Doux arômes de Tripoli


Tripoli. Premières lueurs du jour. La caméra de Yasmine Sabih montre, de derrière un (très significatif) grillage, un quartier tripolitain encore endormi. Rapidement, les mailles disparaissent. Le ciel est limpide. Les ruelles s'animent progressivement. On entend des oiseaux chanter, un rideau métallique s'ouvrir, une marchandise qu'on déballe... La ville se réveille. Le marché reprend vie.
« Je veux à travers ce documentaire montrer le vrai visage de Tripoli. Tripoli qui est pour ceux qui ne la connaissent pas associée aux violences, aux confrontations entre différentes communautés et à la destruction », explique l'étudiante en information de 21 ans qui vient de décrocher son diplôme de l'Université Jinan. Réalisé dans le cadre d'un cours à l'université (voir ci-dessous), la jeune fille a vu ce documentaire, qu'elle a intitulé Arôme, comme une occasion pour donner la parole aux habitants et aux visiteurs de Tripoli : des personnes âgées qui racontent avec émotion leurs souvenirs, des hommes et des femmes plus jeunes, des étrangers installés dans la capitale du Nord mais aussi des Tripolitains expatriés toujours attachés à leur ville natale. À travers leurs regards et sa caméra, Yasmine Sabih nous emmène dans les cafés de Tripoli, ces espaces de vie, de rencontres et d'échanges « gravés dans la mémoire de tout Tripolitain et liés au ramadan ».

Porte-voix des gens sans voix
Son court-métrage d'une durée d'environ 8 minutes a nécessité un travail sérieux et une longue préparation. Bien qu'elle connaisse la région, Yasmine l'a visitée à plusieurs reprises avant le tournage pour s'en imprégner. « Je me suis assise dans ses souks de longues heures. Je m'y suis promenée. J'ai parlé avec les gens... », raconte l'étudiante, transformée le temps de ce documentaire en réalisatrice.
Yasmine a ainsi (re)découvert la région « quartier par quartier, maison par maison », pris des photos, choisi les meilleurs angles pour tourner, et visité des organisations qui s'occupent d'archives. « Mon enfance m'a marquée et a influencé le regard que je porte sur le monde. Je suis née dans un quartier populaire et je me suis imbibée de la simplicité des gens. Et lorsque je me suis installée dans un autre quartier, j'ai pu traduire mes souvenirs en de belles images », confie-t-elle.
Il y a trois ans, convaincue du rôle que peuvent jouer les médias dans l'amélioration de la vie des gens, voulant devenir elle-même actrice de changement, la bachelière, passionnée par la photographie et l'écriture de poèmes, a décidé d'intégrer la section radio et télévision à la faculté de l'information de l'Université Jinan. Aujourd'hui, après avoir obtenu son diplôme, Yasmine est plus que jamais déterminée à devenir le porte-voix des sans voix. Un choix compréhensible pour cette jeune Libanaise qui essaye au quotidien d'avoir un impact positif dans la vie des autres, que ce soit dans sa vie de tous les jours, à travers son travail comme correspondante pour plusieurs sites d'information électroniques, ou lors de ses activités auprès d'organisations locales dans le domaine de la formation à la citoyenneté active.

Un prix d’inspiration Sara Khatib, car « sourire en dépit de la douleur est toujours possible »

Sara se prenant en photo avec sa famille, ses proches et ses amis, venus nombreux assister à une cérémonie à la LAU au cours de laquelle, en reconnaissance de son courage, le public lui a réservé une longue ovation debout.
Une intense lumière. Un merveilleux rayon de soleil. Des sourires. Du courage. De la détermination. De la chaleur. De l'humanité. Une boule de positivité. Différentes expressions pour une seule et même personne : Sara Khatib. La brillante étudiante en 4e année de pharmacie à la LAU qui, malgré la trop grande brièveté de son existence, a réussi à profondément toucher des milliers de personnes - des jeunes et des moins jeunes, des filles et des garçons, d'ici et d'ailleurs -, beaucoup plus que la plupart des gens leur vie durant. La jeune femme de 22 ans, « maladroite et qui aime le Nutella » comme elle s'est, elle-même, décrite lors d'une conférence TEDx qu'elle avait animée deux semaines avant sa cruelle disparition au mois de septembre 2014. La pharmacienne en devenir qui s'est farouchement battue contre la maladie, qui, malgré la chimiothérapie et les multiples chirurgies dont l'une l'a laissée amputée d'un bras, n'a pas perdu son sourire, a continué à assister aux cours, à présenter ses examens et à obtenir d'excellents résultats académiques.
Sara, l'intelligente, l'humaine, la jeune fille qui apprécie le temps passé entre amis, l'étudiante exemplaire, croyait dur comme fer que si « la douleur est inévitable, la souffrance qui vient avec, elle, est facultative ». Sa conviction s'est vite transformée en mode de vie et en message que la jeune étudiante partageait généreusement avec tous ceux qui ont eu la chance de croiser son chemin.

Naissance d'un fonds de soutien aux étudiants
En sa mémoire, pour préserver son message positif et le répandre, sa famille a établi, il y a quelques mois, le Prix d'inspiration Sara Khatib, qui vise à récompenser des universitaires de toutes les facultés qui partagent le courage et l'esprit positif de leur fille.
« L'objectif de Sara était d'obtenir son diplôme avec ses amis, mais son corps était plus faible que sa détermination... On espère réaliser son vœu en lui permettant d'être présente en esprit, chaque année, aux cérémonies honorifiques de la LAU, et cela à travers le récipiendaire de ce prix », explique à L'Orient-Le Jour Rula Khatib, la mère de Sara. Le Prix d'inspiration Sara Khatib sera donc décerné annuellement à un (ou une) étudiant(e) particulièrement remarquable, qui se distingue par l'excellence de ses résultats académiques, mais également par son attitude positive et son « impact sur les autres en étant, face aux obstacles, un modèle de courage, de détermination, d'endurance et d'espoir ».
Najla Khatib, la sœur de Sara, précise : « Le prix comprend une récompense financière qui, nous l'espérons, pourra fournir un soutien au lauréat, particulièrement durant la période qui suit l'obtention de son diplôme, période au cours de laquelle la plupart des diplômés planifient et entament leur carrière. »
La première édition de ce prix, qui a eu lieu début juillet sur le campus de la LAU à Byblos, fut doublement significative pour la famille de Sara puisqu'elle a coïncidé avec le dîner de remise de diplômes de la faculté de pharmacie, événement auquel la jeune étudiante était supposée assister en tant que diplômée. La lauréate cette année, Rana Dbeissy, est elle-même diplômée en pharmacie.

Look Forward
« Sara rêvait à la création d'un moyen de communication avec d'autres patients atteints du cancer et d'autres amputés, pour partager leurs expériences et se soutenir mutuellement », raconte Rula, la mère de Sara. Pour honorer le vœu de leur fille, la famille Khatib a établi Look Forward : The Sara Khatib Cancer and Amputee Association, une organisation qui a pour mission d'aider les jeunes aux prises avec le cancer et/ou souffrant d'une amputation. Najla Khatib explique : « L'objectif de l'association est d'offrir un support au quotidien aux jeunes patients atteints du cancer et/ou amputés et à leurs familles. Parmi les services offerts, un accompagnement individuel par un coach qui a vécu une situation pareille. » Un précieux soutien. D'ailleurs, les histoires à succès de cette nouvelle association ne se font pas attendre. Une jeune étudiante amputée qui a été mise en contact, grâce à Look Forward, avec un coach de l'association, lui-même amputé, a réussi à décrocher son diplôme universitaire et à entamer une intéressante carrière.
L'organisation fournit d'autres services tels que des séances de consultation gratuites, un numéro d'appel d'urgence pour les questions médicales et de l'aide pratique pour la famille. « Par exemple, le frère d'un patient avait besoin de soutien dans ses devoirs d'été ; l'année ayant été très difficile pour cette famille, il avait accusé un retard dans son travail scolaire. Un de nos volontaires le visite dorénavant trois fois par semaine afin de l'aider dans ses études avant la rentrée scolaire », poursuit Najla.

