeunes infirmiers et infirmières passionnés, fiers et motivés, qui racontent leur métier. Environ 500 infirmiers sont diplômés des universités libanaises par an. Un chiffre bien en deçà de la demande des hôpitaux.
Il y a mille et une raisons de « désaimer » le Liban. Pourtant, dans les milliers de messages nés de l’initiative de Philippe Abou Zeid sur Twitter, c’est de son sentiment d’amour envers le pays du Cèdre que l’on parle. Le jeune homme de 28 ans, diplômé en sciences politiques de l’USJ et en journalisme de l’Université libanaise, raconte : « En discutant avec des amis, la veille de la commémoration
de la guerre civile libanaise, j’ai réalisé que rien n’encourage les jeunes à rester au Liban. C’est à ce moment que j’ai eu l’idée de créer un trend sur Twitter (#ILoveLebanonBecause) pour contrer l’atmosphère négative qui sévit dans le pays. » Le jeune homme décide alors de créer « une situation de solidarité en ligne afin d’inciter les gens à oublier la guerre, de provoquer une réflexion positive sur le Liban et le plus important : de porter les Libanais à réaliser qu’ils aiment toujours et pour toujours leur pays ». Derrière son initiative, l’amour pour sa patrie, mais aussi pour sa petite sœur Carmen âgée de 15 ans qui, elle aussi, rêve de s’envoler vers de nouveaux cieux. « Je veux donner aux jeunes et à ma sœur en particulier des raisons de ne pas quitter le Liban. »
C’est ainsi que Philippe invite ses abonnés (followers) à partager avec les autres utilisateurs les raisons pour lesquelles ils aiment leur pays. Des milliers de Libanais répondent à l’appel. Son initiative, encouragée à ses débuts par les « tweets » (messages sur Twitter) de personnalités médiatiques comme Marcel Ghanem et Neshan Derharoutounian ou de la chanteuse Élissa, connaît rapidement un franc succès. Un flot de commentaires positifs, souvent drôles et originaux, déferle sur Twitter. « Au cours des premières 24 heures, 1 500 tweets liés au #ILoveLebanonBecause sont postés, générant plus de 1 251 000 impressions (personnes ayant lu le tweet sur leur page) pour une audience de plus de 364 000 abonnés », affirme Philippe. Des chiffres élevés qui ont pourtant été dépassés le lendemain, cette marée numérique laissant peu de jeunes Libanais actifs sur Twitter indifférents. « Aucune figure politique n’a participé. Ce qui a préservé cette campagne de toute politisation », tient à souligner Philippe, qui travaille comme producteur-reporter à l’émission Kalam el-Nass. Le jeune homme, qui a l’intention de rassembler bientôt les messages postés sur Twitter dans une publication papier, conclut : « Je rêve d’un jour où l’on puisse écrire : j’aime le Liban car c’est plus qu’un pays, c’est un paradis. »
Le dopage tue. Il ne décapite pas uniquement le sport ou l’esprit de compétition. Il foudroie également la santé des jeunes sportifs. En Belgique par exemple, on rapporte depuis quelques années au moins un décès annuel des suites de la consommation de produits anabolisants. En France, deux jeunes joueurs de rugby ont développé il y a quelques semaines un cancer qui serait lié à la consommation d’une substance achetée sur Internet. Dans le monde entier, le dopage constitue une menace pour le sport et les sportifs. Le Liban ne fait pas exception. Une étude publiée en février 2012 par le Journal of nutrition and metobolism indique que plus de 36 % des personnes fréquentant des salles de gym à Beyrouth ont reconnu consommer des « compléments nutritionnels » sans supervision médicale étroite. Évidemment, tous les produits vendus sous le label de « suppléments alimentaires » ne sont pas néfastes et ne sont pas considérés comme dopants. Mais en l’absence de mesures serrées de contrôle et d’inspection des substances vendues dans les boutiques du coin, sur les chaînes de télévision (!), sur le Net, et dans les clubs de sport « sous le manteau », un danger bien réel guette les jeunes sportifs, et particulièrement ceux qui cherchent par tous les moyens à améliorer leur performance physique ou augmenter leur masse musculaire. Sachant que les sportifs amateurs ne