Un étudiant libanais sort de son cocon et explore l’Europe autrement

Parti au mois de septembre en échange académique à l'université de Lund en Suède, Ralph Haiby, étudiant en 3e année d'économie à l'Université américaine de Beyrouth (AUB), en est retourné au mois de janvier la tête remplie d'images, de découvertes, d'émotions et de nouvelles rencontres. Le jeune homme de vingt ans a vécu une expérience universitaire et sociale fort enrichissante dans cette ville de l'extrême sud suédois. Mais pas seulement. Le dynamisme, l'énergie, le courage, la curiosité de l'économiste en herbe et son amour de l'aventure l'ont poussé hors de son cocon de confort, à la découverte d'autres régions en Europe.

En 180 jours, entre ses cours et autres engagements à Lund les premiers mois, puis d'affilée les dernières semaines, empruntant différents types de transport – voiture, bus, bateau, avion –, l'étudiant libanais explore une vingtaine de villes suédoises et européennes telles que Malmö, Helsingborg, Stockholm, Copenhague, Vienne, Budapest, Bratislava, Groningue, Lyon, Gutenberg, Zurich et Francfort.
« Avant mon voyage, j'avais juste deux choses en tête : sortir de mon cocon et revenir avec des histoires à raconter », confie Ralph. Un défi que l'ancien champion libanais de squash relève en entreprenant son voyage sans planification préalable, se laissant emporter par le vent de l'aventure, et choisissant le couchsurfing (littéralement le surf sur le canapé) pour découvrir autrement les bourgs, les villes et les métropoles visités. Ce moyen d'hébergement alternatif basé sur le principe de l'hospitalité permet de voyager en logeant gratuitement chez l'habitant. « Les voyageurs entrent en contact avec des habitants (inconnus) du pays ou de la ville qu'ils souhaitent visiter via une plate-forme Internet », explique Ralph, en précisant que son objectif à lui était de « voyager » et non pas de « faire du tourisme ».
« Quand on loge chez des locaux, on voit la ville selon leur perspective. Si je n'ai pas voulu descendre dans les hôtels, ce n'est donc pas pour des raisons financières, mais pour découvrir la région différemment », souligne-t-il. Une expérience inoubliable pour le jeune homme qui a ainsi dormi au cours de son voyage dans une salle de séjour, dans une cuisine, dans une buanderie, par terre, sur un matelas gonflable et dans un dortoir. « Je décidais la veille, si ce n'est pas le jour même, de ma prochaine destination et je choisissais mon logement sur place », raconte-il.

Ne pas s'enfermer dans une bulle
Lund est considérée comme la deuxième ville universitaire de Suède. « La moyenne d'âge y est de 28 ans. Cette ville offre une vie étudiante intéressante et très dynamique », précise Ralph. Les restaurants, les cafés, les pubs et les clubs de sport sont tenus par des étudiants. « Lorsqu'on travaille dans ces endroits, on n'est pas payé en argent, mais en produits ou en services selon la nature de l'endroit. Par exemple, si un étudiant donne des leçons de squash dans un club, il sera payé en obtenant un accès gratuit aux activités du club », explique le jeune homme.
Loin de se contenter de ses cours à la fac, Ralph profite de son séjour dans la ville suédoise pour y effectuer un stage professionnel tout en travaillant dans un club sportif. « Cela m'a permis de rencontrer un grand nombre de Suédois et de découvrir la culture du pays qui m'a accueilli. Le piège pour les étudiants en échange est de ne pas établir beaucoup de contacts avec les locaux et de rester avec les étudiants internationaux », affirme-t-il.
Dans quelques semaines, Ralph obtiendra sa licence en économie. Le jeune homme, qui compte entamer bientôt sa vie professionnelle, caresse le projet de partir à la découverte de l'Amérique du Sud.
« Il ne faut pas avoir peur de réaliser ce qu'on a envie de faire. Il ne faut pas non plus remettre à plus tard ses rêves. Il faut sortir de la routine, prendre des risques, faire de nouvelles rencontres. Les gens me disent en évoquant mon voyage à travers l'Europe : je n'aurais jamais pu faire ce que tu as fais. Je leur réponds : il suffit de faire un pas et de se dire : je veux sortir de ma bulle. C'est très facile de rester dans son cocon. Le défi serait de le quitter et de faire des choses qui ne sont pas confortables. C'est là où tout commence », conclut-il.

À 18 ans, un étudiant libanais crée une application sauveuse de vies

Victime d'un malaise ou d'un accident ? En situation de danger ? L'application « I'm Not OK » pour Android, développée par George Bahry, jeune étudiant en première année de génie informatique à l'Université de Balamand, alertera les proches de l'utilisateur et leur indiquera l'endroit où il se trouve grâce au système de localisation intégré au portable.
« L'idée m'est venue lorsqu'un ami de mon père, qui a des problèmes cardiaques, lui a demandé, avant son départ seul à la chasse, de l'appeler régulièrement sur son téléphone mobile pour s'assurer qu'il va bien », raconte le jeune homme de 18 ans. Passionné par les ordinateurs et l'informatique depuis sa tendre enfance, l'ingénieur en herbe s'attelle à concrétiser son idée. Un peu plus de trois mois plus tard, en janvier passé, son application « I'm Not OK » est née. Pratique, simple à utiliser et gratuite, elle rencontre immédiatement un vif succès et se retrouve rapidement dans la liste des applications les plus populaires sur Google Play.
« La nouveauté de I'm Not OK est que, contrairement aux applications d'urgence existantes, celle-ci n'exige aucune action de la part de la personne en détresse », souligne George. En effet, en configurant l'application, l'utilisateur ajoute un numéro de téléphone à contacter en cas d'urgence. Il choisit le moyen de communication souhaité : un appel téléphonique ou l'envoi d'un court message. Il définit également un intervalle pour les alarmes compris entre 5 et 90 minutes. « Lorsque l'alarme sonne, l'utilisateur a 30 secondes pour l'éteindre en tapant sur la notification. Sinon, l'application alertera le proche choisi lors de la configuration », explique le jeune étudiant.
Une application intéressante, particulièrement utile pour les personnes ayant des problèmes de santé ou des besoins spéciaux, celles qui exercent des métiers dangereux ou qui sont souvent sur les routes.
Le jeune créateur, qui se tient constamment informé des nouveautés dans le domaine de la technologie, travaille sur la mise à jour et l'ajout de nouvelles fonctionnalités à son application. Il a plusieurs idées à développer en tête, mais « la priorité est actuellement aux études », précise-t-il.

Le Women’s Rights Club de l’AUB, ces étudiant(e)s qui veulent devenir acteur(trice)s du changement

Elle a l'entrain et le dynamisme de ses vingt ans, le discernement et la maturité d'une femme beaucoup plus âgée. Ingrid Kasbah, fondatrice et présidente du Women's Rights Club de l'AUB, a les pieds sur terre et des projets plein la tête, à commencer par le club féministe qu'elle a fondé il y a trois mois au sein de son université. 
« On me demande souvent pourquoi ce club ? La réponse est évidente. Il n'y a pas assez d'éveil quant aux droits des femmes, surtout parmi les étudiants », lance avec vigueur Ingrid. En quelques semaines seulement, la jeune étudiante en génie informatique et de la communication a réussi, avec l'aide d'une poignée de ses camarades, à rassembler des dizaines d'étudiants et d'étudiantes autour de la cause qu'ils défendent.
Parmi leurs premières activités sur le terrain, une opération de sensibilisation à l'égalité hommes-femmes menée au Collège Rafic Harri. « Ce fut une très belle expérience. Très réussie. Les 11-12 ans ciblés par notre initiative étaient très réceptifs », se réjouit Ingrid. Et d'ajouter dans un sourire : « En sortant de l'établissement, nous avons surpris une conversation entre deux élèves. Ils parlaient d'égalité. »
Les membres du Women's Rights Club sont convaincus du « rôle essentiel de l'éducation comme vecteur de changement social ». Et ils sont résolus à tisser des liens et à collaborer avec d'autres acteurs sociaux tels que les organisations non gouvernementales, la Commission nationale des affaires de la femme libanaise et le Comité des droits de la femme avec lesquels ils participent déjà au projet « Lana Hak » (Nous avons le droit) qui encourage la participation active des femmes aux instances de prise de décision.
Libérer l'homme aussi
Le 11 mars, l'événement organisé à l'occasion de la Journée internationale pour les droits des femmes par le Women's Rights Club, en partenariat avec les autres clubs de l'AUB, et auquel ont participé, outre les étudiants, plusieurs ONG, fut un franc succès. « Chaque club a animé un stand avec, pour thème, un des droits lésés des Libanaises », précise Ingrid qui rêve d'un jour où « nous n'aurons plus besoin de revendiquer nos droits, car ils seront tous acquis ».
Le Women's Rights Club réalise et publie auprès des étudiants un magazine mensuel, « fait main », libre et créatif. La présidente du club conclut : « Quand on lutte contre les stéréotypes qui touchent la femme, on libère l'homme également. On entend toujours : être un homme signifie être fort ; l'homme peut être faible. Le changement de ces idées toutes faites, avec lesquelles on a été élevé, prend du temps, mais il faut le faire. »
Pour en savoir plus sur le club : www.facebook.com/WomensRightsClubAUB