Leçon de vie
La famille de Sara n'est pas moins exceptionnelle que sa fille. Au lieu de se recroqueviller dans leur douleur, les parents et la sœur de la jeune étudiante en pharmacie prématurément fauchée par la maladie sont allés vers les autres, multipliant à l'infini son message positif. À travers leurs actions, Sara vit. « Vous avez toujours la possibilité de sourire en dépit de la douleur et de profiter de chaque seconde de votre vie », disait-elle. Et elle a raison.

Publication d’une étude exhaustive, systématique et critique de la loi sur la nationalite

Allant à l'encontre de la Constitution libanaise et des traités internationaux ratifiés par le Liban, la loi libanaise sur la nationalité ne considère pas la femme libanaise comme une citoyenne à part entière. Lorsqu'elle permet à l'homme de transmettre sa nationalité à son (ou ses) épouse(s) non-libanaise(s), aux enfants qu'il a avec elle(s) et même, sous certaines conditions, aux enfants nés d'une union antérieure entre sa (ses) femme(s) naturalisée(s) et un (des) non-Libanais, la loi n'accorde pas à la femme libanaise le droit d'octroyer sa nationalité à ses propres enfants.
« Cette question a suscité un débat juridique d'abord puis, plus récemment, une polémique politique. Des positions particulièrement divergentes voire extrêmement contraires ont notamment marqué la jurisprudence et la doctrine à partir de l'aube de la seconde moitié du siècle passé jusqu'à nos jours, ce qui range cette problématique juridique parmi les plus graves et alarmantes des XXe et XXIe siècles. Ce d'autant plus qu'elle est pluridisciplinaire puisqu'elle se lie à la fois aux droits privé et public, ainsi qu'aux autres sciences sociales et humaines notamment la politique, la sociologie et l'anthropologie. La portée du problème s'aggrave davantage à la lumière du droit comparé : en Occident, la question semble être unanimement réglée en faveur de l'égalité totale entre les hommes et les femmes au regard de la loi sur la nationalité », explique Ghadir el-Alayli, avocat à la cour, doctorant en droit à la faculté de droit et de sciences politiques de l'Université Saint-Joseph et auteur de l'ouvrage Le droit de la femme libanaise d'accorder sa nationalité à ses enfants qui vient d'être publié par le cabinet d'avocats HBD-T.
L'exposé, préfacé par l'ancien ministre de l'Intérieur et des Municipalités Ziyad Baroud, est une reproduction révisée par l'auteur de son mémoire de DEA en droit privé des affaires effectué sous la direction de Me Amine Barsa à l'USJ en 2012. Il a fait l'objet d'une conférence-débat organisée hier à la Maison de l'avocat avec la participation de l'auteur Ghadir el-Alayli, de Me Ziyad Baroud, de Me Asma Hamadeh, présidente du Comité des femmes au barreau de Beyrouth, et de Lina Abou Habib, directrice exécutive du Collectif de recherche, de formation et de développement (CRTDA), en tant que modératrice de la rencontre.

Innovation et apports importants
Dans son exposé, le jeune chercheur examine la controverse suscitée par le contenu de l'article 4 in fine de l'arrêté 15 S/1925 « qui a été interprété, aussi bien par la jurisprudence que par la doctrine, tantôt de manière large, tantôt de façon rigide ». « L'innovation de Ghadir el-Alayli en la matière provient de sa tentative de classifier l'interprétation de l'article 4 in fine en trois catégories distinctes : d'abord horizontale qui adopterait une doctrine rigoureuse mais souple; ensuite verticale aux abords rigides ; et enfin linguistique et grammaticale. Cet exercice de l'esprit est élucidé dans l'ouvrage par des exemples à la fois doctrinaux et jurisprudentiels ostensiblement exhaustifs », précise Me Ziyad Baroud dans la préface de l'ouvrage.
L'un des grands apports de l'étude de Me el-Alayli réside dans la mise en lumière, pour la première fois en doctrine, du revirement jurisprudentiel catégorique opéré à partir de 1980-1983. Son exposé, exhaustif, systématique et critique, jette un éclairage précieux sur la loi sur la nationalité et pourra contribuer substantiellement aux débats, doctrinal et parlementaire (tant attendu), censés aboutir à la modification de la loi de la nationalité libanaise de manière à lever l'injustice dont les Libanaises mariées à des étrangers et leurs familles sont victimes.
« Il y a nécessité de refonder le droit de la nationalité libanaise de sorte à en éliminer toute incohérence et toute trace de discrimination ou de sexisme et de le rendre conforme à la Constitution et aux engagements internationaux du Liban, estime l'auteur. Au XXIe siècle, la discrimination, le sexisme et la conception patriarcale, sous quelque prétexte que ce soit, sont inadmissibles. » Mais en attendant, l'auteur plaide pour « une interprétation de la loi qui soit plus juste, égalitaire et équitable ». « Il faut " élargir " la fonction du juge lorsque le législateur est inerte face à la nécessité de protéger des catégories sociales marginalisées telles que les enfants et surtout les femmes libanaises qui sont à présent malheureusement traitées comme étant des " citoyennes de second degré ", en l'occurrence en la matière. Surtout que la magistrature est (relativement) laïque au Liban, alors que le Parlement libanais est, quant à sa formation, confessionnel et (donc) souvent mû par des considérations d'ordre confessionnaliste », conclut Ghadir el-Alayli.
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L'ouvrage « Le droit de la femme libanaise d'accorder sa nationalité à ses enfants » de Me Ghadir el-Alayli est disponible au bureau d'avocat HBD-T au 97 rue Monnot, à Achrafieh.





La jeune femme qui avait des ailes argentées et un cœur en or

Elle était belle, de l’intérieur et de l’extérieur, Martine Daher. Sa tragique disparition a profondément affecté tous ceux qui l’ont connue. Photo tirée de la page Facebook de Martine
« Elle était belle, mais pas comme ces filles dans les magazines. Elle était belle pour sa façon de penser. Elle était belle pour cette étincelle dans ses yeux quand elle parlait de quelque chose qu'elle aimait. Elle était belle pour sa capacité à faire sourire les autres même quand elle était triste. Non, elle n'était pas belle pour quelque chose de temporaire comme son apparence. Elle était belle, au plus profond de son âme. » C'est avec ces mots, empruntés à Francis Scott Fitzgerald, qu'une de ses amies la décrit. Elle, c'est Martine Daher, jeune réalisatrice de 26 ans, photographe, scénariste, artiste aux multiples talents, brutalement arrachée à la vie dans un accident de voiture le 6 juin, avant le lever du soleil.
Depuis l'annonce de sa disparition, qui a soulevé une vague d'émotion et profondément affecté tous ceux qui l'ont connue, les messages de chagrin pleuvent sur sa page Facebook. Des amis de longue date, des proches, des collègues, des professionnels du monde de l'image et de l'audiovisuel, de nouvelles connaissances, des gens qu'elle a croisés brièvement et qui affirment qu'elle les a marqués. Du Liban, de Jordanie, d'Égypte, d'Europe ou d'ailleurs, ils partagent des photos, des captures d'écran de conversation, des chansons, des vidéos, des témoignages... « Tu es une personne exceptionnelle, une source d'inspiration », « Merci d'avoir croisé mon chemin », « Le jour où je t'ai rencontrée, j'ai vu la joie que tu répandais autour de toi », « Te connaître était un vrai privilège », « Ta folie, ton humour, ton talent, ta joie de vivre vont beaucoup nous manquer », « Tu as vécu en 26 ans beaucoup plus que ce que la plupart des gens vivent en une vie ».
Et on découvre, à travers le regard de ces hommes et de ces femmes des quatre coins du monde qui ont connu Martine Daher, qui l'estiment et qui l'aiment, une jeune femme pas comme les autres. Une cinéaste qui avait un avenir très prometteur. Une artiste douée, généreuse, active, dynamique et passionnée. Une étudiante exceptionnelle qui a laissé des traces indélébiles à l'Institut d'études scéniques, audiovisuelles et cinématographiques de l'Université Saint-Joseph (Iesav) où elle a suivi, de 2007 à 2011, des études cinématographiques. Une amie très appréciée. Un être remarquable. Une jeune femme qui a des ailes argentées, un cœur en or et des rêves plein la tête. Un rayon de soleil.