sont pas (ou rarement) soumis à des contrôles antidopage. L’institut de physiothérapie de l’USJ, conscient des dangers du dopage, offre une formation intitulée « Dopage : pratiques sportives et contrôles ». Cette formation de dix heures est offerte dans le cadre du master en physiothérapie. « Mais elle peut être ouverte aux physiothérapeutes, aux entraîneurs et même aux sportifs qui le souhaitent », affirme Mme Nisrine Abdelnour Lattouf, directrice de l’institut de physiothérapie de l’USJ. L’objectif de ce cours est de faire connaître les pratiques du dopage et d’apprendre aux jeunes et à leur entourage à discerner entre alimentation, traitement et dopage. « Il a pour but aussi de souligner les effets néfastes de cette pratique et d’inciter à la lutte contre la consommation de produits dopants », poursuit Mme Lattouf. La formation est dispensée par M. Jihad Haddad, physiothérapeute, officier international de contrôle de dopage au sein du Comité olympique d’Asie et à l’Agence mondiale antidopage. « Au Liban, les structures sportives ne sont pas toutes pourvues d’un médecin ou d’un préparateur physique. Le physiothérapeute se trouve alors confronté à des situations qui exigent de lui une bonne connaissance du dopage, indique Mme Lattouf. Il y a des coachs qui conseillent aux joueurs de consommer des substances pour améliorer leur performance. D’où la nécessité de sensibiliser les physiothérapeutes et l’ensemble des acteurs dans le domaine sportif sur les dangers du dopage. »
Ils sont venus nombreux, au Bathish auditorium, pour écouter la conférence du Dr Fawaz Traboulsi sur la laïcité au Liban. Un évènement organisé le jeudi 12 avril par le Club laïc de l’AUB en commémoration de la guerre civile libanaise.
Rackel Mezher, étudiante en 2e année de génie chimique et membre du club, insiste dans son mot d’ouverture sur le lien direct entre le système confessionnel et la guerre civile. « Nous croyons que la laïcité garantit l’égalité de tous les citoyens et la liberté de chacun, dit-elle. Nous voulons sensibiliser les gens aux dangers du confessionnalisme. Le rôle de la laïcité dans l’édification d’un État de droit n’est pas une illusion. L’illusion est de croire que le système confessionnel peut perdurer. »
Devant un public très attentif, le Dr Traboulsi, professeur de sciences politiques à la LAU et à l’AUB, déplore l’amnésie officielle qui couvre la guerre. Le professeur, qui est aussi journaliste au quotidien as-Safir, dénonce la version officielle qui parle de la « guerre des autres au Liban ». Une théorie qui permet aux Libanais de fuir toute responsabilité dans la guerre qui a ravagé le pays pendant 15 ans. « Il n’y aura jamais une version unique de la guerre, conclut-il. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas s’informer, se documenter, communiquer, se rappeler et apprendre de la guerre. »
Le Club laïc – qui est totalement indépendant des partis et des courants politiques libanais – a été fondé il y a 3 ans par des étudiants de l’AUB dans l’objectif de sensibiliser la nouvelle génération sur les dangers du système confessionnel. « Nous avons également pour objectif de combattre les préjugés envers “l’autre”, qui se basent sur une haine et un désir de vengeance latents, et d’exposer notre vision de la laïcité au Liban comme seule alternative durable pour préserver le Liban libre, indépendant, souverain, démocratique et pluriel », affirme Jean Kassir, étudiant en 1re année d’économie et membre du club.
Les étudiants espèrent réussir l’expérience de ce club en tant que rassemblement politique alternatif laïque pour exporter le modèle à d’autres universités. « Il s’agit de démocratiser à fond l’idée en ayant des représentants ailleurs, dans d’autres facs, explique Jean Kassir. Nous ne voyons pas notre club comme un rassemblement élitiste limité aux étudiants de l’AUB. À cet effet, nous travaillons avec d’autres organisations avec lesquelles nous partageons les mêmes objectifs. »
Au Liban, la laïcité n’est pas pour demain. Cependant, une chose est sûre : le plus long chemin commence toujours par un pas.