« Organized chaos », ou Beyrouth vue autrement

Des tableaux gais, colorés et frais, signés Marianne Karam, évoquant Beyrouth dans toutes ses contradictions, sont exposés à l'espace créatif multifonctionnel L'Appartement, à Achrafieh.


Le regard que Marianne Karam porte sur Beyrouth est à la fois celui du touriste émerveillé qui découvre la capitale libanaise pour la première fois et de l'émigré nostalgique ému devant un visage ridé sous un tarbouche traditionnel. « J'ai dessiné le Beyrouth que j'ai vu lorsque je suis retournée au Liban, celui qui m'a manqué lorsque j'étais loin », lance la jeune artiste qui a longtemps vécu à l'étranger, notamment au sultanat de Oman, un pays où « les options sont limitées ». « Beyrouth me parle, ses couleurs, ses embouteillages, sa foule, son chaos, ses panneaux d'affichage », poursuit Marianne.
Peintes à la gouache, dessinées avec des feutres ou des crayons japonais, ses représentations, dans le style naïf, sont toutes empreintes de joie et de bonne humeur. « Le Libanais est bombardé de négativité, notamment par les médias. C'est à se demander si on ne veut pas le pousser à haïr son pays », fulmine Marianne qui voit dans « les contradictions de Beyrouth », une multiplicité de choix pour ses habitants et ses visiteurs.
« Organized chaos » est le fruit d'un travail intensif d'environ deux mois que l'artiste a effectué alors qu'elle était en visite à Dubaï. « Lorsque j'ai réalisé le premier tableau de cette collection, je n'avais pas de plan bien déterminé. C'est plus tard que le projet est devenu plus clair », précise l'artiste.
Le pays en images
Marianne Karam, titulaire d'une maîtrise en études multidisciplinaires de l'Université de Buffalo, à New York, se prépare à lancer son deuxième ouvrage intitulé My Lebanon #nofilter. Il s'agit d'un recueil de photos prises par l'artiste à travers le Liban, accompagnées chacune par un commentaire ou un texte explicatif. Ce livre, réalisé dans le même esprit de positivité et d'amour du pays que la collection « Organized chaos », est destiné aux « touristes, aux Libanais vivant à l'étranger et à ceux qui résident au Liban ».
Une tranche de pastèque sous le soleil d'été, des vaches qui se promènent au bord de la mer, des célébrations à Ehden... « Les photos montrent des scènes, des paysages, des situations qui donnent envie de revenir au Liban que la situation sécuritaire y soit bonne ou non », indique Marianne. Elle tient à préciser qu'elle n'est pas photographe professionnelle. « Ces clichés sont pris avec mon portable. Ils racontent des histoires que vos amis peuvent vous répéter pour vous inciter à visiter le Liban. Des choses que les gens ne connaissent pas avant de découvrir le pays du Cèdre et qu'ils gardent en eux lorsqu'ils partent. »
R. A. D.
L'exposition se poursuit jusqu'au 11 avril, à l'espace créatif L'Appartement, rue Nicolas Mrad, quartier Sioufi, à Achrafieh, téléphone : 03/760044.

Ahmad Ghourabi, l’étudiant qui veut faire avancer les droits des femmes


« Tu ne veux pas avoir un vrai partenaire dans la vie ? » C'est ainsi qu'Ahmad Ghourabi, fondateur et président du Women's Rights Club de l'Université libanaise (UL), aborde les droits des femmes avec les jeunes hommes qu'il cherche à conscientiser. « Lorsque je veux sensibiliser mes confrères à la cause féminine, j'essaye toujours de rapprocher le sujet de leur vécu et des situations qu'ils vivent. Et le problème social le plus grave auquel ils font face à cet âge, c'est comment rencontrer et se lier avec la femme de leur vie... », explique-t-il. Pour cet étudiant en master de chimie, 22 ans, originaire de Saïda, notre société patriarcale est dangereuse, non seulement pour les femmes, mais également pour les hommes. « En privant la femme de certaines responsabilités, elle exerce une grande pression sur l'homme. Et cela dans les divers aspects de la vie : économique, social mais également affectif. On attend de l'homme qu'il assure tout, avant et après le mariage. Et avec la mauvaise situation économique actuelle, ce n'est pas facile pour lui », dénonce le jeune étudiant qui raconte s'être intéressé à la chimie après avoir vu son rêve d'intégrer l'École militaire voler en éclats « malgré ses bons résultats scolaires », car il n'avait pas « de piston politique ».
Les racines du militantisme d'Ahmad pour les droits des femmes remontent à loin. Le jeune homme confie que « son amour pour ses trois sœurs », beaucoup plus âgées que lui, a constitué un facteur déterminant dans sa volonté de défendre les femmes et leurs droits.
La naissance du Women's Rights Club
« Pour faire avancer la cause des femmes et atteindre une meilleure justice sociale, il faut cibler les jeunes, ce sont les clés du changement », affirme Ahmad qui, parallèlement à ses études en chimie, donne des leçons particulières aux étudiants des classes terminales. Et pour toucher les jeunes, quel meilleur endroit que l'université ? Le jeune militant en est conscient. Au mois de novembre 2014, et après deux longs mois et maintes difficultés pour obtenir l'autorisation, il réussit à créer dans sa faculté à Hadath le Women's Rights Club, premier club pour les droits des femmes à l'UL. « La naissance de notre club n'a pas été facile. "Choisissez un sujet un peu plus décent", nous a-t-on dit au début. Et dernièrement, on nous a poussés à annuler une activité prévue au sein de la fac pour soutenir la participation politique de la femme », dénonce Ahmad.
Le Women's Rights Club – dont le principal objectif est de conscientiser et sensibiliser la jeunesse libanaise sur « le respect de la femme » et « l'importance de ses droits » – a commencé ses activités sur le terrain en animant des débats estudiantins sur différents sujets sociaux. Une approche interactive qui a permis aux membres du club de déconstruire les stéréotypes et de changer les perceptions erronées. « Nous avons réalisé que de nombreuses filles ne connaissent pas leurs droits », révèle Ahmad, avant d'évoquer, à titre d'exemple, les jeunes étudiantes qui rêvent d'un mari « aisé financièrement, qui a réussi dans la vie » au lieu d'envisager leur propre réussite professionnelle et sociale.
Actuellement, l'association estudiantine qui réunit 22 membres, filles et garçons, de différentes confessions et appartenances, participe, avec la Commission nationale des affaires de la femme libanaise, au projet « Lana Hak » (On a le droit). Une initiative qui soutient la participation active des femmes aux instances de prise de décision. « Nous suivons également des ateliers formatifs avec l'ONG Abaad et le Comité des droits de la femme libanaise qui nous soutiennent », précise Ahmad, qui a déjà participé à de multiples conférences autour des droits des femmes, au Liban, mais également en Jordanie, au Kurdistan iranien et en Turquie.
Pour conclure, le jeune militant insiste sur l'importance d'adopter une approche inclusive dans la lutte pour les droits des femmes. « Les problèmes des femmes au Liban ne seront pas résolus sans la participation des hommes, en tant que partenaires du problème et des solutions. Toute initiative qui ne prend pas cela en considération sera vouée à l'échec », affirme-t-il.
Pour en savoir plus sur le Women's Rights Club de l'UL : www.facebook.com/women.club.ul? fref=ts.

