Nancy Abi Khalil : enseigner la paix pour contribuer à la création d’un monde meilleur



« Les guerres prennent naissance dans l'esprit des hommes, c'est dans l'esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix. » C'est avec ces mots extraits de l'acte constitutif de l'Unesco que Nancy Abi Khalil, chef du département de français à l'Université des arts, des sciences et de la technologie au Liban (AUL), a expliqué l'importance de l'enseignement de la paix aux soixante-dix-sept stagiaires inscrits au module « Enseigner la paix : des aspects linguistiques à la mise en place de projets de classe ». Cette formation, d'une durée de quinze heures étalées sur une semaine, conçue et dispensée par la jeune enseignante libanaise, début août à Nice, dans le cadre des formations offertes par les Universités du monde, a attiré un grand nombre d'enseignants de français langue étrangère en provenance des quatre coins de la planète, notamment des États-Unis, du Canada, de la Corée du Sud, du Japon, de la Roumanie, de la Tunisie, de la Jordanie...

« Lorsque le comité scientifique m'a sollicitée pour proposer une formation, je me suis demandé : Dans ce monde si agressif et violent, peut-on utiliser l'enseignement du français pour faire avancer le combat en faveur de la paix ? » se rappelle la jeune ambassadrice des Universités du monde au Liban. La réponse s'est rapidement imposée. « Peu importe la méthode d'enseignement, on peut promouvoir la culture de la paix à travers l'apprentissage de la langue française. » Nancy Abi Khalil en est convaincue. Et c'est cette conviction que la jeune formatrice libanaise veut transmettre aux autres enseignants de français partout au monde. Outre les compétences linguistiques, Nancy propose aux formateurs d'inculquer à leurs étudiants la tolérance, l'acceptation de l'autre, la solidarité. « De classe en classe, je répétais la citation de Mandela : l'éducation est l'arme la plus puissante pour changer le monde », raconte-t-elle, positive.

Pour atteindre ses objectifs, Nancy Abi Khalil soigne le fond et la forme. Elle porte des tee-shirts qui arborent des citations sur la paix : « Vous voulez la paix : créez l'amour » ; « Si vous voulez la paix, travaillez pour la justice »; « La seule façon d'apporter la paix au monde est d'apprendre soi-même à vivre en paix »... Elle confectionne des badges, crée des puzzles, organise des jeux ludiques. « J'ai essayé de motiver autant que possible les apprenants », confie-t-elle. Et elle a réussi à retenir leur attention, à éveiller leur enthousiasme, à les convaincre de la nécessité d'agir pour un monde plus humain, pour des relations interculturelles plus saines, pour un lendemain meilleur.

Par ailleurs, dans un geste symbolique mais très significatif, Nancy Abi Khalil fait circuler une pétition pour la paix dont le texte affirme : « Enseignants de paix dans le monde, nous nous engageons à cultiver les graines de paix dans le cœur et l'esprit de nos étudiants afin qu'une génération de paix et de liberté puisse germer en dépit des cruautés. » À la grande joie de la formatrice, elle récoltera les signatures de tous.

Bonjour du Liban
« Les Universités du monde proposent des formations innovantes aux enseignants de français du monde entier qui viennent passer une ou deux semaines à Nice pour se former et pour découvrir la ville », précise Nancy Abi Khalil qui, elle, a découvert cette plateforme en 2016. « J'y avais participé en tant qu'observatrice. Une magnifique expérience », confie-t-elle avant d'ajouter : « C'est lors de mon séjour à Nice que j'ai été nommée ambassadrice des Universités du monde au Liban. » Une mission que cette citoyenne du monde, passionnée par le français, prend à cœur. Parmi ses responsabilités : réunir autour de ce projet un grand nombre d'enseignants de français en provenance de toutes les universités du Liban et lancer Bonjour du Liban sur le web.

Après trois mois d'efforts, Nancy Abi Khalil réussit à former un noyau d'enseignants issus des Universités antonine, libanaise, islamique, libano-francaise, libano-americaine ainsi que de l'AUL. Le site web verra bientôt le jour. Son objectif : promouvoir le Liban à travers des exercices de français.
Pour en savoir plus sur les Universités du monde :
https ://www.universitesbonjourdumonde.com/

Le club Include de l’USJ : pour une société réellement inclusive !