Par Roula AZAR DOUGLAS L'Orient-Le Jour du vendredi 30 mars 2012
Je crois fermement à l’égalité des races, des nationalités, des personnes, de l’homme et de la femme. Égalité qui devrait être garantie par la loi, principe fondamental de tout État de droit. D’où l’urgence d’amender la loi sur la nationalité au Liban. Cette loi qui remonte à 1925 et qui m’empêche, à l’instar de milliers de Libanaises, de partager une grande partie de mon identité, mon appartenance à ma patrie, mes racines et mon histoire avec ce que j’ai de plus cher au monde, avec la chair de ma chair : mes enfants. La loi actuelle permet à la femme palestinienne, jordanienne, irakienne, saoudienne, iranienne, syrienne, africaine, européenne, américaine, de devenir libanaise sans d’autres conditions que son mariage avec un Libanais. Plus grave, elle lui permet de transmettre sa nouvelle nationalité à ses enfants mineurs issus d’un précédent mariage avec un non-Libanais si ce dernier décède. Et ces enfants, nés donc de pères et de mères non libanais, pourront à leur tour transmettre leur nationalité libanaise à leur progéniture. Quand moi et des milliers de Libanaises ne pouvons pas transférer notre identité nationale à nos enfants. La loi actuelle permet à une femme de transmettre sa nationalité libanaise à ses enfants s’ils sont de père inconnu et m’empêche, moi et des milliers de Libanaises, qui connaissons le géniteur de nos petits, de bénéficier du même droit.Nombreux sont les politiciens qui prétendent être pour l’égalité des sexes et qui affirment que c’est uniquement la peur du changement démographique qui les empêche d’amender cette loi injuste et inacceptable. À ces hommes je dis : si vous êtes incapables d’égaliser la femme à l’homme en ce qui concerne la loi sur la nationalité, alors égalisez l’homme à la femme. La loi doit être la même pour tous les citoyens. Elle deviendra : « Est libanaise toute personne née de mère et de père libanais. » Combien de politiciens et d’enfants de politiciens se verront alors privés de leur nationalité libanaise ? L’accepteront-ils ? Sûrement pas. Pourquoi nous alors devrions l’accepter ?
Le Liban a adhéré à la Charte des
Nations-Unis qui stipule que tous les Hommes, sont libres et égaux et
ont les mêmes droits sans discriminations entre les hommes et les
femmes.
Malgré l’adhésion à la Charte des
Nations-Unis et la signature des traités internationaux, il y a encore
une grande discrimination vis-à-vis des femmes dans les lois et dans la
réalité. "Le statut civil est la base de la discrimination contre les femmes".
Dans le cadre du cycle de débats « Journalisme et causes sociales »
LA MISSION CULTURELLE FRANCAISE AU LIBAN et L’ASSOCIATION D.E.S. FRANCOPHONE DE JOURNALISME (AFEJ)
vous invitent à participer au débat intitulé : Comment les journalistes libanais couvrent-ils les droits de la femme ?
Le Jeudi 24 février 2011 à 18H00 – Salle de Conférence
MISSION CULTURELLE FRANÇAISE – RUE DE DAMAS – ENTREE LIBRE
Les intervenants :
- Ghassan Moukheiber, député au Parlement libanais
- John Azzi, magistrat - Roula Douglas, responsable de rédaction à l’Orient des Campus, activiste pour les droits de l’Homme
- Rima Abi Nader, chef de l’unité de support aux victimes et responsable du centre d’écoute de l’ONG « Kafa »
Le débat sera animé par Colette Chibani, rédactrice en Chef de « Noun » et membre de l’AFEJ.
Dans le cadre du 17e Salon du Livre
francophone de Beyrouth, les éditions Dergham ont l’honneur de
vous convier à une conférence autour du thème : «Écriture journalistique, écriture
romanesque: quelles différences?»