Une projection publique de tous les films auxquels Martine a participé est prévue le mercredi 17 juin à 20h au West Avenue Bistro à Hamra.

De Tyr aux États-Unis, en passant par Balamand, l’itinéraire d’une passionnée

Ils sont quelque 4 000 étudiants et jeunes professionnels dans 155 pays à travers le monde à décrocher, chaque année, une bourse Fullbright leur permettant de poursuivre des études supérieures aux États-Unis. La Libanaise Aseel el-Zein en fait partie. La brillante jeune stagiaire en nutrition, fraîchement diplômée de l'Université de Balamand, s'envolera au mois d'août pour le sud-est des États-Unis où elle entamera un master en nutrition humaine à l'Université de Floride.
Outre sa passion pour la nutrition et sa détermination à aller le plus loin possible dans ses études, ce qui frappe chez cette jeune étudiante de 22 ans est son profond désir d'avoir un impact positif sur sa communauté et son enthousiasme à vouloir aider les populations défavorisées sans aucune distinction de religion ou de région. Intelligente, ouverte d'esprit, capable de comprendre et d'accepter les différences, Aseel incarne l'image, de moins en moins répandue, du Libanais qui se sent chez lui partout au Liban et qui n'a pas peur de l'autre.

Découvrir sa voie
Originaire de Tyr, c'est à l'Université de Balamand, dans la caza du Koura, à plus de 160 kilomètres de sa famille, qu'elle décide de poursuivre une licence en nutrition. Étudier et vivre « à quatre heures en voiture » de sa ville natale a non seulement permis à Aseel « de découvrir de nouvelles régions » et de « faire de nouvelles rencontres », cela a également « forgé son caractère et ouvert son esprit », confie-t-elle.
« Le travail de mes parents dans le domaine de la santé a influencé mon choix de carrière », indique la jeune étudiante qui a su, très jeune, bien avant d'obtenir son bac du lycée national Hanaway de Tyr, qu'elle travaillerait, elle aussi, dans ce secteur. Après une courte hésitation entre la médecine et la nutrition, la jeune étudiante choisit cette dernière filière qui lui permettrait de combiner son souhait « de travailler dans le domaine de la santé » avec sa « passion pour la nutrition » tout en lui donnant les moyens « d'avoir un impact positif sur la vie des gens ».
Convaincue au début de sa licence de vouloir se spécialiser en nutrition clinique et thérapeutique, elle réalise par la suite que ce qui l'intéresse vraiment, c'est la nutrition communautaire. « J'ai découvert cela après avoir animé, en tant que volontaire, des activités en éducation nutritionnelle auprès d'adolescents souffrant de handicaps mentaux et de difficultés d'apprentissage », raconte-t-elle.
Bénévole auprès du centre al-Hanan pour enfants ayant des besoins spéciaux, Aseel effectue plusieurs voyages, en Tunisie, en Égypte et aux Émirats arabes unis, en tant que chef de groupe avec des élèves ayant le syndrome de Down. « J'ai remarqué leurs habitudes alimentaires excessives et leur propension à choisir des aliments à haute teneur en calories mais faibles en nutriments. » Cela la conforte dans son choix de s'investir dans le domaine de la nutrition communautaire. Conviction confirmée lors d'autres activités volontaires, notamment celle menée avec le bataillon coréen de la Finul au Liban-Sud pour analyser la composition corporelle de ces mêmes enfants. « Les résultats étaient choquants. De nombreux enfants semblent souffrir d'obésité morbide, de diabète, d'hypertension, d'hyperlipidémie et de troubles digestifs », révèle Aseel qui confie s'être sentie encore plus « enthousiaste et déterminée à travailler avec les populations mal desservies au Liban ».
L'ambitieuse nutritionniste, qui dit aimer les voyages, la découverte de nouvelles cultures et les activités de plein air, aspire à « combiner la nutrition thérapeutique et la nutrition communautaire pour cibler et éduquer les populations défavorisées qui souffrent d'un manque de prise de conscience et/ou de ressources nécessaires pour l'adoption de saines habitudes alimentaires ».
« Le Liban en a particulièrement besoin en cette période, vu le débordement de la crise syrienne et le grand nombre de réfugiés qui y résident », poursuit Aseel qui souhaite voir un jour la nutrition figurer parmi les matières enseignées dans les écoles.

En hommage aux travailleurs, des étudiants de l’AUB nettoient leur campus

Ils ont marre des slogans et des mots creux. Ils en ont assez de la théorie. Pour montrer leur reconnaissance à ceux qui « travaillent de longues heures chaque jour » afin de garder le campus propre, dans des conditions « pas toujours faciles », des étudiants de l'AUB, membres du Red Oak Club, ont eu l'idée de retrousser leurs manches et de faire, pendant quelques heures, le jeudi 30 avril, le travail de ces ouvriers.
« À l'occasion de la fête du Travail, on a voulu faire quelque chose de concret sur le terrain », précise Aya Adra, future présidente du Red Oak Club, fraîchement élue, dont le mandat commence à l'automne prochain, en insistant sur la volonté des membres du club de mener, de plus en plus, des actions tangibles ayant un impact sur le quotidien des gens concernés. Cependant, la jeune étudiante en psychologie estime avec regret qu'un grand nombre de jeunes à la fac souffrent d'un « détachement de la réalité » et demeurent indifférents à ce qui arrive autour d'eux.
« Nous avons planifié cette campagne pour soulager les ouvriers responsables du nettoyage d'une partie de leur charge de travail. Nous avons vu qu'il vaut mieux effectuer cette opération à la fin de la journée, après leur départ. Et afin d'inciter d'autres étudiants à se joindre à nous dans cette campagne, nous avons créé un événement sur Facebook », indique Shadi Rachid, étudiant en génie électrique et président actuel du club.

Activisme et engagement
Yusra Bitar, elle, n'est pas membre du Red Oak Club. La jeune étudiante en sciences politiques a décidé de mettre la main à la pâte par « respect » et « par solidarité avec les ouvriers qui travaillent dur et sont sous-payés ». Contente d'avoir pris part à cette campagne, elle confie toutefois : « J'ai découvert que mes collègues à l'AUB sont moins respectueux de leur campus que je ne le pensais. Il a fallu que je participe à cette activité pour le remarquer. Je suis déçue. »
Le club étudiant de gauche est loin d'être à sa première activité. Il a organisé, depuis sa création il y a un an, plusieurs conférences au sein de l'AUB, notamment sur le féminisme, le mariage civil, les causes économiques de la guerre civile ainsi que sur les droits des travailleurs. Il a, par ailleurs, activement protesté contre la hausse des frais universitaires et participé à une série d'actions hors campus telles que le dernier rassemblement en faveur des employées de maison étrangères. Aujourd'hui, il compte une quarantaine de membres, tous actifs, « car pour être admis dans le club, il faut s'engager à y investir de son temps et de son énergie », souligne Aya Adra.

Un étudiant libanais sort de son cocon et explore l’Europe autrement

Parti au mois de septembre en échange académique à l'université de Lund en Suède, Ralph Haiby, étudiant en 3e année d'économie à l'Université américaine de Beyrouth (AUB), en est retourné au mois de janvier la tête remplie d'images, de découvertes, d'émotions et de nouvelles rencontres. Le jeune homme de vingt ans a vécu une expérience universitaire et sociale fort enrichissante dans cette ville de l'extrême sud suédois. Mais pas seulement. Le dynamisme, l'énergie, le courage, la curiosité de l'économiste en herbe et son amour de l'aventure l'ont poussé hors de son cocon de confort, à la découverte d'autres régions en Europe.