Les femmes écartées de la direction des principales universités au Liban


Zéro. C'est le nombre de femmes à la tête des principales universités libanaises. En 2014. Un constat désastreux. Une situation désolante qui ne se limite pas au Liban, comme l'a montré le colloque international « Femmes universitaires, femmes de pouvoir ? » organisé par l'AUF à Dakar (Sénégal) les 13 et 14 novembre. Rencontre au cours de laquelle 25 intervenants, dont 24 femmes, issus de 15 pays, ont débattu devant près de 200 personnes des causes de la sous-représentation des femmes aux postes de pouvoir dans les universités.

« Nous aurions pu penser que le milieu de l'enseignement supérieur et de la recherche, haut lieu académique, de science et de culture, serait égalitaire. Malheureusement, les chiffres qui ont été égrenés par les intervenantes et intervenants, tout au long de ces deux jours, montrent clairement que, loin d'être un milieu qui prône l'égalité de genre, les universités sont, tous pays et disciplines confondus, un espace de discrimination pour les femmes. Les chiffres mettent en lumière un monde universitaire profondément discriminatoire, et c'est simplement l'ampleur du phénomène et ses spécificités qui changent d'un pays à un autre », déplore Leila Saadé, coordonnatrice du Réseau francophone des femmes responsables dans l'enseignement supérieur et la recherche.

Le réseau, mis en place par l'AUF en mars 2014 et dirigé par Mme Saadé, vise à améliorer l'accès des femmes universitaires aux postes de responsabilité. Il est ouvert aux académiciennes, enseignantes et chercheuses de l'Afrique, du Maghreb, du Moyen-Orient, de l'Europe et du continent américain. « Nous voulons, à travers le Réseau francophone des femmes responsables dans l'enseignement supérieur et la recherche, créer une solidarité entre les femmes universitaires, les mobiliser pour faire avancer la cause de l'égalité hommes-femmes et les encourager à braver l'hostilité en leur donnant les moyens d'abattre les obstacles sur le chemin de l'égalité », explique Leila Saadé qui a fondé en 1996 et dirigé pendant 15 ans la filière francophone de droit au Liban, et qui fut la doyenne de l'École doctorale de droit et des sciences politiques, administratives et économiques de l'UL pendant plus de six ans. Et de poursuivre : « Notre objectif est également d'assurer une formation aux femmes universitaires qui voudraient s'investir dans les établissements académiques et de recherche. Formation qui leur permettra de découvrir leur potentiel et les compétences dont elles sont porteuses et d'utiliser les outils dans l'exercice de leurs futures responsabilités. »

Les recommandations du colloque
Pour promouvoir l'égalité de genre dans l'enseignement supérieur et la recherche, la coordinatrice du Réseau francophone des femmes responsables dans l'enseignement supérieur et la recherche a proposé à l'AUF d'introduire dans les chartes d'adhésion à l'agence et dans les conventions qu'elle signe avec les universités membres un article sur l'égalité hommes-femmes. « Et même au-delà, l'AUF peut conditionner son soutien à ces institutions à l'évolution de la place de la femme dans leurs instances dirigeantes », recommande Leila Saadé, qui est aussi présidente de l'École doctorale de droit du Moyen-Orient.

Au terme du colloque, les participantes et les participants ont adressé les recommandations suivantes aux chefs d'État et de gouvernement de la Francophonie pour favoriser l'égal accès aux responsabilités dans le milieu universitaire : former les responsables politiques et les cadres de la fonction publique à l'égalité femmes-hommes ; doter les ministères de l'Enseignement supérieur et de la Recherche d'une Direction sur l'égalité femmes-hommes ; mettre en place un observatoire de l'égalité femmes-hommes au sein de chaque université; nommer un(e) référent(e) genre dans les universités; soutenir financièrement la sensibilisation à l'égalité femmes-hommes à tous les niveaux et dans toutes les disciplines par la mise en place de modules de formation ; légiférer pour assurer la parité au sein des instances dirigeantes des établissements universitaires et de recherche; financer les travaux de recherche pour produire des données scientifiques sur la situation des femmes dans l'enseignement supérieur et la recherche ; assortir tous les projets de recherche d'une dimension « égalité » ; créer un répertoire de bonnes pratiques sur la parité dans les universités ; rendre obligatoire la prévention et la lutte contre le sexisme et les violences sexuelles par la création d'un bureau de lutte contre le harcèlement sexuel au sein des universités.

Des recommandations ont été également émises à l'adresse de l'AUF : consolider et renforcer le Réseau francophone des femmes responsables dans l'enseignement supérieur et la recherche ; créer un prix pour les meilleurs travaux pour les femmes scientifiques ; introduire un article sur l'égalité femmes-hommes dans la charte d'adhésion à l'agence ; créer une revue scientifique de haut niveau et de référence dans l'espace francophone; créer un label « égalité » pour les universités.

Sara Khatib n’est plus... Vive Sara Khatib !

« Je choisis de ne pas être Sara Khatib, la patiente atteinte de cancer, l'amputée, et de continuer à être Sara Khatib, l'étudiante en 4e année de pharmacie qui est maladroite, qui aime le Nutella et qui se trouve avoir un cancer et un bras amputé. »Ces paroles, prononcées par la brillante étudiante durant sa conférence TEDx LAU, ont bouleversé le public qui n'a pas attendu la fin de son discours pour réserver à la courageuse jeune fille de 22 ans une ovation debout. C'était le 23 août passé. Deux semaines avant le décès de Sara, emportée par la maladie.




Depuis l'annonce de sa disparition, une vague de messages de chagrin a déferlé sur les réseaux sociaux, saluant le courage, la détermination, la positivité de la jeune fille qui, malgré toutes les difficultés que la vie a mis sur sa route, a gardé le sourire et a réussi à communiquer aux autres sa joie de vivre et sa volonté de « profiter de la vie en dépit de la douleur ». Des dizaines de milliers d'internautes ont écouté et partagé en ligne sa conférence TEDx LAU intitulée : « Les quatre leçons que j'ai apprises en luttant contre le cancer ». Certains d'entre eux ont laissé de touchants commentaires honorant la mémoire de la jeune fille. « Sara est une source d'inspiration. Je visionnerai cette vidéo chaque jour de ma vie » ; « Lorsque je l'ai rencontrée pour la première fois, elle avait 14 ans. Nous avons voyagé ensemble avec l'organisation d'engagement communautaire CISV dont la mission est de promouvoir la paix et l'amitié planétaire. Sara aurait pu conquérir le monde avec son sourire et sa détermination » ; « Elle était une combattante. Il y avait en elle beaucoup d'amour et de bonté. Son sourire était contagieux. »

Elle survivra
Au-delà des témoignages et des mots de chagrin et d'amour, pour honorer sa mémoire, des étudiants et des enseignants de la LAU ont décidé d'adopter sa cause et de réaliser son rêve de fonder une première association de soutien pour les amputés au Liban.
Il n'y a pas de doute que le message de vie et d'espoir de Sara Khatib lui survivra longtemps. « Vous avez toujours la possibilité de sourire en dépit de la douleur et profiter de chaque seconde de votre vie », a-t-elle insisté. « Nous ne sommes pas notre maladie. Nous pouvons sentir la douleur, mais la souffrance qui vient avec, elle, est facultative. »

Sara Khatib lors de la conférence 
TEDx LAU le 23 août 2014.
Credit photo : Humans of LAU.

Nous sommes les filles de cette terre. Changez votre loi!