Intervenants : Roula Azar Douglas, Karen Boustany, Belinda Ibrahim et Alexandre Najjar.
Animation : Elsa Yasbek Charabati
le jeudi 4 novembre
à 18 heures
Salle Gibran - Biel
La colère et la frustration étaient palpables au lancement de la campagne« Pour amender la loi sur la nationalité au Liban », il y a quelques jours au Phœnicia. Campagne organisée conjointementpar le programme des Nations Unies pour le développement (UNDP) et le comité national du suivi des affaires des femmes. Détails sur les conséquences de la loi de 1925 qui stipule dans son premier article : « est considéré comme libanais tout enfant né de père libanais ».
La salle est comble. Des femmes et des hommes directement concernés par la loi, mais aussi de très nombreux supporters de diverses tranches d’âge, de toutes les catégories sociales et de toutes les confessions. Un écran géant. Le spot télévisé de la campagne passe en avant première.L’image est forte. Un bébé,rose, bien portant, souriant. « Il est le portrait tout craché de sa mère, entend-on,ses yeux, son sourire…». Gros plan sur les mains, menottées, du bébé.«Tout, sauf sa nationalité, car son père n'est pas libanais ! »Les menottes, c’est la frustration et l’impuissance que ressentent les femmes libanaises, mères d’enfants non libanais. Et c’est aussi le manque de contrôle de ces enfants face aux répercussions de leur situation de non libanais sur leur vie de tous les jours et leur avenir.
Violation du principe d'égalité des citoyens. Injuste et discriminatoire, l’article en question est une violation du principe d'égalité des citoyens devant la loi.« La loi doit traiter équitablement les citoyens sans aucune discrimination. Au Liban, le fait de naitre fille implique la perte d’une partie de ses droits.Il n’y a pas de plus injuste qu’une loi inéquitable. Il faut lever l’injustice de la loi ! », martèle Ziyad Baroud, ministre de l’intérieur et fervent défenseur de l’amendement de la loi sur la nationalité.« On ne veut pas de mariages blancs. C’est certain. Mais il y a une grande différence entre interdire à la femme le droit fondamental à la transmission de la citoyenneté et le réglementer », assure-t-il. En insistant sur l’importance d’unebonne réglementation et d’un contrôle efficace de l’application de la loi si elle est amendée, le ministre de l’intérieur révèle que les réserves des politiciens à l’égard de ce sujet ne sont pas techniques mais politiques. « Les politiciens libanais ne font pas preuve de courage dans leur approche de ce sujet. Ils n’ont même pas accepté de le mentionner dans la déclaration ministérielle. Je comprends qu’ils aient un avis différent là-dessus mais il faut en discuter ». Actuellement, une femme non-libanaise mariée à un libanais, le devient par la loi, idem pour ses enfants. « Il arrive souvent qu’elle ne parle pas arabe, qu’elle ne connaisse rien à l’histoire de notre pays et qu’elle n’ait pas de projet de vie au Liban, on lui offre, ainsi qu’à ses enfants, la nationalité libanaise et moi, avec tout le souffle libanais qui m’anime, avec tout le sang libanais qui circule dans mes veines, avec tout mon patriotisme, avec toute ma passion envers mon pays, que je communiqueà mes enfants, je n’ai pas le droit de leur donner la nationalité ! Quelle injustice ! », crie Carla, mère de deux enfants italiens.Une injustice douloureusement ressenti par toutes les familles concernées : femmes, enfants et conjoints.Qu’ils soient de milieux très aisés ou défavorisés, qu’ils aient une nationalité occidentale ou arabe, ils en sont tous affectés. « Il ne faut pas minimiser l’impact de cette loi sur notre vie et celle de nos enfants. Je m’inquiète beaucoup de ce qui arrivera à ma mort. Dans le contexte actuel, mes enfants ne pourront pas hériter de mes propriétés », déplore une mère outrée. Une autre, les larmes dans la voix, raconte comment l’école publique à refuser d’admettre son fils de trois ans « car la priorité est aux libanais ». Touchants et poignants, les témoignages se multiplient. « Mon fils n’a pas le droit de jouer avec l’équipe nationale de football. » ; « On