Les personnes à besoins spécifiques sont des citoyens à part entière qui doivent être en mesure d'accéder à toutes les sphères de la société et d'y apporter leur contribution.

Accéder à une éducation de qualité, aux loisirs, à la culture, au sport, se déplacer librement, travailler, contribuer à la société sont des droits pour tous les citoyens, qu'ils soient en situation de handicap ou non. Mais la réalité libanaise est tout au tre malgré l'adoption d'une loi, en 2000, censée assurer les droits des personnes à besoins spécifiques.
C'est dans ce contexte que l'ONG Include, créée en 2010 par des parents et amis d'enfants à besoins spécifiques qui « croient en l'importance et la nécessité de leur inclusion dans la société en tant que droit humain », a lancé un projet visant la promotion de l'inclusion des personnes à besoins spécifiques à l'USJ.
« En septembre 2014, Include a participé à la Journée des ONG afin de recruter des jeunes pour la création d'un club étudiant qui serait encadré et soutenu par elle. L'idée a émané d'un besoin de sensibiliser la communauté universitaire à la cause du handicap et de l'inclusion. Il était évident que les jeunes à l'université seraient les meilleurs ambassadeurs de cette cause. Ils sont les adultes de demain, la société de demain, le futur du pays », lance Michèle Kosremelli Asmar, dynamique présidente de l'ONG Include et directrice de l'Institut supérieur de santé publique à l'USJ.
Aujourd'hui, le club Include rassemble 44 étudiants et étudiantes issus de différents instituts et facultés de l'USJ qui croient dur comme fer en la justesse de la cause qu'ils défendent. « Notre premier objectif est de sensibiliser les étudiants en particulier et la société en général à l'importance de l'inclusion des personnes à besoins spécifiques », explique le président du club, Salah Naous. Le futur banquier de 21 ans insiste sur l'importance « d'agir maintenant » et de « nous sentir tous concernés par cette cause ». « Le club s'appuie sur la loi 220/2000 pour expliquer les droits des personnes à besoins spécifiques. Il est important de rappeler que ces personnes ont de grandes capacités et des facultés que des individus sans handicap peuvent ne pas avoir. En changeant les mentalités et en assurant les droits de ces personnes, c'est toute la société qui sera gagnante », estime-t-il.
Maria Saky, trésorière du club, acquiesce. Revenant sur les raisons qui l'ont poussée à intégrer Include, la jeune étudiante en économie confie : « Pour moi, il est très important de défendre cette cause auprès des jeunes. Ces derniers pourront ainsi contribuer à l'avènement d'un réel changement dans la société.

Société meilleure pour tous
Parmi les multiples activités menées par le club Include figurent des séances de sensibilisation organisées sur les différents campus de l'USJ, notamment lors de la Journée internationale des personnes ayant un handicap, le 3 décembre, ou lors des Pandays qui ont eu lieu au campus des sciences médicales sur les thèmes : handball en chaise roulante et football sur béquilles.
« Je suis réellement impressionné par l'impact de nos activités sur les étudiants. Les jeux de rôle et les mises en situation ont permis aux participants d'expérimenter différentes situations de handicap telles que se déplacer sur chaise roulante ou en ayant les yeux bandés... Les étudiants ont ainsi été amenés à une prise de conscience de la réalité vécue par les personnes à besoins spécifiques », indique Raymond Asmar, 19 ans. Le jeune étudiant en première année de droit et de sciences politiques confie avoir choisi son domaine d'études car il ambitionne d'intégrer l'ONU et « de contribuer à rendre le monde meilleur ». Dénonçant « le grave problème de mentalité » qui sévit au Liban, il ajoute avec détermination : « Il faut absolument que cela change. »
« Pour qu'une société progresse, il faut qu'elle intègre et soutienne tous ses membres, notamment ceux qui ont des besoins spécifiques, que leurs déficiences soient physiques ou mentales », estime Ayman el-Kadi, 20 ans, étudiant en première année de biochimie. Intelligent et sûr de lui-même, le jeune membre du club, lui-même sur chaise roulante, insiste sur l'importance d'utiliser un vocabulaire approprié et dénué de toute connotation négative pour désigner les personnes ayant des besoins particuliers.
« Dans les universités au Liban, il faut travailler à améliorer l'accessibilité aux aires de stationnement, aux salles de classe, aux toilettes... Par ailleurs, il ne faut pas sous-estimer l'importance de la vie sociale et l'accès aux espaces de loisirs tels que les plages et les piscines », poursuit le jeune étudiant qui pratique régulièrement le handcycling (vélo à main) avec une équipe locale en espérant pouvoir accéder aux compétitions internationales.
Formés par Apave sur l'audit de l'accessibilité des lieux au Liban, les membres du club Include prévoient de « faire le tour de toutes les facultés afin d'évaluer leur accessibilité aux personnes à besoins spécifiques et trouver des solutions pour les rendre plus accessibles », précise encore Ayman.
« Include m'a permis de découvrir les obstacles et les défis que rencontrent les personnes à besoins spécifiques et d'apprendre comment je peux les aider et les soutenir », confie enfin Antoine el-Sett, 19 ans, vice-président du club et étudiant en première année de médecine. Et de conclure : « J'invite tout le monde à porter cette importante cause, à soutenir et à défendre les personnes à besoins spécifiques. Soyons solidaires pour une société meilleure pour tous. »