Nous sommes nées des entrailles de cette terre. La terre de nos grands-parents, la nôtre, celle de nos enfants et plus tard de nos petits-enfants. Cela étant dit et avant d'élaborer, commençons par la fin. Nous, les femmes du Liban, d'Achrafieh, de Tripoli, de Bickfaya, de Tyr, de Rachaya et de tous les coins du pays du Cèdre, chrétiennes, musulmanes ou druzes, nous n'accepterons plus de ne pas bénéficier des mêmes droits en matière de citoyenneté que nos frères, cousins, voisins, amis et hommes du Liban.
Aux gouvernants du pays, le message suivant : vous dites que vous avez peur pour le Liban, et que nous accorder le droit de transmettre notre nationalité à nos enfants exposera le pays à des risques, le risque d'un changement démographique quelconque, d'un déséquilibre confessionnel, d'une implantation des Palestiniens, de grands malheurs. Même si nous ne partageons pas vos « craintes », nous ne perdrons plus notre temps à essayer de vous convaincre du contraire, puisqu'il est évident que vous n'avez aucune volonté de réparer le grand tort que la loi, injuste et anticonstitutionnelle, de la nationalité nous a fait et continue à nous faire. Par contre, nous sommes intransigeantes sur le principe de l'égalité des citoyens devant la loi. Principe assuré par la Constitution libanaise et les traités internationaux que le Liban a ratifiés. Alors, puisque vous ne « pouvez » pas nous « donner » notre droit, fondamental et naturel, de partager notre citoyenneté libanaise avec nos enfants, nous exigeons un amendement de la loi, qui ne « met pas le pays à risque » et qui nous garantit l'égalité en droit. La loi amendée de la nationalité stipulera: est libanaise toute personne née de père et de mère libanais.
Voilà des décennies que nous nous battons pour notre droit, si juste, de partager notre identité libanaise avec nos enfants. Votre réponse? Un refus net et catégorique d'amender la loi. Et avec une certaine condescendance, des députés  nous ont proposé, à travers les médias, de petites mesures pour alléger les souffrances des Libanaises mariées à des non-Libanais. Mais ce n'est pas la charité que nous demandons! Non! Nous voulons notre droit, naturel, fondamental et juste, à une pleine citoyenneté !
Rien de moins !
Pour rappel : la loi de la nationalité, vieille de 90 ans, accorde à l'homme libanais le droit de donner sa nationalité libanaise à sa femme non libanaise – qu'elle soit palestinienne, iranienne, saoudienne, américaine ou autre. Elle lui permet de transmettre sa nationalité à ses enfants. Et – j'espère que vous êtes assis – cette loi accorde à l'épouse étrangère, naturalisée grâce à son mariage avec un Libanais, le droit de transmettre sa nouvelle nationalité aux enfants mineurs qu'elle aurait eus avec un ex-mari non libanais si son époux libanais décède !
La même loi qui nous empêche, femmes du Liban, de transmettre notre nationalité à la chair de notre chair, à nos propres enfants.
Roula AZAR DOUGLAS
Journaliste, membre du Groupe de conseil 
de la 
société civile d'ONU-femmes pour les États arabes

Poems for those who still read (Des poèmes pour ceux qui lisent encore) est le titre de son recueil en devenir. Un ouvrage rassemblant ses écrits en français, anglais et arabe, composés durant un exil auto-imposé de plus de sept ans qui l'avait mené à l'âge de 22 ans de Tripoli à Paris, en passant par Londres, Berlin, l'Inde, Washington et New York. Des poèmes qui relatent « sa destinée et celle de sa nation ». Dima el-Sayed, auteure, chanteuse et peintre, confie : « J'ai toujours eu envie de partir. Le Liban n'est pas un exemple de liberté. » Dans la capitale française, Dima, fraîchement licenciée en droit de l'USJ, intègre la Sorbonne et complète un DEA en droit comparé. « J'avais, de par mes lectures et mes études, des attentes de l'étranger qui n'ont pas été comblées », poursuit-elle, faisant allusion à la censure de son blog sur Le Monde.fr durant la guerre de juillet 2006.
Avant son retour au pays du Cèdre il y a deux ans, elle part en Inde pour apprendre le chant dhrupad, considéré comme étant l'expression musicale la plus ancienne de l'Inde du Nord. Une expérience édifiante et révélatrice pour la jeune chanteuse.
Le crowdfunding pour trouver des réponses
« La société libanaise qui appelle sans cesse les émigrés à revenir au pays, quelle place accorde-t-elle à l'étranger libanais ? Quel espace lui donne-t-elle ? » s'interroge la jeune artiste. Et c'est pour trouver une réponse à ses interrogations qu'elle a choisi le crowdfunding – financement participatif par le biais d'Internet et des réseaux sociaux – pour concrétiser son projet littéraire. « Je veux impliquer les lecteurs potentiels dans la création de cet ouvrage, les faire sortir de leur rôle de simple récepteurs en les faisant participer au processus de création du livre en tant qu'objet », explique-t-elle. La campagne lancée sur le site Zoomaal est ouverte jusqu'au 3 mars prochain. « Cette campagne de financement est un caillou jeté dans l'eau. Quel sera son effet ? C'est ce que je veux mesurer », poursuit Dima, avant d'ajouter : « Je suis en même temps celle qui lance la pierre et la pierre elle-même. »
Le financement participatif permettra également de « remettre en question le rapport de l'individu – libanais, arabe ou autre – à l'argent ». Dima poursuit : « Est-on prêt à troquer son argent pour des vers ? Cette question est particulièrement pertinente dans les sociétés prétendument religieuses. »
De l'esthétique
Dima, qui fut l'un des 25 musiciens sélectionnés du monde entier pour effectuer en 2013 une résidence de quatre semaines aux États-Unis axée sur le pouvoir transformateur des arts à travers la création de l'original, la musique inventive et la « diplomatie de personne à personne », travaille sur un prochain projet artistique, en collaboration avec des artistes libanais et internationaux, une exposition sonore mixte de toiles, de chants et de projections qui s'articule autour du sacré.
À plus court terme, qu'offre-t-elle aux lecteurs dans son prochain recueil de poèmes ? L'artiste répond : « De l'esthétique. La poésie propose une harmonie, une paix. Notre vie est faite de mots qu'on entend consciemment ou pas, qui nous façonnent : discours des politiques, des figures religieuses, des autorités parentales, avec incitations à la haine, à la violence. Une culture du laid qui nous pousse vers le néant. »

Deux Libanais veulent contribuer à personnaliser le traitement du cancer au Liban


Le Dr Nemr el-Hajj
Ils sont frère et sœur. Lui effectue un postdoctorat au département génie mécanique de l'Université de technologie de Compiègne. Elle est enseignante-chercheuse à l'UL, l'USEK et l'UPA. Leur ambition ? À long terme, « révolutionner les diagnostics et les traitements par la caractérisation de la constitution génétique d'un individu, cibler le traitement médicamenteux sur la région à traiter, offrir des appareils adaptés aux handicaps visuels et auditifs, et fabriquer des capteurs intégrés pour détecter les maladies corporelles dès leur apparition ».
Mariana Hajj, docteure en pharmacologie moléculaire, explique : « Le marché mondial de l'instrumentation médicale pour les rayons X est en croissance constante depuis plusieurs années. Les nouveaux générateurs de rayons X seront basés sur une thérapie reconnue et utilisée couramment par la communauté médicale. L'innovation réside dans la miniaturisation de ces générateurs en utilisant des cathodes froides à base de nanoperles de carbone. » Une nouvelle technologie qui vise en premier à améliorer la qualité des soins apportés aux patients atteints du cancer. « La radiothérapie conventionnelle brûle non seulement les cellules cancéreuses, mais aussi les tissus qui les entourent. Ce n'est pas le cas avec les nanoperles de carbone qui permettent d'avoir une cathode froide et d'effectuer une radiothérapie de précision. Et grâce à la miniaturisation de l'appareil, le patient pourra à l'avenir subir sa radiothérapie à domicile. »
Un traitement encore peu accessible
« Actuellement, ce traitement est offert dans moins d'une dizaine de centres au Japon, en Chine, en Europe. En France, un projet de centre médical qui dispensera la nouvelle technique de radiothérapie est en cours », affirme le Dr Nemr el-Hajj. Une radiothérapie plus précise et plus sûre, mais qui est encore loin d'être accessible à tous les malades. « Limitée pour l'instant aux patients ayant des tumeurs radiorésistantes, elle est offerte uniquement dans quelques centres de traitement et est très coûteuse. »
L'ambition des deux chercheurs de faire participer le Liban au développement de cette nouvelle technologie est née il y a cinq mois, lorsqu'ils ont appris qu'une entreprise établie au Canada a réussi, après une dizaine d'années de recherche et de développement, à passer à la phase de production industrielle de nanoperles de carbone. « NanoMed, qui compte dans ses rangs des chercheurs internationaux, a développé un réacteur pour la production massive en continu des nanoperles de carbone qui pourraient ainsi être utilisés comme renfort dans des matrices polymères pour le développement de nanocomposites aux propriétés spécifiques remarquables », explique le Dr Nemr el-Hajj, qui propose alors au chef de direction de NanoMed, Joseph Khoury, de travailler avec les chercheurs de l'entreprise sur le développement des nouveaux nanocomposites.