a interdit à ma fille de chanter l’hymne national à l’ouverture des jeux de la francophonie » ; « Renouveler le permis de séjour de ma fille est un vrai calvaire pour moi,les remarques désobligeantes des fonctionnaires, leur attitude nonchalante, l’attente... » ; « L’école a demandé aux élèves de présenter une copie d’une de leur pièce d’identité, pour une sortie. C’est ainsi que ma fille a découvert qu’elle n’est pas libanaise. Depuis elle est marginalisée par ses camarades. » ; « J’ai peur pour son avenir. Il veut étudier la médecine, mais pourra-t-il exercer au Liban ? » ; « Je n’ai pas les moyens de payer les frais de l’opération chirurgicale que mon enfant doit subir ». Et aussi, et surtout : « Je me sens impuissante. » ; « J’ai l’impression de n’être qu’une demi-citoyenne. »
Les palestiniens ne constituent qu’une petite partie des mariages avec des non-libanais. Les partisans de cette cause sont conscients que le problème palestinien est à la base de la résistance face à l’amendement de la loi, bien qu’à l’origine, en 1925, il n’existait pas. « Ça ne doit pas l’être, il suffit de lire les chiffres. Les palestiniens ne constituent qu’une petite partie des mariages à des non-libanais », répond Dr Aman Kabbara Chaarani, présidente du comité de suivi des affaires des femmes, se basant sur une étude longitudinale de 1995 à 2008. L’étude en question a recensé environ 18 000 mariages entre des libanaises, toutes confessions confondues, et des non-libanais. Moins de 22 % des conjoints non-libanais sont palestiniens. « La loi est dégradante à plusieurs égards. Lesfemmes palestiniennesmariées à des libanais obtiennent, elles et leurs enfants, la citoyenneté libanaise. Par contre, on a peur pour le Liban quand les femmes libanaises épousent des palestiniens ! C’est assumer qu’au Liban, on ne croit pas aux idées, aux opinions, à l’influence de la culture et de l’éducation ; On ne croit qu’à ce qui est marqué dans la case confession dans les pièces d’identité. N’est-ce pas considérer que les libanais ne sont pas capables de réflexion,de jugement et d’esprit critique ? À mon avis, cette loi est dégradante pour l’ensemble de la population ! » , s‘indigne Carla.
En faveur de l’amendement.Outre la campagne médiatique, une pétition est mise en ligne sur le site web www.lwrnl.orgpour l’amendement de la loi sur la nationalité.Au moment d’écrire ces lignes, plus de 3000 personnes ont déclaré leur soutien à la campagne. Beaucoup d’hommes sont en faveur de l’amendement pour une égalité entre les citoyens.« Les enfants de toute femme libanaise, peu importe où ils se trouvent, sont libanais de cœur ; la loi doit l’admettre. Nous sommes fiers d’être libanais, mais comment l’être complètement quand la moitié de la population n’a pas les mêmes droits que l’autre moitié ? », s’interroge un jeune homme.Antoun, un autre supporter, s’indigne: « C’est inconcevable que mon fils puisse passer la nationalité libanaise à ses enfants et non mes filles. C’est une loidésuète et rétrograde. Il faut absolument la changer. »Laith, elle, est une brillante doctorante de 21 ans. Née de mère libanaise et de père non-libanais, la jeune femme a choisit de poursuivre ses études supérieures aux États -Unis. Elle témoigne : « Permettre à la femme libanaise de donner la nationalité à ses enfants ne bénéficiera pas uniquement à sa famille, il profitera aussi au Liban en empêchant la fuite des cerveaux.A l’obtention de mon diplôme, j’hésite à retourner au Liban puisque je n’ai pas la nationalité libanaise. Je connais de nombreux étudiants de mère libanaise comme moi, qui après un long parcours académique choisissent de rester à l’extérieur car le Liban ne leur accorde pas la citoyenneté. »
Il est à noter que quatre pays arabes ont donné dernièrement à la femme le droit de transmettre sa nationalité à ses enfants : la Tunisie, l’Égypte, le Maroc et Bahreïn. Au Liban, malgré les apparences et les prétentions, les droits de l’homme, l’égalité entre les citoyens,la justice ne sont encore que des slogans. Le silence, assourdissant, du gouvernement en témoigne.
