
Des centaines de Libanais meurent sur les routes chaque
année. Souvent au printemps de leur vie. Alcool au volant, excès de
vitesse, mauvaise signalisation routière, les causes diffèrent. Le
résultat, lui, est le même. En une fraction de seconde, la vie de ces
conducteurs, passagers ou piétons bascule. Celle de leurs proches aussi.
Face à cette situation, Michael Abi Khalil ne voulait pas rester les
bras croisés. Le jeune réalisateur, diplômé de l'Institut d'études
scéniques, audiovisuelles et cinématographiques de l'USJ (Iesav) en
2013, particulièrement peiné par la mort de Martine Daher, jeune
réalisatrice de 25 ans décédée dans un accident de la route à Jounieh au
mois de juin, a voulu offrir à la société ce qu'il sait faire de mieux
« pour contribuer à sa manière à la réduction des accidents de la
route ». C'est ainsi que Learn from them est né, un spot de
sensibilisation à la sécurité routière, d'une durée de trois minutes et
demie, réalisé avec des enfants, loin des images violentes habituelles
dans ce genre de production.
Ambiance candide et message fortUne journée
ensoleillée. Un parc. Et sur un tourniquet, des rires d'enfants.
Naturels et espiègles, Ray, Reem, Mario, Owen, Enzo, Rachelle, Serena,
Jeffrey et Cybelle se prêtent au jeu de Michael et répondent
spontanément à ses questions. Comment conçoivent-ils leur avenir ? Les
petits écoliers rêvent de devenir médecin, architecte, enseignant,
ingénieur et « pompier parce qu'il sauve les animaux et les gens ». Dès
les premières images et tout au long du spot, le spectateur est plongé
dans une ambiance candide et enfantine, et cela grâce, en partie, à la
musique de fond, au cadre du tournage ainsi qu'aux plans serrés sur les
visages des enfants et leur langage corporel.
Puis, de derrière sa
caméra, Michael lance une autre série de questions, sur la sécurité
routière cette fois. « Les réponses pertinentes et correctes des enfants
sont surprenantes », confie le jeune homme, impressionné par les
connaissances des filles et des garçons sur les dangers de la route.
Pour simuler les accidents, Michael utilise des véhicules en jouets.
Mais le son qui accompagne ces images est, lui, réel : vrombissement de
moteur, crissement de freins, choc métallique et bris de verre. L'effet
est intense ; sans sang, sans victimes visibles, sans violence
apparente.
« Dans leurs réponses, les enfants parlent de la vitesse,
de l'airbag, du choc, de la mort, de la prière. Si la forme est
enfantine, le contenu, lui, ne l'est pas », explique Michael. La dualité
sur laquelle mise le jeune réalisateur est efficace. Le message, fort,
s'adresse également aux enfants et aux adultes. « Dans le monde virtuel,
en un seul clic, tout peut se réparer. Pas en réalité. Les enfants
l'ont compris », souligne-t-il. Et de préciser : « Learn from them est
divisé en trois parties. Après les questions sur les panneaux de
signalisation et celles sur les risques routiers, au cours du dernier
segment, chacun des enfants fait une promesse pour se protéger des
accidents : respecter les limites de vitesse, éviter l'alcool au volant,
se concentrer sur la conduite, ne pas utiliser son téléphone mobile en
conduisant... » À travers leur serment, Michael voulait faire prendre
conscience aux écoliers de leurs futures responsabilités en ce qui
concerne la sécurité routière, et, ce faisant, le jeune réalisateur
espère sensibiliser tous les spectateurs.
Toucher un plus large auditoireLe jeune
réalisateur qui veut « faire dans un proche avenir des courts-métrages
qui transmettant des messages » s'intéresse depuis longtemps aux sujets
ayant un impact social. Au cours de sa formation à l'Iesav, il a réalisé
un documentaire d'une vingtaine de minutes sur le racisme. « C'est
l'histoire d'un jeune Libanais qui épouse une aide domestique
philippine. Il invite des gens de son entourage à la fête qu'il organise
pour l'anniversaire de sa femme... »
Michael qui, malgré les
difficultés rencontrées au début, a réussi à concrétiser – à ses propres
frais – son idée, tient à remercier les membres de l'équipe de travail
de Learn from them, tous bénévoles, Tania Kammoun, ingénieure de son,
Élias Chikhani, vidéograffeur, et Carla Ezzo, productrice. « Je remercie
également la Yasa, et particulièrement son fondateur Ziad Akl, cette
organisation qui lutte depuis des années pour la sécurité routière au
Liban et qui a partagé mon spot. »
Maintenant que son court-métrage
de sensibilisation sur la sécurité routière a vu le jour, Michael Abi
Khalil espère le voir projeter « dans les salles de cinéma, au cours de
la bande-annonce qui précède la projection principale et à la télé, afin
de sensibiliser le plus grand nombre de personnes ».
Pour voir le spot :
https://www.facebook.com/yasa.org/videos/933463350022212/