Au campus des sciences médicales de l’USJ. De gauche à droite, au premier plan : Ayman el-Kadi, le père Salim Daccache, recteur de l’USJ, qui accepté de se mettre dans les chaussures d’une personne à mobilité réduite. Debout : Salah Naous (président du club), Hani Abi Khalil, Rayan Mahfouz (ancien président du club) et Mme Michèle Kosremelli Asmar, directrice de l’institut supérieur de santé publique de l’USJ et présidente de l’ONG Include.

À 25 ans, Lama el-Homaissi est à deux doigts de réaliser son rêve le plus cher

Lorsque Lama el-Homaissi parle de son projet de carrière, le monde paraît soudain plus beau. On a l'impression d'entendre de la musique. Et une aura de lumière illumine les lieux. Passionnée par la comédie musicale, la jeune Libanaise de 25 ans, qui a à son actif un diplôme en audiovisuel de l'ALBA (2012) et une expérience professionnelle de cinq ans auprès de Sony Pictures Television Arabia et Talpa Moyen-Orient, est acceptée en Master of Fine Arts in Musical Theatre du Boston Conservatory du Berklee College of Music, l'une des plus grandes écoles de musique privées des États-Unis. « J'ai également été admise au Circle in the Square Theatre School et à la New York Film Academy. Mais Berklee est mon premier choix, d'autant que l'admission est accompagnée d'une bourse de 26 000 dollars », précise l'heureuse candidate.
Lama el-Homaissi
Une importante reconnaissance
Au cours des deux dernières années, alors qu'elle travaille au sein de l'équipe de création du télé-crochet The Voice, Lama ne rate aucune occasion de perfectionner ses compétences vocales et scéniques. Elle suit des cours de danse, participe à des ateliers et prend part à des master classes, au Liban et ailleurs. En 2016, grâce à une généreuse bourse, elle s'inscrit à la Broadway Dreams Foundation's Musical Theatre Intensive à New York où elle se forme avec les meilleurs professionnels de Broadway.
Une expérience édifiante pour l'unique participante libanaise qui fait partie des 8 % des 900 étudiants en provenance du monde entier sélectionnés pour animer le spectacle annuel de talents organisé au Lincoln Center, et qui est choisie avec 19 autres artistes pour chanter lors du Broadway Dreams Foundation Gala organisé le 21 novembre passé en hommage à l'auteure et parolière Lynn Ahrens et au compositeur Stephen Flaherty. Une reconnaissance qui confirme le talent indéniable de la jeune Libanaise qui raconte : « C'est mon oncle maternel qui a éveillé en moi l'amour de la comédie musicale. À neuf ans, il m'a fait découvrir ma première comédie musica
le qui m'a profondément émerveillée. » La voix étranglée par l'émotion, Lama poursuit : « La dernière comédie musicale que nous avons vue ensemble, c'était Cats. Mon oncle est mort une semaine plus tard. J'avais douze ans. Il en avait 42. »
Aujourd'hui, c'est un peu pour lui aussi qu'elle veut s'investir dans ce domaine. Mais pas seulement. « Je veux apprendre, acquérir de l'expérience, me perfectionner. Et revenir au pays pour contribuer au développement de ce genre de théâtre au Liban, un peu comme a fait mon père avec la pantomime dans les années 70 », espère-t-elle. Son père, l'acteur Faek el-Homaissi, est le pionnier de la pantomime au Liban et sa « plus grande inspiration ».