Do you think that women should have the same rights as men concerning the nationality law? Do you think that lebanese women should be able to give their sons and daughters the lebanese natonality ? If so please support our campaign and sign this petition!
Dans son premier roman, Chez nous, c'était le silence, Roula Azar Douglas, journaliste libano-canadienne, rend hommage à la mémoire d'une amie, Ghada, victime de la violence conjugale... jusqu'à la mort. « Au début, je croyais que le cas de Ghada était unique, mais en me documentant, j'ai constaté qu'il existe des points communs à toutes les histoires, explique Roula Douglas. Leur drame commence toujours lorsque le mari les isole et leur interdit tout contact avec le monde extérieur. » C'est exactement le cas de Ghada qui, à 18 ans, s'est unie avec Pierre, de plusieurs années son aîné, mais qui a su la séduire. « Pierre a piqué sa première crise de violence durant la première grossesse de Ghada, poursuit Roula. Avant, il criait et s'énervait, et Ghada avait toujours pensé qu'elle était fautive et que c'était ses comportements qui l'agaçaient. » Elle a été alors voir son père pour lui demander de l'aider. Ce dernier a refusé, parce qu'il ne voulait pas de « scandales ». « Lorsque j'ai écrit le livre, je voulais aider les femmes victimes de la violence, surtout conjugale, à se battre à fond pour obtenir leurs droits, tout comme mon amie », note Roula. Mais la vérité est tout autre. En effet, Ghada décède des suites d'un cancer du sein diagnostiqué à un stade avancé. « Pierre la maltraitait au point de ne plus l'aimer et de négliger sa santé, dit Roula. Lorsqu'elle a senti la masse dans son sein, elle l'a ignorée et ne s'est décidée à consulter un médecin que lorsqu'il était trop tard. » « Souvent, les hommes violents sont charmeurs et charmants avec les autres, constate-t-elle, ce qui pousse les étrangers à blâmer la femme du comportement de son mari. C'est ce qui s'est passé avec Ghada, et c'est l'un des aspects dangereux de la violence conjugale. Il est important que les gens sachent que la femme n'est pas responsable de cette violence. J'estime qu'elle doit prendre son courage à deux mains et entamer une démarche pour se libérer de l'emprise de son agresseur. C'est le message que je voudrais faire parvenir à toutes les femmes victimes de violence. Il faut qu'elles soient conscientes qu'elles ne sont pas responsables de cette violence et que ce ne sont pas elles qui l'ont provoquée. »
Chez nous, c'était le silence "Rompre la loi du silence “Le bonheur est la plus grande des conquêtes, celle qu’on fait contre le destin qui nous est imposé” Albert Camus Ghada, l’héroïne du premier roman de Roula Azar Douglas, a douloureusement échoué dans cette quête. Mariée à Pierre, deux enfants, elle va vivre une tragédie dont elle pourra difficilement se relever, celle de la violence conjugale. Roula Azar Douglas, dans son roman “Chez nous, c’était le silence“, s’inspire de l’histoire d’une amie libanaise pour dénoncer le calvaire quotidien que vivent certaines femmes au sein de leur couple. Harcelées, battues, humiliées, tétanisées par un mari agressif, violent, parfois pervers, elles vivent un enfer au quotidien, mais trop souvent elles ne disent rien, se résignent, acceptent leur sort. Pourquoi? pourquoi Ghada, malgré sa conscience, sa souffrance et l’exhortation de sa soeur, reste-t-elle aux côtés de cet homme violent et dominateur? Parce qu’elle a peur des représailles, peur pour ses enfants. Au Liban, le père a quasiment tous les droits sur les enfants, elle veut continuer à les élever comme dans une famille normale. Parce qu’elle est démunie, elle n’a pas de profession, elle est complètement dépendante de son mari économiquement. Parce qu’elle est fragilisée, inhibée par