En 180 jours, entre ses cours et autres engagements à Lund les premiers mois, puis d'affilée les dernières semaines, empruntant différents types de transport – voiture, bus, bateau, avion –, l'étudiant libanais explore une vingtaine de villes suédoises et européennes telles que Malmö, Helsingborg, Stockholm, Copenhague, Vienne, Budapest, Bratislava, Groningue, Lyon, Gutenberg, Zurich et Francfort.
« Avant mon voyage, j'avais juste deux choses en tête : sortir de mon cocon et revenir avec des histoires à raconter », confie Ralph. Un défi que l'ancien champion libanais de squash relève en entreprenant son voyage sans planification préalable, se laissant emporter par le vent de l'aventure, et choisissant le couchsurfing (littéralement le surf sur le canapé) pour découvrir autrement les bourgs, les villes et les métropoles visités. Ce moyen d'hébergement alternatif basé sur le principe de l'hospitalité permet de voyager en logeant gratuitement chez l'habitant. « Les voyageurs entrent en contact avec des habitants (inconnus) du pays ou de la ville qu'ils souhaitent visiter via une plate-forme Internet », explique Ralph, en précisant que son objectif à lui était de « voyager » et non pas de « faire du tourisme ».
« Quand on loge chez des locaux, on voit la ville selon leur perspective. Si je n'ai pas voulu descendre dans les hôtels, ce n'est donc pas pour des raisons financières, mais pour découvrir la région différemment », souligne-t-il. Une expérience inoubliable pour le jeune homme qui a ainsi dormi au cours de son voyage dans une salle de séjour, dans une cuisine, dans une buanderie, par terre, sur un matelas gonflable et dans un dortoir. « Je décidais la veille, si ce n'est pas le jour même, de ma prochaine destination et je choisissais mon logement sur place », raconte-il.

Ne pas s'enfermer dans une bulle
Lund est considérée comme la deuxième ville universitaire de Suède. « La moyenne d'âge y est de 28 ans. Cette ville offre une vie étudiante intéressante et très dynamique », précise Ralph. Les restaurants, les cafés, les pubs et les clubs de sport sont tenus par des étudiants. « Lorsqu'on travaille dans ces endroits, on n'est pas payé en argent, mais en produits ou en services selon la nature de l'endroit. Par exemple, si un étudiant donne des leçons de squash dans un club, il sera payé en obtenant un accès gratuit aux activités du club », explique le jeune homme.
Loin de se contenter de ses cours à la fac, Ralph profite de son séjour dans la ville suédoise pour y effectuer un stage professionnel tout en travaillant dans un club sportif. « Cela m'a permis de rencontrer un grand nombre de Suédois et de découvrir la culture du pays qui m'a accueilli. Le piège pour les étudiants en échange est de ne pas établir beaucoup de contacts avec les locaux et de rester avec les étudiants internationaux », affirme-t-il.
Dans quelques semaines, Ralph obtiendra sa licence en économie. Le jeune homme, qui compte entamer bientôt sa vie professionnelle, caresse le projet de partir à la découverte de l'Amérique du Sud.
« Il ne faut pas avoir peur de réaliser ce qu'on a envie de faire. Il ne faut pas non plus remettre à plus tard ses rêves. Il faut sortir de la routine, prendre des risques, faire de nouvelles rencontres. Les gens me disent en évoquant mon voyage à travers l'Europe : je n'aurais jamais pu faire ce que tu as fais. Je leur réponds : il suffit de faire un pas et de se dire : je veux sortir de ma bulle. C'est très facile de rester dans son cocon. Le défi serait de le quitter et de faire des choses qui ne sont pas confortables. C'est là où tout commence », conclut-il.

À 18 ans, un étudiant libanais crée une application sauveuse de vies

Victime d'un malaise ou d'un accident ? En situation de danger ? L'application « I'm Not OK » pour Android, développée par George Bahry, jeune étudiant en première année de génie informatique à l'Université de Balamand, alertera les proches de l'utilisateur et leur indiquera l'endroit où il se trouve grâce au système de localisation intégré au portable.
« L'idée m'est venue lorsqu'un ami de mon père, qui a des problèmes cardiaques, lui a demandé, avant son départ seul à la chasse, de l'appeler régulièrement sur son téléphone mobile pour s'assurer qu'il va bien », raconte le jeune homme de 18 ans. Passionné par les ordinateurs et l'informatique depuis sa tendre enfance, l'ingénieur en herbe s'attelle à concrétiser son idée. Un peu plus de trois mois plus tard, en janvier passé, son application « I'm Not OK » est née. Pratique, simple à utiliser et gratuite, elle rencontre immédiatement un vif succès et se retrouve rapidement dans la liste des applications les plus populaires sur Google Play.
« La nouveauté de I'm Not OK est que, contrairement aux applications d'urgence existantes, celle-ci n'exige aucune action de la part de la personne en détresse », souligne George. En effet, en configurant l'application, l'utilisateur ajoute un numéro de téléphone à contacter en cas d'urgence. Il choisit le moyen de communication souhaité : un appel téléphonique ou l'envoi d'un court message. Il définit également un intervalle pour les alarmes compris entre 5 et 90 minutes. « Lorsque l'alarme sonne, l'utilisateur a 30 secondes pour l'éteindre en tapant sur la notification. Sinon, l'application alertera le proche choisi lors de la configuration », explique le jeune étudiant.
Une application intéressante, particulièrement utile pour les personnes ayant des problèmes de santé ou des besoins spéciaux, celles qui exercent des métiers dangereux ou qui sont souvent sur les routes.
Le jeune créateur, qui se tient constamment informé des nouveautés dans le domaine de la technologie, travaille sur la mise à jour et l'ajout de nouvelles fonctionnalités à son application. Il a plusieurs idées à développer en tête, mais « la priorité est actuellement aux études », précise-t-il.

Le Women’s Rights Club de l’AUB, ces étudiant(e)s qui veulent devenir acteur(trice)s du changement

Elle a l'entrain et le dynamisme de ses vingt ans, le discernement et la maturité d'une femme beaucoup plus âgée. Ingrid Kasbah, fondatrice et présidente du Women's Rights Club de l'AUB, a les pieds sur terre et des projets plein la tête, à commencer par le club féministe qu'elle a fondé il y a trois mois au sein de son université. 
« On me demande souvent pourquoi ce club ? La réponse est évidente. Il n'y a pas assez d'éveil quant aux droits des femmes, surtout parmi les étudiants », lance avec vigueur Ingrid. En quelques semaines seulement, la jeune étudiante en génie informatique et de la communication a réussi, avec l'aide d'une poignée de ses camarades, à rassembler des dizaines d'étudiants et d'étudiantes autour de la cause qu'ils défendent.
Parmi leurs premières activités sur le terrain, une opération de sensibilisation à l'égalité hommes-femmes menée au Collège Rafic Harri. « Ce fut une très belle expérience. Très réussie. Les 11-12 ans ciblés par notre initiative étaient très réceptifs », se réjouit Ingrid. Et d'ajouter dans un sourire : « En sortant de l'établissement, nous avons surpris une conversation entre deux élèves. Ils parlaient d'égalité. »
Les membres du Women's Rights Club sont convaincus du « rôle essentiel de l'éducation comme vecteur de changement social ». Et ils sont résolus à tisser des liens et à collaborer avec d'autres acteurs sociaux tels que les organisations non gouvernementales, la Commission nationale des affaires de la femme libanaise et le Comité des droits de la femme avec lesquels ils participent déjà au projet « Lana Hak » (Nous avons le droit) qui encourage la participation active des femmes aux instances de prise de décision.
Libérer l'homme aussi
Le 11 mars, l'événement organisé à l'occasion de la Journée internationale pour les droits des femmes par le Women's Rights Club, en partenariat avec les autres clubs de l'AUB, et auquel ont participé, outre les étudiants, plusieurs ONG, fut un franc succès. « Chaque club a animé un stand avec, pour thème, un des droits lésés des Libanaises », précise Ingrid qui rêve d'un jour où « nous n'aurons plus besoin de revendiquer nos droits, car ils seront tous acquis ».
Le Women's Rights Club réalise et publie auprès des étudiants un magazine mensuel, « fait main », libre et créatif. La présidente du club conclut : « Quand on lutte contre les stéréotypes qui touchent la femme, on libère l'homme également. On entend toujours : être un homme signifie être fort ; l'homme peut être faible. Le changement de ces idées toutes faites, avec lesquelles on a été élevé, prend du temps, mais il faut le faire. »
Pour en savoir plus sur le club : www.facebook.com/WomensRightsClubAUB

« Organized chaos », ou Beyrouth vue autrement

Des tableaux gais, colorés et frais, signés Marianne Karam, évoquant Beyrouth dans toutes ses contradictions, sont exposés à l'espace créatif multifonctionnel L'Appartement, à Achrafieh.