Une dernière difficulté
Malgré la bourse de mérite offerte par Berklee, un dernier obstacle financier sépare encore la jeune fille de son rêve. Pour assurer le financement de l'intégralité de son master, Lama lance une campagne de crowdfunding sur les réseaux sociaux. Solidaires, ses amies la soutiennent fermement dans son projet et organisent différents événements culturels pour rassembler des fonds : ateliers, concerts, soirées de contes...
« J'ai travaillé dur pour arriver là où je suis aujourd'hui, et ce serait très décevant de voir des contraintes pécuniaires se dresser entre moi et la réalisation de mon rêve », laisse échapper l'ambitieuse jeune artiste.
Pour en savoir plus sur Lama el-Homaissi ou pour la soutenir : www.getlamatoboston.com.

Christelle Kassargy, brillante boursière de la CEECDD

Christelle Kassargy, diplômée de l'USJ en gestion et management (licence) et en finance (master), a appris l'existence de la bourse offerte par la CEECDD par pur hasard. « Lorsque je suis tombée sur l'annonce de la bourse, j'avais seulement deux semaines pour monter un dossier complet et y inclure le plan de la thèse », se rappelle Christelle. Animée d'un fort sentiment citoyen et d'un dynamisme à toute épreuve, la jeune responsable financière d'une ONG à Zahlé travaille d'arrache-pied pour trouver un sujet qui « lie citoyenneté et développement durable ». Non seulement elle relève le défi, mais son projet est choisi par le jury. Intitulé « L'importance de la bonne gouvernance des municipalités sur l'écocitoyenneté et le développement durable au Liban », il comprend la conception d'un modèle de gouvernance pour la municipalité de Zahlé. « Nous allons par la suite évaluer ce modèle et le comparer à ceux des autres municipalités », précise Christelle, avant d'expliquer l'importance de sa recherche : « La municipalité est proche des citoyens. C'est la seule institution décentralisée au Liban. Si on veut le changement, il faut commencer par là. »

La jeune doctorante, qui confie aimer la musique et la danse, rêve de voir le modèle qu'elle concevra s'étendre à toutes les municipalités au Liban. Et de conclure dans un sourire déterminé : « J'ai confiance en l'avenir. Il faut que les jeunes restent au Liban. J'invite ceux qui sont partis à revenir et à faire profiter le pays de leurs acquis. »



Ingrid Chahine, la jeune fille qui brise les tabous

Avec sa chevelure écarlate, sa petite boucle au nez, ses yeux pleins de malice, Ingrid Chahine ne passe pas inaperçue. Une braise. Rouge, ardente, flamboyante. La jeune étudiante en première année de journalisme à la faculté d'information, section 2, de l'Université libanaise anime depuis quelques mois un blog judicieusement intitulé « Wicked plots » où elle donne vie à « une femme fatale, insoumise, qui sait ce qu'elle veut et qui le dit ». Sûre d'elle-même, directe et naturelle, Ingrid ne mâche pas ses mots lorsqu'elle parle de ses passions, de ce qui la motive, la révolte ou fait battre son cœur. Évoquant la naissance de son blog, elle raconte : « Depuis mon enfance, je suis une grande lectrice. Un jour, je devais avoir 13 ou 14 ans, je tombe, dans une librairie, sur un livre de la série Crossfire. Sur la couverture, l'image d'une jeune femme belle et indépendante et le court texte qui la présente me font l'effet d'un aimant. C'était le premier roman érotique que je lisais. Il était signé Sylvia Day. » Outre la plume et le style de l'auteure, la jeune étudiante confie aimer le modernisme et le réalisme de ces romances contemporaines distinguées par « l'absence de clichés sur les princes charmants omniprésents dans les histoires à l'eau de rose ».
Les conseils pressés de ses amis lui recommandant de « cacher le livre pour que la prof ne le voie pas » ne réussissent alors qu'à rendre Ingrid plus déterminée à ne pas se laisser intimider par les suggestions des normes sociales. « Pour moi, la sexualité, c'est naturel. On va tous la vivre. C'est à chacun de nous de décider quand. Et justement, ce sont les thèmes dont je voudrais parler », affirme la jeune étudiante qui se décrit comme une « femme libanaise, révolutionnaire, écrivaine, journaliste en devenir, passionnée par l'écriture, la danse et la musique ».
La jeune blogueuse de 18 ans commence alors à écrire des textes qu'elle garde précieusement, se laissant emporter par sa plume et son imagination, refusant de s'imposer des limites artificielles dictées par la société. Elle écrit abondamment. Avec bonheur. Mais sans partager. « Jusqu'au jour où je publie sur Twitter un court extrait de l'un de mes textes. L'écho positif qu'il a suscité m'a encouragée à créer ce blog », confie-t-elle.