ce qu’elle vit tous les jours. Parce qu’elle est à bout de force: elle met toute son énergie à minimiser les tensions pour protéger ses enfants de la violence gratuite de son mari et de la violence aveugle de la guerre civile. Parce qu’elle a perdu toute confiance en elle, elle se sent même parfois coupable de ce qui lui arrive, elle a honte. Parce qu’elle veut respecter la promesse qu’elle a faite à son père de ne pas briser son foyer pour la réputation de la famille: c’est déshonorant dans une famille libanaise de quitter son mari. Pour toutes ces raisons elle ne peut pas partir, elle ne s’autorise pas à partir. Ainsi elle creuse son malheur et elle conforte son mari dans sa brutalité. Roula nous fait vivre par une écriture simple et délicate les douleurs, les tourments et les émotions de Ghada. En mélangeant réalité et fiction, elle veut rompre la loi du silence sur ce problème social mais également donner aux femmes qui subissent cette violence conjugale la force de se battre contre leur destin d’épouses maltraitées. Objectif réussi ! Le livre est touchant et donne envie de vous le partager. Le lire, en parler c’est lever un peu le voile sur un problème trop souvent nié au Liban, comme dans d’autres pays d’ailleurs. La tradition et la religion régissent les règles familiales et empêchent l’institution d’un mariage et d’un divorce civils. Les hommes conservent une place dominante, l’honneur et la réputation de la famille sont trop souvent évoqués pour garder le silence. Les femmes sont donc démunies : où trouver un refuge ? Comment se séparer de son époux violent ? Comment faire valoir ses droits à la garde des enfants ? Comment garder sa maison ? Comment vivre et élever ses enfants ? Si la lutte contre la violence passe en partie par l’éducation, il faudrait avant tout que la loi enfin protège les victimes et permette de condamner et de sanctionner les hommes responsables de sévices. Mais les femmes concernées doivent trouver le courage de les dénoncer. Et ce n’est pas facile ! Vous pouvez trouver ce livre à Paris à l'Institut du monde Arabe : Chez nous, c'était le silence de Roula Azar Douglas
Chez nous, c’était le silence de Roula Azar Douglas, Beyrouth, Dergham, 2007, 176 p.
Ce n’est pas un roman conventionnel que celui de Roula Azar Douglas, mais une vie, réelle, concrète, authentique, qu’elle raconte, avec des mots aussi concis que denses. Le témoignage révèle un talent exceptionnel d’écrivain dans un Orient ballotté entre tradition familiale rigide et postmodernité de façade. On ne peut s’arrêter aux descriptions poignantes de la condition de Ghada, femme « mariée » à 19 ans, violentée par son mari, et pourtant déterminée à maintenir le lien familial. Le récit incite à des réflexions fort actuelles sur la condition féminine dans des sociétés traditionnelles, mais aussi sur d’autres dérives actuelles dans le mariage, le droit des enfants à une vie de famille, et plus généralement sur l’amour. Au-delà de la violence conjugale, comme on en lit dans des livres récents, le roman de Roula Azar Douglas pose en termes fort simples la problématique d’aujourd’hui d’une humanité techniquement développée, mais sans âme, où la structure familiale se trouve disloquée au nom de l’amour. Ailleurs, une autre humanité, celle de Ghada, violentée, va apprendre péniblement à « s’assumer ». Il y a aujourd’hui dans des sociétés traditionnelles des mariages sans amour, alors qu’ailleurs, dans des sociétés libéralisées, se développent des amours, au pluriel, sans mariage et hors mariage. Quel talent de romancière que celui de Roula Azar Douglas, talent qu’elle devrait désormais orienter encore vers la biographie tant son récit est spontané, concret, attentif au détail. Un témoignage authentique qui, partout, vous donne la sensation