Le regard que Marianne Karam porte sur Beyrouth est à la fois celui du touriste émerveillé qui découvre la capitale libanaise pour la première fois et de l'émigré nostalgique ému devant un visage ridé sous un tarbouche traditionnel. « J'ai dessiné le Beyrouth que j'ai vu lorsque je suis retournée au Liban, celui qui m'a manqué lorsque j'étais loin », lance la jeune artiste qui a longtemps vécu à l'étranger, notamment au sultanat de Oman, un pays où « les options sont limitées ». « Beyrouth me parle, ses couleurs, ses embouteillages, sa foule, son chaos, ses panneaux d'affichage », poursuit Marianne.
Peintes à la gouache, dessinées avec des feutres ou des crayons japonais, ses représentations, dans le style naïf, sont toutes empreintes de joie et de bonne humeur. « Le Libanais est bombardé de négativité, notamment par les médias. C'est à se demander si on ne veut pas le pousser à haïr son pays », fulmine Marianne qui voit dans « les contradictions de Beyrouth », une multiplicité de choix pour ses habitants et ses visiteurs.
« Organized chaos » est le fruit d'un travail intensif d'environ deux mois que l'artiste a effectué alors qu'elle était en visite à Dubaï. « Lorsque j'ai réalisé le premier tableau de cette collection, je n'avais pas de plan bien déterminé. C'est plus tard que le projet est devenu plus clair », précise l'artiste.
Le pays en images
Marianne Karam, titulaire d'une maîtrise en études multidisciplinaires de l'Université de Buffalo, à New York, se prépare à lancer son deuxième ouvrage intitulé My Lebanon #nofilter. Il s'agit d'un recueil de photos prises par l'artiste à travers le Liban, accompagnées chacune par un commentaire ou un texte explicatif. Ce livre, réalisé dans le même esprit de positivité et d'amour du pays que la collection « Organized chaos », est destiné aux « touristes, aux Libanais vivant à l'étranger et à ceux qui résident au Liban ».
Une tranche de pastèque sous le soleil d'été, des vaches qui se promènent au bord de la mer, des célébrations à Ehden... « Les photos montrent des scènes, des paysages, des situations qui donnent envie de revenir au Liban que la situation sécuritaire y soit bonne ou non », indique Marianne. Elle tient à préciser qu'elle n'est pas photographe professionnelle. « Ces clichés sont pris avec mon portable. Ils racontent des histoires que vos amis peuvent vous répéter pour vous inciter à visiter le Liban. Des choses que les gens ne connaissent pas avant de découvrir le pays du Cèdre et qu'ils gardent en eux lorsqu'ils partent. »
R. A. D.
L'exposition se poursuit jusqu'au 11 avril, à l'espace créatif L'Appartement, rue Nicolas Mrad, quartier Sioufi, à Achrafieh, téléphone : 03/760044.

Ahmad Ghourabi, l’étudiant qui veut faire avancer les droits des femmes


« Tu ne veux pas avoir un vrai partenaire dans la vie ? » C'est ainsi qu'Ahmad Ghourabi, fondateur et président du Women's Rights Club de l'Université libanaise (UL), aborde les droits des femmes avec les jeunes hommes qu'il cherche à conscientiser. « Lorsque je veux sensibiliser mes confrères à la cause féminine, j'essaye toujours de rapprocher le sujet de leur vécu et des situations qu'ils vivent. Et le problème social le plus grave auquel ils font face à cet âge, c'est comment rencontrer et se lier avec la femme de leur vie... », explique-t-il. Pour cet étudiant en master de chimie, 22 ans, originaire de Saïda, notre société patriarcale est dangereuse, non seulement pour les femmes, mais également pour les hommes. « En privant la femme de certaines responsabilités, elle exerce une grande pression sur l'homme. Et cela dans les divers aspects de la vie : économique, social mais également affectif. On attend de l'homme qu'il assure tout, avant et après le mariage. Et avec la mauvaise situation économique actuelle, ce n'est pas facile pour lui », dénonce le jeune étudiant qui raconte s'être intéressé à la chimie après avoir vu son rêve d'intégrer l'École militaire voler en éclats « malgré ses bons résultats scolaires », car il n'avait pas « de piston politique ».
Les racines du militantisme d'Ahmad pour les droits des femmes remontent à loin. Le jeune homme confie que « son amour pour ses trois sœurs », beaucoup plus âgées que lui, a constitué un facteur déterminant dans sa volonté de défendre les femmes et leurs droits.
La naissance du Women's Rights Club
« Pour faire avancer la cause des femmes et atteindre une meilleure justice sociale, il faut cibler les jeunes, ce sont les clés du changement », affirme Ahmad qui, parallèlement à ses études en chimie, donne des leçons particulières aux étudiants des classes terminales. Et pour toucher les jeunes, quel meilleur endroit que l'université ? Le jeune militant en est conscient. Au mois de novembre 2014, et après deux longs mois et maintes difficultés pour obtenir l'autorisation, il réussit à créer dans sa faculté à Hadath le Women's Rights Club, premier club pour les droits des femmes à l'UL. « La naissance de notre club n'a pas été facile. "Choisissez un sujet un peu plus décent", nous a-t-on dit au début. Et dernièrement, on nous a poussés à annuler une activité prévue au sein de la fac pour soutenir la participation politique de la femme », dénonce Ahmad.
Le Women's Rights Club – dont le principal objectif est de conscientiser et sensibiliser la jeunesse libanaise sur « le respect de la femme » et « l'importance de ses droits » – a commencé ses activités sur le terrain en animant des débats estudiantins sur différents sujets sociaux. Une approche interactive qui a permis aux membres du club de déconstruire les stéréotypes et de changer les perceptions erronées. « Nous avons réalisé que de nombreuses filles ne connaissent pas leurs droits », révèle Ahmad, avant d'évoquer, à titre d'exemple, les jeunes étudiantes qui rêvent d'un mari « aisé financièrement, qui a réussi dans la vie » au lieu d'envisager leur propre réussite professionnelle et sociale.
Actuellement, l'association estudiantine qui réunit 22 membres, filles et garçons, de différentes confessions et appartenances, participe, avec la Commission nationale des affaires de la femme libanaise, au projet « Lana Hak » (On a le droit). Une initiative qui soutient la participation active des femmes aux instances de prise de décision. « Nous suivons également des ateliers formatifs avec l'ONG Abaad et le Comité des droits de la femme libanaise qui nous soutiennent », précise Ahmad, qui a déjà participé à de multiples conférences autour des droits des femmes, au Liban, mais également en Jordanie, au Kurdistan iranien et en Turquie.
Pour conclure, le jeune militant insiste sur l'importance d'adopter une approche inclusive dans la lutte pour les droits des femmes. « Les problèmes des femmes au Liban ne seront pas résolus sans la participation des hommes, en tant que partenaires du problème et des solutions. Toute initiative qui ne prend pas cela en considération sera vouée à l'échec », affirme-t-il.
Pour en savoir plus sur le Women's Rights Club de l'UL : www.facebook.com/women.club.ul? fref=ts.

Les femmes écartées de la direction des principales universités au Liban


Zéro. C'est le nombre de femmes à la tête des principales universités libanaises. En 2014. Un constat désastreux. Une situation désolante qui ne se limite pas au Liban, comme l'a montré le colloque international « Femmes universitaires, femmes de pouvoir ? » organisé par l'AUF à Dakar (Sénégal) les 13 et 14 novembre. Rencontre au cours de laquelle 25 intervenants, dont 24 femmes, issus de 15 pays, ont débattu devant près de 200 personnes des causes de la sous-représentation des femmes aux postes de pouvoir dans les universités.