Possibilités multiples
« Les nanoperles de carbone peuvent être utilisées comme un renforcement des différentes résines thermoplastiques et thermodurcissables pour différentes applications. Par exemple, elles semblent être un atout pour la fabrication des gilets pare-balles », poursuit le Dr Hajj, qui avait obtenu une mention très honorable pour sa thèse de doctorat en génie mécanique et génie des procédés, soutenue en 2010 à l'Université de Picardie Jules-Verne. Aujourd'hui, en tant qu'expert des nanocomposites, il dirigera un projet de recherche mené en collaboration entre l'Université de technologie de Compiègne et NanoMed, et contribuera à la phase de développement des nanocomposites pour des applications dans les secteurs de l'aéronautique et de l'automobile.
Pour le Dr Mariana Hajj, devenue depuis peu conseillère scientifique de NanoMed au Liban, le moment marquant de ces derniers mois est l'instant où elle a appris que NanoMed a fabriqué un prototype de générateur de rayons X miniature et portable. « J'ai alors trouvé qu'il serait très intéressant pour moi de participer aux recherches concernant l'expérimentation sur les souris et les essais cliniques, d'une part, et d'amener les générateurs miniaturisés au Liban, d'autre part », confie-t-elle, avant d'affirmer avec enthousiasme : « Cette personnalisation du traitement du cancer révolutionnera la médecine au Liban et dans le monde. Ces appareils permettront aux médecins traitants d'effectuer la radiothérapie chez les patients, dans le confort de leur domicile. Et le coût du traitement sera significativement inférieur au coût actuel. »
Les chercheurs libanais souhaitent également donner la possibilité aux étudiants et à leurs collègues au pays du Cèdre de participer à la phase d'industrialisation de ces générateurs.
Leurs projets sont-ils faciles à réaliser ? « En ce qui concerne l'implantation au Liban, nous allons étudier les détails bientôt. Cependant, la gestion administrative est complexe. Au niveau universitaire, nous n'avons pas les fonds nécessaires pour envoyer des étudiants et des chercheurs au Canada. »
« Les nanoperles de carbone n'ont pas encore livré tous leurs secrets. Elles méritent un travail de recherche, de caractérisation et d'amélioration plus approfondi. C'est pourquoi plusieurs universités et instituts de recherche et de développement s'y intéressent ». Et le Dr Mariana Hajj de s'interroger : « Pourquoi pas les universités libanaises? Pourquoi pas l'industrie libanaise ? »


                                           Le Dr Mariana Hajj à l’Université Montpellier I, 
                                           en 2012, lors de sa soutenance de thèse 
                                           pour laquelle elle a obtenu une mention 
                                           très honorable et les félicitations du jury.

Refuser l’impunité et la banalisation de la mort


« Peut-on fêter le Nouvel An comme si de rien n'était? N'a-t-on pas un devoir de respect et de mémoire envers les victimes de la dernière explosion à Beyrouth, dont le sang n'a pas encore séché ? », « On ne peut et on ne doit pas continuer comme si de rien n'était », « Comment poursuivre le cours normal de nos vies quand les gens se font tuer en plein jour soit parce qu'ils ont une opinion politique contraire à celle des criminels, ou tout simplement parce qu'ils ont eu le malheur de se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment ? » Voici un échantillon de l'état d'esprit de nombreux jeunes Libanais après l'attentat qui a coûté la vie à huit personnes dont l'ancien ministre Mohammad Chatah et qui a blessé des dizaines de citoyens. Une réaction concrétisée par la création rapide de plusieurs groupes sur Facebook refusant la violence et la banalisation de la mort, et appelant les internautes libanais à exprimer haut et fort leur colère face à l'insécurité qui sévit au pays du Cèdre.

Une semaine après le lâche attentat de Starco, la question que l'on se pose est la suivante : est-ce qu'il y a une chance que ce refus de la violence, de la deshumanisation des victimes et du fatalisme se transforme en une secousse assez forte pour avoir un impact quelconque sur la situation au Liban ? Ou bien, comme d'habitude, la vie prendra le dessus, les visages des victimes tomberont rapidement dans l'oubli et les noms des martyrs s'estomperont graduellement de la mémoire collective... jusqu'à la prochaine explosion ? La réponse est probablement négative. La page étant déjà tournée pour de nombreux Libanais.

« Après un assassinat, après une explosion, les mêmes slogans fusent, les mêmes promesses aussi "On ne t'oubliera jamais". Mais finalement, tout le monde oublie. Jusqu'au prochain martyr », observe Racha el-Halabi, jeune étudiante en conception graphique et communication visuelle à l'UL, avant d'ajouter : « Treize martyrs... En 2005, on s'est demandé : à qui la faute ? Maintenant, on se demande : c'est le tour de qui ? Apparemment, la violence est devenue le seul langage utilisé. J'ai peur de ce nouveau Liban. »
La valeur de la vie humaine
« Quand on assassine un homme comme le ministre Chatah, représentant le Libanais ouvert, le Libanais modèle qui a réussi ; et quand on provoque la mort de toutes ces victimes dont ce pauvre jeune Mohammad Chaar, des hommes qui ne sont pas des politiciens mais qui ont eu la malchance d'être sur les lieux de l'explosion, on ne peut qu'être triste et révolté », s'indigne Anthony Féghali, jeune avocat en devenir, très affecté par l'explosion. « J'avais vu le ministre Chatah, il y a quelques semaines, lors de la journée piétonne qu'avait organisée l'association Achrafieh 2020. Il se promenait bras dessus, bras dessous avec sa femme à Gemmayzé, souriant, en tenue décontractée et casquette. Depuis l'explosion, je ne fais que penser à cette image de couple joyeux heureux de passer un beau dimanche dans la capitale », poursuit-il.

Au-delà des affinités ou des divergences politiques, le peuple tout entier, et notamment les jeunes, doivent refuser catégoriquement le recours à la violence pour marquer des points politiques. Le peuple doit lutter contre l'impunité en vigueur au Liban.