« Les mentalités »
Sur son choix de carrière, l'étudiante scande : « Je veux devenir journaliste pour élever ma voix, pour dénoncer, pour critiquer, pour dire ce qui ne va pas. Je veux devenir journaliste pour laisser des traces, pour contribuer au changement. » Ce qu'elle voudrait changer ? « Les mentalités. Ici, nous sombrons bien loin derrière les pays occidentaux. Nous laissons le regard des autres nous définir. Nous vivons selon leurs normes. Moi, je voudrais dire les choses telles qu'elles sont », affirme cette Antigone des temps modernes.
La journaliste en devenir dénonce le peu d'opportunités que le pays offre aux jeunes, et plus particulièrement aux femmes « qui font encore face à de nombreuses discriminations ». Et de conclure sur une note indignée : « À l'extérieur, de nombreuses femmes d'origine libanaise brillent, se distinguent et accèdent à des postes haut placés. Tandis qu'ici on leur impose des limites et on leur appose des étiquettes. Les gens prétendent être ouverts. Mais la réalité est tout autre. Ici, on pointe du doigt, on juge, on condamne. Ici, on dit aux filles : attention à vos réputations ! »

Pour accéder au blog d'Ingrid :
www.wickedplots.com

Tamara Abi Khalil, la passion à fleur de peau

Elle possède le physique d'une star de cinéma et l'esprit d'une jeune chercheuse assoiffée de nouvelles connaissances. À 25 ans, Tamara Abi Khalil vient d'entamer un doctorat en psychologie de la communication à l'Université autonome de Barcelone (UAB). Son projet de thèse, pas encore officiellement défini, portera a priori sur « les effets psychologiques des séries télévisées sur les spectateurs ». Il s'intéressera plus précisément aux fictions télévisuelles qui traitent de la mode, des tueurs en série et de la drogue. L'intérêt que l'ambitieuse doctorante porte à ce sujet n'est pas nouveau. Son mémoire de master en médias et communication, défendu à l'Université Notre-Dame de Louaizé (NDU) en 2015, avait pour thème les tendances de la mode et l'influence des séries télévisées sur les jeunes téléspectateurs libanais.
Toutefois, ce qui captive Tamara Abi Khalil depuis ses tendres années, ce qui l'enthousiasme et la passionne, ce qui lui permet de poser les bonnes questions et d'y apporter des éléments de réponse, son moyen d'expression préféré, c'est l'écriture. « J'ai toujours aimé écrire et j'ai toujours écrit », confie la dynamique femme qui vient de publier dans la langue de Shakespeare un premier roman intitulé pertinemment Chasing Serendipity. Une expérience édifiante pour la jeune auteure qui avait remporté plusieurs concours de nouvelles alors qu'elle était encore écolière.