« Nous aurions pu penser que le milieu de l'enseignement supérieur et de la recherche, haut lieu académique, de science et de culture, serait égalitaire. Malheureusement, les chiffres qui ont été égrenés par les intervenantes et intervenants, tout au long de ces deux jours, montrent clairement que, loin d'être un milieu qui prône l'égalité de genre, les universités sont, tous pays et disciplines confondus, un espace de discrimination pour les femmes. Les chiffres mettent en lumière un monde universitaire profondément discriminatoire, et c'est simplement l'ampleur du phénomène et ses spécificités qui changent d'un pays à un autre », déplore Leila Saadé, coordonnatrice du Réseau francophone des femmes responsables dans l'enseignement supérieur et la recherche.

Le réseau, mis en place par l'AUF en mars 2014 et dirigé par Mme Saadé, vise à améliorer l'accès des femmes universitaires aux postes de responsabilité. Il est ouvert aux académiciennes, enseignantes et chercheuses de l'Afrique, du Maghreb, du Moyen-Orient, de l'Europe et du continent américain. « Nous voulons, à travers le Réseau francophone des femmes responsables dans l'enseignement supérieur et la recherche, créer une solidarité entre les femmes universitaires, les mobiliser pour faire avancer la cause de l'égalité hommes-femmes et les encourager à braver l'hostilité en leur donnant les moyens d'abattre les obstacles sur le chemin de l'égalité », explique Leila Saadé qui a fondé en 1996 et dirigé pendant 15 ans la filière francophone de droit au Liban, et qui fut la doyenne de l'École doctorale de droit et des sciences politiques, administratives et économiques de l'UL pendant plus de six ans. Et de poursuivre : « Notre objectif est également d'assurer une formation aux femmes universitaires qui voudraient s'investir dans les établissements académiques et de recherche. Formation qui leur permettra de découvrir leur potentiel et les compétences dont elles sont porteuses et d'utiliser les outils dans l'exercice de leurs futures responsabilités. »

Les recommandations du colloque
Pour promouvoir l'égalité de genre dans l'enseignement supérieur et la recherche, la coordinatrice du Réseau francophone des femmes responsables dans l'enseignement supérieur et la recherche a proposé à l'AUF d'introduire dans les chartes d'adhésion à l'agence et dans les conventions qu'elle signe avec les universités membres un article sur l'égalité hommes-femmes. « Et même au-delà, l'AUF peut conditionner son soutien à ces institutions à l'évolution de la place de la femme dans leurs instances dirigeantes », recommande Leila Saadé, qui est aussi présidente de l'École doctorale de droit du Moyen-Orient.

Au terme du colloque, les participantes et les participants ont adressé les recommandations suivantes aux chefs d'État et de gouvernement de la Francophonie pour favoriser l'égal accès aux responsabilités dans le milieu universitaire : former les responsables politiques et les cadres de la fonction publique à l'égalité femmes-hommes ; doter les ministères de l'Enseignement supérieur et de la Recherche d'une Direction sur l'égalité femmes-hommes ; mettre en place un observatoire de l'égalité femmes-hommes au sein de chaque université; nommer un(e) référent(e) genre dans les universités; soutenir financièrement la sensibilisation à l'égalité femmes-hommes à tous les niveaux et dans toutes les disciplines par la mise en place de modules de formation ; légiférer pour assurer la parité au sein des instances dirigeantes des établissements universitaires et de recherche; financer les travaux de recherche pour produire des données scientifiques sur la situation des femmes dans l'enseignement supérieur et la recherche ; assortir tous les projets de recherche d'une dimension « égalité » ; créer un répertoire de bonnes pratiques sur la parité dans les universités ; rendre obligatoire la prévention et la lutte contre le sexisme et les violences sexuelles par la création d'un bureau de lutte contre le harcèlement sexuel au sein des universités.

Des recommandations ont été également émises à l'adresse de l'AUF : consolider et renforcer le Réseau francophone des femmes responsables dans l'enseignement supérieur et la recherche ; créer un prix pour les meilleurs travaux pour les femmes scientifiques ; introduire un article sur l'égalité femmes-hommes dans la charte d'adhésion à l'agence ; créer une revue scientifique de haut niveau et de référence dans l'espace francophone; créer un label « égalité » pour les universités.

Sara Khatib n’est plus... Vive Sara Khatib !

« Je choisis de ne pas être Sara Khatib, la patiente atteinte de cancer, l'amputée, et de continuer à être Sara Khatib, l'étudiante en 4e année de pharmacie qui est maladroite, qui aime le Nutella et qui se trouve avoir un cancer et un bras amputé. »Ces paroles, prononcées par la brillante étudiante durant sa conférence TEDx LAU, ont bouleversé le public qui n'a pas attendu la fin de son discours pour réserver à la courageuse jeune fille de 22 ans une ovation debout. C'était le 23 août passé. Deux semaines avant le décès de Sara, emportée par la maladie.




Depuis l'annonce de sa disparition, une vague de messages de chagrin a déferlé sur les réseaux sociaux, saluant le courage, la détermination, la positivité de la jeune fille qui, malgré toutes les difficultés que la vie a mis sur sa route, a gardé le sourire et a réussi à communiquer aux autres sa joie de vivre et sa volonté de « profiter de la vie en dépit de la douleur ». Des dizaines de milliers d'internautes ont écouté et partagé en ligne sa conférence TEDx LAU intitulée : « Les quatre leçons que j'ai apprises en luttant contre le cancer ». Certains d'entre eux ont laissé de touchants commentaires honorant la mémoire de la jeune fille. « Sara est une source d'inspiration. Je visionnerai cette vidéo chaque jour de ma vie » ; « Lorsque je l'ai rencontrée pour la première fois, elle avait 14 ans. Nous avons voyagé ensemble avec l'organisation d'engagement communautaire CISV dont la mission est de promouvoir la paix et l'amitié planétaire. Sara aurait pu conquérir le monde avec son sourire et sa détermination » ; « Elle était une combattante. Il y avait en elle beaucoup d'amour et de bonté. Son sourire était contagieux. »

Elle survivra
Au-delà des témoignages et des mots de chagrin et d'amour, pour honorer sa mémoire, des étudiants et des enseignants de la LAU ont décidé d'adopter sa cause et de réaliser son rêve de fonder une première association de soutien pour les amputés au Liban.
Il n'y a pas de doute que le message de vie et d'espoir de Sara Khatib lui survivra longtemps. « Vous avez toujours la possibilité de sourire en dépit de la douleur et profiter de chaque seconde de votre vie », a-t-elle insisté. « Nous ne sommes pas notre maladie. Nous pouvons sentir la douleur, mais la souffrance qui vient avec, elle, est facultative. »

Sara Khatib lors de la conférence 
TEDx LAU le 23 août 2014.
Credit photo : Humans of LAU.

Nous sommes les filles de cette terre. Changez votre loi!