Racha el-Halabi, qui confie que ce révoltant crime a ramené dans sa mémoire des images de l'assassinat du Premier ministre Rafic Hariri, poursuit : « J'ai rencontré l'ancien ministre Chatah la semaine passée lors de la conférence de coexistence organisée à Tripoli. Nous avons eu l'occasion de nous parler. Le Liban a vraiment perdu une figure de la modération qui croyait au dialogue, au langage de la raison et de la logique, et au droit à la différence des opinions. »

Outre la colère et l'indignation, les jeunes éprouvent un sentiment constant de peur. Elham el-Hajj, étudiante en presse à l'UL, se trouvait aux Souks de Beyrouth au moment de l'explosion, qu'elle qualifie d' « habituelle chez nous, au Liban ». Ordinaire donc mais « horrifiante », selon la jeune fille qui poursuit : « Je ne me rappelle plus comment l'amie qui m'accompagnait et moi-même sommes rentrées à la maison. » Elham confie qu'elle est triste et qu'elle a peur, « car peut-être qu'un jour, je serais moi-même, comme Mohammad Chaar, une innocente victime d'une explosion. »

Samer Sarkis est lui aussi étudiant en journalisme à l'UL. Réaliste mais non blasé, le jeune homme fulmine : « On vit dans une jungle. C'est dramatique et ironique en même temps. Chaque jour, il y a une explosion. Si ce n'est pas une explosion au vrai sens du terme, c'est une crise économique ou sociale. Nous vivons dans un pays où chacun semble attendre son tour d'être tué. On en a marre ! Mais malgré tout, nous sommes un peuple qui veut vivre. »

Vivre justement. Les jeunes sont unanimes sur ce point. Il faut résister au découragement. « Je ne suis pas de ceux qui baissent les bras. Je veux rester au Liban pour le moment. Je me dis qu'en tant que jeunes, on doit essayer de faire ce que l'on peut pour un avenir meilleur au Liban et espérer que la situation ne va pas empirer », estime Anthony Féghali avant de conclure : « On verra ce qu'on pourra apporter à ce pays et on verra bien ce que l'avenir nous réserve. »

Une rentrée universitaire sous le signe de l’inquiétude

Plus de 150 000 étudiants dans une quarantaine d’universités au Liban ont repris ou reprendront dans les jours qui viennent le chemin de la fac. Dans le climat d’insécurité qui règne, comment les jeunes universitaires voient-ils la rentrée ?

« Où et quand la prochaine explosion aura-t-elle lieu ? Et si c’est sur le chemin de l’université ? Que faire si on décide de bloquer les routes et que je n’arrive pas à rentrer chez moi ? Les universités seront-elles obligées de fermer leurs portes quelque temps après le début des cours ? Ces questions et beaucoup d’autres semblables occupent mon esprit et me préoccupent. Je suis inquiète et j’ai peur. Que nous cache l’avenir ? » s’écrit Sandy Chaaban, étudiante en quatrième année de génie civil à l’Université arabe de Beyrouth (BAU). La jeune fille de 21 ans habite à Saïda et doit se rendre quotidiennement à Debbiyeh, dans le Chouf, pour suivre ses cours à la fac.

Elle n’est pas la seule pour laquelle la rentrée, cette année, a un goût différent. Mehsen el-Mekhtefi entame bientôt le dernier semestre de la licence en sciences politiques et administratives qu’il poursuit à la faculté de droit et des sciences politiques et administratives de l’UL à Tripoli. Le jeune homme de 21 ans, qui est également journaliste Web sur les sites d’information Jbeilnews et al-Haraka.org et correspondant à Zghorta pour La Voix du Liban, raconte : « Dans notre faculté, nous sommes habitués à ce que les cours soient perturbés par les affrontements entre Bab el-Tebbaneh et Jabal Mohsen. Et bien que le sentiment d’angoisse et d’inquiétude sur le bon déroulement de l’année universitaire nous soit familier, ce qui fait la différence de cette rentrée, c’est qu’avec l’exacerbation de la crise syrienne et ses répercussions sur la sécurité au Liban, et particulièrement à Tripoli, la situation semble annoncer plus de perturbations. »

Racha el-Halabi, également étudiante à la section III de l’UL, campus de Kobbeh à Tripoli, a, elle aussi, connu ces dernières années l’ajournement de la rentrée et la suspension des cours à cause des confrontations dans la capitale du Liban-Nord. La jeune étudiante en troisième année de conception graphique et communication visuelle exprime sa vive inquiétude : « Des sentiments de peur m’animent désormais, surtout après les deux dernières explosions à Tripoli. Et ce qui ne facilite pas les choses, c’est que, pour arriver au campus, je suis obligée de prendre une route adjacente à Jabal Mohsen et Bab el-Tebbaneh. »
À l’inquiétude face à l’insécurité s’ajoute, pour Racha, un vif sentiment d’incertitude quant au début des cours. « Je n’ai aucune idée de la date de reprise des cours. Tout dépend des examens de la 2e session. D’ailleurs, nous sommes habitués à l’Université libanaise que les décisions soient prises à la dernière minute », se plaint-elle.

Pour Ronalda Ibrahim, 21 ans, étudiante en 2e année de droit à la faculté de droit et des sciences politiques et administratives de l’UL, section II à Jal el-Dib, l’avenir s’annonce sombre. « Je ne suis pas du tout optimiste au vu de la situation actuelle, dit-elle. Nous avons toujours connu des tensions entre les étudiants dans différentes facultés à cause de la politique. J’ai bien peur que l’histoire ne se répète cette année encore, surtout avec la crise syrienne et l’intervention libanaise en Syrie. Mais ce qui me fait le plus peur, c’est l’avenir. Je crains de ne pouvoir continuer mes études ici au Liban, et plus tard, si j’obtiens ma licence, de ne pouvoir y travailler. »

Craintes et inquiétudes
« La situation actuelle est dangereuse. La peur de plonger dans une nouvelle guerre est omniprésente. Les conséquences sur la rentrée et sur toute l’année universitaire sont à prévoir si la situation ne s’améliore pas », avertit Joëlle Karaa dont c’est la première rentrée universitaire. La jeune fille de 19 ans intégrera la faculté d’économie de l’USJ. Et même si elle est inquiète pour la situation, elle est très enthousiaste. « C’est un nouveau début pour moi, un nouveau monde, un nouveau mode de vie. Je suis désormais plus responsable de mes actes comme de mes choix. » Joëlle s’est préparée en douceur pour la rentrée : « J’ai commencé à lire des articles en relation avec mon domaine d’études. Et je me suis organisée, la vie universitaire étant bien différente de la vie pendant les vacances. »

D’autres étudiants n’arrivent pas à se soustraire au climat d’inquiétude qui les entoure. Certains vont jusqu’à entrevoir une guerre qu’ils jugent immanquable. « L’instabilité, l’insécurité et l’incertitude que nous vivons sont insoutenables. Dans la guerre, l’ennemi est connu, tandis qu’aujourd’hui, notre ennemi ou nos ennemis sont anonymes, et c’est là que réside le problème », avance Sandy.

Heureusement, les jeunes gardent l’espoir. Mehsen conclut : « La vie est belle. Et nous espérons avoir la paix au Liban et dans toute la région. Vivre en paix et en sécurité est l’un des droits de l’homme les plus fondamentaux. Et c’est ce qui nous manque. »

MyMED à la rencontre des jeunes Méditerranéens

Marion et Tiphaine, au forum Anna Lindh à Marseille.
« Passionnées par le monde méditerranéen et persuadées que la culture et le dialogue sont essentiels et que chacun peut être le changement qu’il veut voir dans le monde », Tiphaine Guérin (24 ans), Marie-Gabrielle Gaulard-Castello (25 ans) et Marion Maestripieri (23 ans) décident d’entreprendre un voyage d’enquête autour de la Méditerranée qui les emmènera, de la mi-août à la mi-octobre, au Liban, en Turquie, en Tunisie, en Grèce et en Espagne, à la rencontre de jeunes, porteurs de projets culturels, artistiques et citoyens. « Aller sur le terrain nous permet de rencontrer des jeunes qui, comme nous, ont la volonté de créer de meilleures relations au sein de l’espace méditerranéen et qui ont la certitude que les projets locaux ont une influence sur l’échelle globale, en servant le dialogue et la paix internationale », affirment les trois jeunes Françaises qui s’étaient rencontrées à l’Institut d’études européennes de Paris 8 alors qu’elles poursuivaient un master 2 en gestion de la culture.
Les questions auxquelles elles souhaitent trouver des réponses portent sur les interactions entre l’expression artistique et l’engagement citoyen chez les jeunes de l’espace méditerranéen. Comment ces jeunes vivent-ils les troubles ou l’absence de troubles dans leurs pays ?
Quel regard portent-ils sur la liberté d’expression et d’opinion ? Existe-t-il une culture méditerranéenne partagée ? Une plateforme Web interactive rendra compte de l’évolution du projet par le biais d’articles, de vidéos, de photographies et de captations sonores.
Pour financer leur voyage, Thiphaine, Marion et Marie-Gabrielle se sont tournées vers le crowdfunding qui leur a permis d’ajouter plus de 2 700 euros aux donations et aux subventions publiques déjà obtenues.
Tiphaine, qui a étudié deux semestres en Italie et aux États-Unis, Marie-Gabrielle qui, elle, a étudié deux ans à Beyrouth dans le cadre de ses études en histoire contemporaine, et Marion, de double origine française et italienne, qui a effectué un semestre d’études en Slovénie, souhaitent, à travers ce projet, aider à l’amélioration des échanges entre les citoyens méditerranéens par le prisme de l’expression artistique.
Elles confient : « Une fois le voyage terminé, nous voulons témoigner de notre expérience et présenter notre projet aux jeunes afin de leur donner envie de s’engager dans le monde... »