tangible du vécu. Témoignage qui progresse, avec plein de surprises, bien que la condition de Ghada soit routinière et, du moins dans l’avenir, prévisible, sans issue. Le récit est par endroit si étouffant, pire que le spleen romantique de Baudelaire, au point que le lecteur a parfois envie d’arrêter la lecture. Mais le lecteur devient si concerné par le sort de Ghada, ses deux enfants, ses hésitations épisodiques entre le suicide, le départ, les diverses formes de soumission… et la soif d’un regard attendri et authentique de Pierre ! Il ne s’agit pas seulement de l’histoire d’une femme victime de violence. Au-delà du « lourd et pénible silence » (p. 37) pointe une profonde spiritualité, celle plutôt de la romancière elle-même. On l’entrevoit à travers des interrogations poignantes : « Où est passée ta dignité ? » (p. 11) ; « Baisse ta voix, les voisins… » (p. 11) ; « Pleurer doucement, presque sans bruit » ; « Tu sais que je fais cela pour les enfants » (p. 12) ; « Elle ne peut en aucun cas être responsable de l’éclatement de sa famille » (p. 13) ; « Ce n’est pas une peluche ! C’est Fanny ! » (p. 28) ; « Ils ne faut pas que les enfants la voient dans cet état » (p. 33)… Il y a aussi des expressions cruelles : « Ses enfants sont des bouches à nourrir et des factures à payer » (p. 36)... Je trouve admirable la capacité de discernement, au sens de saint Ignace de Loyola, de Roula Azar Douglas. Il y a d’un côté la situation suivante : « Chez nous, il n’y a jamais eu de scandale » (p. 38) ; « Une femme de bonne famille ne quitte pas son foyer » ; « Ne brise pas ta famille » (p. 81) ; « Ta famille est ta raison d’être » (p. 39) ; et la fidélité au père de Ghada « qui vivait dans une autre époque » (p. 71) et le souci des enfants qui ont « le droit d’avoir une vrai famille ». Quand on pose à Ghada la question : « Vous êtes sa femme ? » Roula Azar écrit : « La jeune femme hoche affirmativement sa tête » (pp. 117-118). Réponse par un geste qui cache le lourd silence. André Gide écrit à propos d’une relation qui devait être fort affectueuse : « À force de silence, nous avons fini par nous entendre ! » Toute la densité spirituelle du roman réside, non dans une libéralisation féminine préjudiciable à des valeurs dites traditionnelles, ni dans une soumission esclavagiste au contrôle des « voisins ». Il s’agit plutôt « d’assumer ». Or « Ghada n’est pas encore capable de s’émanciper ni de s’assumer ». Claquer la porte, partir, répondre plus positivement au regard attendri de Pierre…, cela ne résout pas le problème actuel bien plus profond, et à la limite tragique, de la stabilité familiale, de l’amour partagé et responsable, et du droit élémentaire des enfants à une vie de famille. De cet univers sans humanité, on sort avec la certitude que « rien se sera plus jamais comme avant. Quelque chose a changé… Définitivement elle a changé… Se battre pour y arriver. »
L’implacable combat d’une femme pour la vie, de Roula Azar Douglas
Un parfum d’une grande finesse. Et pourtant un bouquin de violences : le roman de Roula Azar Douglas n’est pas banal. Inspiré par la vie d’un couple déchiré et par la guerre, il tient en haleine le lecteur tiraillé entre souffrance et espoir. L’histoire de la guerre du Liban (1986), sans concession, Roula la raconte avec sobriété. Avec ses scènes d’atrocité, comme pour exorciser ce démon libanais. Histoire d’une femme battue par un énergumène qui cogne aveuglement, qui blesse la chair, qui humilie. Gratuitement. Histoire d’une societe. De ses tabous. D’une femme qui se cache pour pleurer. Une loi du silence qui l’enterre vivante. Un champ de ruine qui, in extremis, débouche sur la perspective de retrouver le bonheur. Un ton incisif, volontaire. A l’image de Roula Azar Douglas (journaliste à « Magazine »).