Nous sommes nées des entrailles de cette terre. La terre de nos grands-parents, la nôtre, celle de nos enfants et plus tard de nos petits-enfants. Cela étant dit et avant d'élaborer, commençons par la fin. Nous, les femmes du Liban, d'Achrafieh, de Tripoli, de Bickfaya, de Tyr, de Rachaya et de tous les coins du pays du Cèdre, chrétiennes, musulmanes ou druzes, nous n'accepterons plus de ne pas bénéficier des mêmes droits en matière de citoyenneté que nos frères, cousins, voisins, amis et hommes du Liban.
Aux gouvernants du pays, le message suivant : vous dites que vous avez peur pour le Liban, et que nous accorder le droit de transmettre notre nationalité à nos enfants exposera le pays à des risques, le risque d'un changement démographique quelconque, d'un déséquilibre confessionnel, d'une implantation des Palestiniens, de grands malheurs. Même si nous ne partageons pas vos « craintes », nous ne perdrons plus notre temps à essayer de vous convaincre du contraire, puisqu'il est évident que vous n'avez aucune volonté de réparer le grand tort que la loi, injuste et anticonstitutionnelle, de la nationalité nous a fait et continue à nous faire. Par contre, nous sommes intransigeantes sur le principe de l'égalité des citoyens devant la loi. Principe assuré par la Constitution libanaise et les traités internationaux que le Liban a ratifiés. Alors, puisque vous ne « pouvez » pas nous « donner » notre droit, fondamental et naturel, de partager notre citoyenneté libanaise avec nos enfants, nous exigeons un amendement de la loi, qui ne « met pas le pays à risque » et qui nous garantit l'égalité en droit. La loi amendée de la nationalité stipulera: est libanaise toute personne née de père et de mère libanais.
Voilà des décennies que nous nous battons pour notre droit, si juste, de partager notre identité libanaise avec nos enfants. Votre réponse? Un refus net et catégorique d'amender la loi. Et avec une certaine condescendance, des députés  nous ont proposé, à travers les médias, de petites mesures pour alléger les souffrances des Libanaises mariées à des non-Libanais. Mais ce n'est pas la charité que nous demandons! Non! Nous voulons notre droit, naturel, fondamental et juste, à une pleine citoyenneté !
Rien de moins !
Pour rappel : la loi de la nationalité, vieille de 90 ans, accorde à l'homme libanais le droit de donner sa nationalité libanaise à sa femme non libanaise – qu'elle soit palestinienne, iranienne, saoudienne, américaine ou autre. Elle lui permet de transmettre sa nationalité à ses enfants. Et – j'espère que vous êtes assis – cette loi accorde à l'épouse étrangère, naturalisée grâce à son mariage avec un Libanais, le droit de transmettre sa nouvelle nationalité aux enfants mineurs qu'elle aurait eus avec un ex-mari non libanais si son époux libanais décède !
La même loi qui nous empêche, femmes du Liban, de transmettre notre nationalité à la chair de notre chair, à nos propres enfants.
Roula AZAR DOUGLAS
Journaliste, membre du Groupe de conseil 
de la 
société civile d'ONU-femmes pour les États arabes

Poems for those who still read (Des poèmes pour ceux qui lisent encore) est le titre de son recueil en devenir. Un ouvrage rassemblant ses écrits en français, anglais et arabe, composés durant un exil auto-imposé de plus de sept ans qui l'avait mené à l'âge de 22 ans de Tripoli à Paris, en passant par Londres, Berlin, l'Inde, Washington et New York. Des poèmes qui relatent « sa destinée et celle de sa nation ». Dima el-Sayed, auteure, chanteuse et peintre, confie : « J'ai toujours eu envie de partir. Le Liban n'est pas un exemple de liberté. » Dans la capitale française, Dima, fraîchement licenciée en droit de l'USJ, intègre la Sorbonne et complète un DEA en droit comparé. « J'avais, de par mes lectures et mes études, des attentes de l'étranger qui n'ont pas été comblées », poursuit-elle, faisant allusion à la censure de son blog sur Le Monde.fr durant la guerre de juillet 2006.
Avant son retour au pays du Cèdre il y a deux ans, elle part en Inde pour apprendre le chant dhrupad, considéré comme étant l'expression musicale la plus ancienne de l'Inde du Nord. Une expérience édifiante et révélatrice pour la jeune chanteuse.
Le crowdfunding pour trouver des réponses
« La société libanaise qui appelle sans cesse les émigrés à revenir au pays, quelle place accorde-t-elle à l'étranger libanais ? Quel espace lui donne-t-elle ? » s'interroge la jeune artiste. Et c'est pour trouver une réponse à ses interrogations qu'elle a choisi le crowdfunding – financement participatif par le biais d'Internet et des réseaux sociaux – pour concrétiser son projet littéraire. « Je veux impliquer les lecteurs potentiels dans la création de cet ouvrage, les faire sortir de leur rôle de simple récepteurs en les faisant participer au processus de création du livre en tant qu'objet », explique-t-elle. La campagne lancée sur le site Zoomaal est ouverte jusqu'au 3 mars prochain. « Cette campagne de financement est un caillou jeté dans l'eau. Quel sera son effet ? C'est ce que je veux mesurer », poursuit Dima, avant d'ajouter : « Je suis en même temps celle qui lance la pierre et la pierre elle-même. »
Le financement participatif permettra également de « remettre en question le rapport de l'individu – libanais, arabe ou autre – à l'argent ». Dima poursuit : « Est-on prêt à troquer son argent pour des vers ? Cette question est particulièrement pertinente dans les sociétés prétendument religieuses. »
De l'esthétique
Dima, qui fut l'un des 25 musiciens sélectionnés du monde entier pour effectuer en 2013 une résidence de quatre semaines aux États-Unis axée sur le pouvoir transformateur des arts à travers la création de l'original, la musique inventive et la « diplomatie de personne à personne », travaille sur un prochain projet artistique, en collaboration avec des artistes libanais et internationaux, une exposition sonore mixte de toiles, de chants et de projections qui s'articule autour du sacré.
À plus court terme, qu'offre-t-elle aux lecteurs dans son prochain recueil de poèmes ? L'artiste répond : « De l'esthétique. La poésie propose une harmonie, une paix. Notre vie est faite de mots qu'on entend consciemment ou pas, qui nous façonnent : discours des politiques, des figures religieuses, des autorités parentales, avec incitations à la haine, à la violence. Une culture du laid qui nous pousse vers le néant. »

Deux Libanais veulent contribuer à personnaliser le traitement du cancer au Liban


Le Dr Nemr el-Hajj
Ils sont frère et sœur. Lui effectue un postdoctorat au département génie mécanique de l'Université de technologie de Compiègne. Elle est enseignante-chercheuse à l'UL, l'USEK et l'UPA. Leur ambition ? À long terme, « révolutionner les diagnostics et les traitements par la caractérisation de la constitution génétique d'un individu, cibler le traitement médicamenteux sur la région à traiter, offrir des appareils adaptés aux handicaps visuels et auditifs, et fabriquer des capteurs intégrés pour détecter les maladies corporelles dès leur apparition ».
Mariana Hajj, docteure en pharmacologie moléculaire, explique : « Le marché mondial de l'instrumentation médicale pour les rayons X est en croissance constante depuis plusieurs années. Les nouveaux générateurs de rayons X seront basés sur une thérapie reconnue et utilisée couramment par la communauté médicale. L'innovation réside dans la miniaturisation de ces générateurs en utilisant des cathodes froides à base de nanoperles de carbone. » Une nouvelle technologie qui vise en premier à améliorer la qualité des soins apportés aux patients atteints du cancer. « La radiothérapie conventionnelle brûle non seulement les cellules cancéreuses, mais aussi les tissus qui les entourent. Ce n'est pas le cas avec les nanoperles de carbone qui permettent d'avoir une cathode froide et d'effectuer une radiothérapie de précision. Et grâce à la miniaturisation de l'appareil, le patient pourra à l'avenir subir sa radiothérapie à domicile. »
Un traitement encore peu accessible
« Actuellement, ce traitement est offert dans moins d'une dizaine de centres au Japon, en Chine, en Europe. En France, un projet de centre médical qui dispensera la nouvelle technique de radiothérapie est en cours », affirme le Dr Nemr el-Hajj. Une radiothérapie plus précise et plus sûre, mais qui est encore loin d'être accessible à tous les malades. « Limitée pour l'instant aux patients ayant des tumeurs radiorésistantes, elle est offerte uniquement dans quelques centres de traitement et est très coûteuse. »
L'ambition des deux chercheurs de faire participer le Liban au développement de cette nouvelle technologie est née il y a cinq mois, lorsqu'ils ont appris qu'une entreprise établie au Canada a réussi, après une dizaine d'années de recherche et de développement, à passer à la phase de production industrielle de nanoperles de carbone. « NanoMed, qui compte dans ses rangs des chercheurs internationaux, a développé un réacteur pour la production massive en continu des nanoperles de carbone qui pourraient ainsi être utilisés comme renfort dans des matrices polymères pour le développement de nanocomposites aux propriétés spécifiques remarquables », explique le Dr Nemr el-Hajj, qui propose alors au chef de direction de NanoMed, Joseph Khoury, de travailler avec les chercheurs de l'entreprise sur le développement des nouveaux nanocomposites.