www.mymed-project.com/fr/

Des jeunes du monde arabe écrivent, haut et fort, leurs convictions

Ils ont entre 26 et 35 ans. Ils sont originaires du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, de pays enlisés dans des crises prolongées ou qui viennent de vivre des changements majeurs: Liban, Palestine, Jordanie, Égypte, Koweït, Bahreïn, Algérie, Libye, Maroc, Tunisie, Yémen. Avocats, enseignants, journalistes, médecins, chercheurs, conseillers financiers et travailleurs sociaux, ils sont tous animés par un même désir : contribuer à forger un avenir meilleur pour leurs pays. «En 2012, nous étions étudiants en administration publique à l’École de la citoyenneté et des affaires publiques de Maxwell, de l’Université de Syracuse, aux États-Unis, lorsque Mohammad Masbah, du Maroc, nous a proposé, à Emna Ben Yedder, étudiante tunisienne, et à moi, d’écrire un livre qui regrouperait nos petites histoires derrière la grande histoire de nos pays », raconte Dala Ghandour, avocate stagiaire libanaise spécialisée en statut personnel et coordinatrice du Centre libanais de médiation à la Chambre de commerce de Beyrouth et du Mont-Liban.
Enthousiasmées par l’idée d’un ouvrage qui fera porter au monde entier leurs voix de « citoyens anonymes du monde arabe », les deux jeunes filles embarquent sans hésiter dans cette aventure. Commence alors pour les treize étudiants impliqués dans le projet une riche expérience qui culminera avec la publication, neuf mois plus tard, d’un ouvrage collectif intitulé Revolution by Love : Emerging Arab Youth Voices, aux éditions New City Community Press, à Philadelphie (Pennsylvanie). « Ce livre, c’est l’histoire d’un engagement commun, d’une certaine résistance à vivre – au sens fort du terme – dans nos pays quand tout va mal, d’une force de caractère qui s’attache aux racines, à la famille et à la beauté de notre Orient, et tient à les léguer aux générations suivantes. C’est une révolution que les jeunes citoyens arabes vivent au quotidien avec passion, amour et fougue, mais aussi avec réalisme et détermination. C’est le paysage d’un monde arabe qu’on voit rarement dans les médias, loin de la bipolarisation qu’on aime nous montrer, des demi-solutions et des slogans usés », souligne Dala Ghandour.De la réalisation du recueil, lancé le 17 mai passé, à l’École des études orientales et africaines (SOAS), à Londres, l’auteure libanaise confie : « En tant que coordinatrice du projet, je devais motiver mes coauteurs et leur rappeler les délais de remise des textes... Travailler avec douze auteurs, de caractères différents et qui sont très occupés par leurs études est un défi que j’ai relevé!» 

Outre la signature collective au Royaume-Uni, les auteurs ont organisé, chacun, une séance de dédicaces dans leurs propres pays repectifs. « La mienne, tenue le 13 juin à Beyrouth, a rencontré un franc succès », raconte l’auteure libanaise, avant d’ajouter avec enthousiasme: « Nous prévoyons d’autres séances de dédicaces en Allemagne, en Italie et aux États-Unis.» 

Manque de citoyenneté
Diplômée en droit de l’USJ, en management de l’ESA et de l’ESC-Rouen, et médiatrice formée au Centre professionnel de médiation de l’USJ et au CEDR-Londres, Dala Ghandour poursuit : « L’écriture est cathartique. Elle nous oblige à rentrer au plus profond de nous-mêmes pour faire sortir l’essence et l’essentiel de nos vies. Je me suis redécouverte au fil de mes mots et mieux comprise. » La jeune avocate, qui a vécu à Paris, Washington et Doha, et qui a suivi des formations à La Haye, Londres et Saint-Pétersbourg, a choisi d’introduire son texte intitulé « The Heart Revolution » par une citation, très significative, de Nelson Mandela : « La mémoire est le tissu de l’identité. » Avec des mots simples et dans un style attachant, elle évoque dans ce chapitre l’importance pour un peuple de l’identité et de la connaissance de soi, et dénonce le sectarisme et le suivisme aveugle. « Nous vivons dans un manque de citoyenneté », écrit-elle. Parmi les mots qui caractérisent ses idées : ouverture, esprit critique, amour de la patrie, diversité et créativité. L’auteure raconte aussi sa participation aux élections municipales à Beyrouth en 2010. Une expérience réussie pour la jeune candidate indépendante, car bien qu’elle n’ait pas été élue, les 1 475 voix qu’elle a obtenues lui ont permis de se classer 7e sur les 75 candidats non élus.
Sur un registre un brin plus personnel, Dala, qui ambitionne de se présenter aux élections parlementaires de 2017, parle dans son texte des gens qui l’ont inspirée, de ce qui la motive et de ce qui la pousse à avancer.
La jeune avocate, qui fait partie des 28 juristes sélectionnés parmi 500 candidats, pour suivre, à partir du 18 juillet, une formation de trois semaines sur la primauté du droit à l’Université de Stanford, conclut : « À travers les différents chapitres, on ressent la fierté, le sentiment d’appartenance et l’amour qui animent les auteurs, et qui font d’eux les vrais acteurs du printemps arabe. Et on entrevoit ce que l’avenir, bien qu’assez sombre aujourd’hui, va nous offrir. »

Le livre « Revolution by Love : Emerging Arab Youth Voices » est disponible à la librairie Antoine et au Virgin. 

Lorsque les chaînes sont mentales

« Nafs el-helem ». Le même rêve, ou le rêve de soi. Un jeu de mots qu’Yvan Harfouche, 22 ans, étudiant en dernière année d’audiovisuel à l’Université libano-allemande (LGU), a choisi pour son premier court-métrage réalisé dans le cadre d’une campagne de sensibilisation sur la liberté d’expression menée par l’ONG March et pour lequel le jeune réalisateur a été primé par la LGU. Une juxtaposition de scènes simples, touchantes et fortes. On y voit un jeune homme raconter à un ami un rêve récurrent qui le tenaille. Et des images, presque stroboscopiques, où on visite son cauchemar. L’homme, seul, attaché à une chaise dans une salle noire – à l’exception d’une « lumière dont il ne reconnaît pas la source » et qui inonde et aveugle son visage tordu par la souffrance –, n’arrive pas à appeler à l’aide. « Coincé », « emprisonné », presque abattu, quelques instants avant de se laisser aller au désespoir et d’abandonner toute lutte une ombre – lui-même – le (se) libère.
« L’idée m’est venue rapidement. Et j’ai réalisé le film en quelques heures », confie Yvan. Une force mentale, une reprise de contrôle sur la vie qui n’est d’ailleurs pas étrangère au propre vécu du jeune réalisateur. « Il y a quelques années, j’avais 15 ans, un malheureux accident m’a laissé sur cette chaise roulante », raconte-t-il. Une pénible expérience pour l’adolescent qui passe l’année du brevet sur un lit d’hôpital. Mais qui ne l’empêche pas de présenter l’examen officiel dans une salle aménagée pour l’occasion au sein de l’établissement hospitalier et d’obtenir son diplôme avec mention. S’ensuivent de multiples interventions chirurgicales et une longue hospitalisation aux États-Unis. De ces mornes journées dans une chambre aseptisée, Yvan est sorti avec une passion, le cinéma, et une détermination : réaliser des « films qui laisseront des traces ».
« Je veux transmettre un message à travers l’image », poursuit le jeune homme, peu loquace, qui considère que « les mots risquent d’affaiblir la force du visuel ». Parlant de force, Yvan semble avoir une grande capacité mentale à se donner à fond dans la poursuite des objectifs qu’il s’est fixés. Une force mentale qui se trouve multipliée par celle de sa mère, Micha, qui, dès les premiers jours de l’accident, a décidé que son « fils vivra normalement ». « Pas facile, surtout dans un pays où rien ou presque n’est adapté aux personnes ayant des handicaps », lance-t-elle. Micha réussit à convaincre la municipalité de Jounieh d’aménager dans la ville un accès facile aux personnes en chaise roulante. Ça ne sera pas son unique victoire. « Dans notre malheur, nous avons eu la chance de retrouver sur notre chemin des gens qui nous ont beaucoup soutenus, souligne Micha Harfouche, en insistant sur le rôle qu’a joué et que continue à jouer la LGU dans la vie de son fils unique. Yvan, l’un des premiers de sa promotion, effectue actuellement un stage à la LBC et rêve de scènes mondiales. « Il n’en est pas loin, affirme sa mère. Ses enseignants lui prédisent un avenir brillant, mais il est trop modeste pour en parler. » 

Du talent, de l’ambition et une détermination à soulever des montagnes

Diplômée en arts visuels de l’Université libanaise, l’ambition dont Raymonda Adib fait preuve et son envie de créativité n’ont pas de limites. « Nos rêves doivent nous rendre plus forts et non pas le contraire », lance-t-elle, un sourire contagieux illuminant son visage aux traits fins. Pourtant, le vécu de la jeune peintre n’a pas été des plus faciles. « J’ai commencé à travailler vers l’âge de 15 ans », confie-t-elle. Son premier emploi dans une boulangerie (qu’elle n’a pas tardé à quitter) puis celui dans une boutique de sacs et de chaussures lui permettent de financer sa scolarité et d’acquérir son premier ordinateur. « Je fréquentais une bien modeste école. Une seule enseignante était chargée de nous apprendre toutes les matières. Je travaillais après les cours et rentrais chez nous vers 21h pour étudier tard la nuit, souvent jusqu’au petit matin. »
Avant d’intégrer la faculté des beaux-arts, Raymonda peignait spontanément. « Ma formation a été très constructive. J’ai appris les fondements et la base de la peinture, et j’ai compris le pourquoi des choses », poursuit-elle, avant d’ajouter : « J’ai beaucoup travaillé sur moi-même. J’ai appris l’anglais en regardant des films sous-titrés. » Un parcours réussi, maints obstacles surmontés, une histoire à succès qu’elle n’hésite pas à partager. « Il y a deux mois, j’ai été invitée à Dubaï par “ The Nawaya Network ”, une ONG qui s’occupe des enfants défavorisés, pour raconter mon histoire et exposer mes toiles. » C’était la première fois que la jeune femme prenait l’avion. Avait-elle peur de se dévoiler devant un public qu’elle ne connaissait pas ? « Non. Par contre, lorsque j’ai parlé devant des élèves de six et sept ans à l’école Wellspring, dans la région du musée à Beyrouth, j’avais le trac. C’est une grande responsabilité que de communiquer avec des enfants. Il fallait être prudente et éviter de leur donner le mauvais message. Un petit a proposé de donner de son argent pour aider les pauvres. Je lui ai répondu : “ Il vaut mieux leur donner des outils pour réussir que de l’argent. ” Un autre a voulu savoir si j’étais en colère lorsque j’ai peint Une étude (de l’âme) de l’immobilité et du mouvement que j’avais choisie pour illustrer les cartons distribués aux élèves. » Une peinture que Raymonda évoque avec passion et émotion. « Sortir de la boîte », « lever la tête », « respirer la liberté » sont des termes qui reviennent souvent dans sa bouche lorsqu’elle en parle.

Malgré son quotidien chargé, la jeune femme trouve toujours le temps de s’investir dans la société. « J’ai collaboré à Imagination Studio , un projet inscrit dans le cadre du doctorat de Joanna Choukeir à l’Université des arts de Londres, qui a réuni des jeunes de différents régions, mentalités et intérêts autour de la volonté de s’exprimer et de changer les choses.Aujourd’hui, à 24 ans, Raymonda est déterminée à se réaliser et à voir ses rêves devenir réalité. Mariée depuis quatre ans, « juste après la terminale », elle bénéficie du soutien de son mari qui l’encourage « à aller de l’avant, à ne pas me limiter et à me construire en permanence ».
Un dernier mot ? « Dans la vie, j’ai appris à travailler dur. Mon message aux jeunes : si vous tombez, relevez-vous et recommencez. »

www.raymondaadib.com 

« Bleus de Marybelle », ou lorsque la plume se fait lumière

Coloré, drôle et émouvant, le premier livre pour enfants de Carole Awit, jeune enseignante de français à l’Université Sainte-Famille à Batroun et lauréate du prix Rami Azzam en 2009, aborde un thème social important : l’acceptation de la différence. La jeune auteure raconte l’histoire de Marybelle, une petite fille « pas comme les autres » qui, bébé, était « belle comme un cœur » et pour laquelle « ses parents imaginèrent une vie sans nuages ». Un vœu qui aurait pu être exaucé n’était-ce sa chevelure, « à la couleur indéfinie qui ressemblait au bleu de la nuit », qui affectera le regard que lui portent les gens.
« Pour évoquer la différence, je n’ai pas voulu parler aux enfants de maladies ou de handicaps comme c’est souvent le cas », souligne la jeune écrivaine. Dans Bleus de Marybelle, publié aux éditions Hatem et joliment illustré par Élie Saliba, Carole Awit a tenu à présenter aux élèves libanais « des personnages qui sont eux aussi des élèves » qui leur ressemblent, qui mènent des activités similaires et qui évoluent dans un milieu scolaire. « Souvent on donne aux enfants des livres avec, comme personnages principaux, des animaux, des fées ou des gens qui ne sont pas dans la vie de tous les jours. Et même si certains de ces livres sont très beaux, j’ai voulu leur offrir des personnages plus réels », poursuit Carole.
Imagination, gaieté du ton et message édifiant
En 2011, Carole Awit a reçu le prix du jeune écrivain de langue française pour sa nouvelle Comateen, alors qu’elle était étudiante en master de lettres françaises à l’USJ. Son récit a été publié aux éditions Buchet-Chastel dans une œuvre collective intitulée L’idiot du village et autres nouvelles.
« J’ai toujours écrit pour les adultes. Cette fois, j’ai eu envie de réaliser quelque chose pour les petits », raconte la jeune fille dont les deux parents sont professeurs de lettres et qui s’est trouvée immergée dans l’univers des livres dès sa tendre enfance. « Chez nous, on aimait beaucoup lire. On aimait raconter nos propres histoires aussi » , ajoute-t-elle.
Parlant de son livre, elle confie : « J’avais, depuis longtemps, l’idée de ce récit dans la tête. J’en ai discuté avec Mme Thérèse Hatem, directrice des éditions Hatem. Et nous nous sommes entendues sur sa publication. »
Bleus de Marybelle, qui allie imagination et gaieté du ton, est porteur d’un message édifiant. Le récit, musical, rempli d’images et de couleurs, n’est peut-être pas étranger à l’amour qu’avait la jeune auteure pour l’écriture de chansons. « Adolescente, je rêvais d’écrire des chansons. J’avais des amis musiciens qui se sont intéressés à mes textes. Malheureusement, nos projets sont tombés à l’eau » , raconte-t-elle.
Ce livre, qui comprend, outre le récit, un supplément de huit pages d’exercices ludiques, a été adopté par nombre d’écoles privées pour distribution auprès de leurs élèves.
L’auteure projette de publier bientôt un recueil de nouvelles pour adultes. Intelligente, talentueuse et persévérante, Carole Awit ira loin.

Pour en savoir plus sur Bleus de Marybelle :
 www.facebook.com/BleusDeMarybelle.