Possibilités multiples
« Les nanoperles de carbone peuvent être utilisées comme un renforcement des différentes résines thermoplastiques et thermodurcissables pour différentes applications. Par exemple, elles semblent être un atout pour la fabrication des gilets pare-balles », poursuit le Dr Hajj, qui avait obtenu une mention très honorable pour sa thèse de doctorat en génie mécanique et génie des procédés, soutenue en 2010 à l'Université de Picardie Jules-Verne. Aujourd'hui, en tant qu'expert des nanocomposites, il dirigera un projet de recherche mené en collaboration entre l'Université de technologie de Compiègne et NanoMed, et contribuera à la phase de développement des nanocomposites pour des applications dans les secteurs de l'aéronautique et de l'automobile.
Pour le Dr Mariana Hajj, devenue depuis peu conseillère scientifique de NanoMed au Liban, le moment marquant de ces derniers mois est l'instant où elle a appris que NanoMed a fabriqué un prototype de générateur de rayons X miniature et portable. « J'ai alors trouvé qu'il serait très intéressant pour moi de participer aux recherches concernant l'expérimentation sur les souris et les essais cliniques, d'une part, et d'amener les générateurs miniaturisés au Liban, d'autre part », confie-t-elle, avant d'affirmer avec enthousiasme : « Cette personnalisation du traitement du cancer révolutionnera la médecine au Liban et dans le monde. Ces appareils permettront aux médecins traitants d'effectuer la radiothérapie chez les patients, dans le confort de leur domicile. Et le coût du traitement sera significativement inférieur au coût actuel. »
Les chercheurs libanais souhaitent également donner la possibilité aux étudiants et à leurs collègues au pays du Cèdre de participer à la phase d'industrialisation de ces générateurs.
Leurs projets sont-ils faciles à réaliser ? « En ce qui concerne l'implantation au Liban, nous allons étudier les détails bientôt. Cependant, la gestion administrative est complexe. Au niveau universitaire, nous n'avons pas les fonds nécessaires pour envoyer des étudiants et des chercheurs au Canada. »
« Les nanoperles de carbone n'ont pas encore livré tous leurs secrets. Elles méritent un travail de recherche, de caractérisation et d'amélioration plus approfondi. C'est pourquoi plusieurs universités et instituts de recherche et de développement s'y intéressent ». Et le Dr Mariana Hajj de s'interroger : « Pourquoi pas les universités libanaises? Pourquoi pas l'industrie libanaise ? »


                                           Le Dr Mariana Hajj à l’Université Montpellier I, 
                                           en 2012, lors de sa soutenance de thèse 
                                           pour laquelle elle a obtenu une mention 
                                           très honorable et les félicitations du jury.

Refuser l’impunité et la banalisation de la mort


« Peut-on fêter le Nouvel An comme si de rien n'était? N'a-t-on pas un devoir de respect et de mémoire envers les victimes de la dernière explosion à Beyrouth, dont le sang n'a pas encore séché ? », « On ne peut et on ne doit pas continuer comme si de rien n'était », « Comment poursuivre le cours normal de nos vies quand les gens se font tuer en plein jour soit parce qu'ils ont une opinion politique contraire à celle des criminels, ou tout simplement parce qu'ils ont eu le malheur de se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment ? » Voici un échantillon de l'état d'esprit de nombreux jeunes Libanais après l'attentat qui a coûté la vie à huit personnes dont l'ancien ministre Mohammad Chatah et qui a blessé des dizaines de citoyens. Une réaction concrétisée par la création rapide de plusieurs groupes sur Facebook refusant la violence et la banalisation de la mort, et appelant les internautes libanais à exprimer haut et fort leur colère face à l'insécurité qui sévit au pays du Cèdre.

Une semaine après le lâche attentat de Starco, la question que l'on se pose est la suivante : est-ce qu'il y a une chance que ce refus de la violence, de la deshumanisation des victimes et du fatalisme se transforme en une secousse assez forte pour avoir un impact quelconque sur la situation au Liban ? Ou bien, comme d'habitude, la vie prendra le dessus, les visages des victimes tomberont rapidement dans l'oubli et les noms des martyrs s'estomperont graduellement de la mémoire collective... jusqu'à la prochaine explosion ? La réponse est probablement négative. La page étant déjà tournée pour de nombreux Libanais.

« Après un assassinat, après une explosion, les mêmes slogans fusent, les mêmes promesses aussi "On ne t'oubliera jamais". Mais finalement, tout le monde oublie. Jusqu'au prochain martyr », observe Racha el-Halabi, jeune étudiante en conception graphique et communication visuelle à l'UL, avant d'ajouter : « Treize martyrs... En 2005, on s'est demandé : à qui la faute ? Maintenant, on se demande : c'est le tour de qui ? Apparemment, la violence est devenue le seul langage utilisé. J'ai peur de ce nouveau Liban. »
La valeur de la vie humaine
« Quand on assassine un homme comme le ministre Chatah, représentant le Libanais ouvert, le Libanais modèle qui a réussi ; et quand on provoque la mort de toutes ces victimes dont ce pauvre jeune Mohammad Chaar, des hommes qui ne sont pas des politiciens mais qui ont eu la malchance d'être sur les lieux de l'explosion, on ne peut qu'être triste et révolté », s'indigne Anthony Féghali, jeune avocat en devenir, très affecté par l'explosion. « J'avais vu le ministre Chatah, il y a quelques semaines, lors de la journée piétonne qu'avait organisée l'association Achrafieh 2020. Il se promenait bras dessus, bras dessous avec sa femme à Gemmayzé, souriant, en tenue décontractée et casquette. Depuis l'explosion, je ne fais que penser à cette image de couple joyeux heureux de passer un beau dimanche dans la capitale », poursuit-il.

Au-delà des affinités ou des divergences politiques, le peuple tout entier, et notamment les jeunes, doivent refuser catégoriquement le recours à la violence pour marquer des points politiques. Le peuple doit lutter contre l'impunité en vigueur au Liban.

Racha el-Halabi, qui confie que ce révoltant crime a ramené dans sa mémoire des images de l'assassinat du Premier ministre Rafic Hariri, poursuit : « J'ai rencontré l'ancien ministre Chatah la semaine passée lors de la conférence de coexistence organisée à Tripoli. Nous avons eu l'occasion de nous parler. Le Liban a vraiment perdu une figure de la modération qui croyait au dialogue, au langage de la raison et de la logique, et au droit à la différence des opinions. »

Outre la colère et l'indignation, les jeunes éprouvent un sentiment constant de peur. Elham el-Hajj, étudiante en presse à l'UL, se trouvait aux Souks de Beyrouth au moment de l'explosion, qu'elle qualifie d' « habituelle chez nous, au Liban ». Ordinaire donc mais « horrifiante », selon la jeune fille qui poursuit : « Je ne me rappelle plus comment l'amie qui m'accompagnait et moi-même sommes rentrées à la maison. » Elham confie qu'elle est triste et qu'elle a peur, « car peut-être qu'un jour, je serais moi-même, comme Mohammad Chaar, une innocente victime d'une explosion. »

Samer Sarkis est lui aussi étudiant en journalisme à l'UL. Réaliste mais non blasé, le jeune homme fulmine : « On vit dans une jungle. C'est dramatique et ironique en même temps. Chaque jour, il y a une explosion. Si ce n'est pas une explosion au vrai sens du terme, c'est une crise économique ou sociale. Nous vivons dans un pays où chacun semble attendre son tour d'être tué. On en a marre ! Mais malgré tout, nous sommes un peuple qui veut vivre. »

Vivre justement. Les jeunes sont unanimes sur ce point. Il faut résister au découragement. « Je ne suis pas de ceux qui baissent les bras. Je veux rester au Liban pour le moment. Je me dis qu'en tant que jeunes, on doit essayer de faire ce que l'on peut pour un avenir meilleur au Liban et espérer que la situation ne va pas empirer », estime Anthony Féghali avant de conclure : « On verra ce qu'on pourra apporter à ce pays et on verra bien ce que l'avenir nous réserve. »