Aux antipodes des contes de fées
La jeune femme aux multiples talents – elle a à son actif douze ans de ballet classique, dont sept avec Georgette Gebara, grande figure de la danse au Liban – explique : « Chasing Serendipity raconte l'histoire de Tala, une jeune adolescente sur le chemin de l'âge adulte. Elle va traverser les expériences habituelles que connaissent les jeunes filles de son âge : rupture avec son copain, conflits avec ses copines... » S'y ajoutent, en toile de fond, les réseaux sociaux, les séries télévisées et les images déformées de la réalité qu'ils véhiculent. Un cadre ponctué par les remarques, désobligeantes et déplacées, sur son physique que lui répètent certaines personnes de son entourage. Des messages négatifs que Tala « absorbe comme une éponge » et qu'elle « finit par croire avec le temps », comme l'écrit Tamara.
Si au début de son projet d'écriture, l'idée de publier ne l'avait pas effleurée, la jeune auteure raconte s'être rapidement trouvée entraînée par sa plume. « Au fur et à mesure que l'histoire évoluait, mon ambition croissait. Je consacrais alors plus de temps à l'écriture », confie-t-elle.
Pas de prince charmant
Tamara Abi Khalil, qui est née et qui a vécu les six premières années de sa vie à Bruxelles, n'a pas voulu apposer un drapeau sur le pays de son héroïne ni dessiner ses frontières. « L'histoire de Tala est universelle. L'impact des réseaux sociaux et l'influence de l'entourage sur les jeunes est une réalité partout au monde », indique-t-elle avant d'ajouter : « Lorsque les gens répètent à une jeune fille qu'elle est trop grosse ou trop maigre, ils ne semblent pas réaliser l'effet dévastateur que leurs propos pourraient avoir sur elle. »
L'histoire, composée de bribes du propre vécu de l'auteure, de fragments de la vie de ses amis et de parcelles de son imagination, est surtout une invitation à l'émancipation et au bonheur, le vrai, celui qui prend un autre visage que celui plastifié et figé que dépeignent les médias télévisés et les réseaux sociaux. « Je n'ai pas voulu écrire une histoire d'amour à l'eau de rose. Au contraire. J'ai voulu plonger le lecteur dans la réalité pour qu'il puisse s'y reconnaître », souligne la jeune auteure. « Les fins heureuses ne sont pas toujours celles des contes de fées », fait-elle dire à l'un de ses protagonistes. Le bonheur arrive lorsque la vie cesse d'être une course effrénée pour combler des rêves artificiels et des besoins créés de toutes pièces par la société, les médias, les réseaux sociaux, l'entourage. Des alternatives existent. Et elles sont libératrices, plus réelles, plus authentiques, plus durables. Pour Tamara Abi Khalil, chacun peut créer son propre conte de fées.

Les droits des femmes vus au prisme de la science et de l’histoire

Non, la lutte pour les droits des femmes ne les présente pas comme des êtres « faibles, incapables et invalides ». Au contraire.

Droits fondamentaux, égalité des opportunités, égalité salariale, accès aux postes de gouvernance, partage des responsabilités politiques... Au Liban, en 2017, et malgré les avancées des dernières années, on est encore loin de l'égalité de genre, facteur indispensable au développement et à la croissance du pays, mais également à la paix et à la stabilité durables. Conscient du lien étroit entre la sensibilisation, l'accès aux informations et la responsabilité citoyenne, le club des Droits des femmes de l'USJ, dirigé par Hiba Kanso, jeune étudiante en droit de 22 ans, et qui rassemble des étudiantes et des étudiants en provenance de différentes facultés de l'USJ, a décidé, à l'occasion de la Journée internationale pour les droits des femmes, de se tourner vers des experts spécialistes, afin d'explorer les droits des femmes, en chiffres, à la lumière de la psychologie, en tissant un lien entre hier et aujourd'hui, et en honorant une grande figure de la lutte pour les droits des femmes, Laure Moghaizel, que le Liban et le monde arabe ont perdu en 1997.
Ainsi, le mercredi 8 mars, ce club universitaire, établi en 2013 à l'initiative d'une jeune étudiante en lettres Yara Arja, a organisé, au campus des sciences sociales de l'USJ (CSS), et en collaboration avec « La Troisième voix pour le Liban », la Bibliothèque du CSS et le Fonds Joseph et Laure Moghaizel, une journée de sensibilisation sur les droits des femmes dont le point culminant a été une table ronde sur le même thème dirigée par le professeur Rizk Zgheib, maître de conférences à la faculté de droit et de sciences politiques de l'USJ.
La rencontre a réuni Me Fadi Moghaizel, avocat au barreau de Beyrouth et associé principal du cabinet Moghaizel ; la Dr Aimée Nasser Karam, chercheuse et membre fondatrice du centre de recherches en santé mentale Idraac, présidente de l'Association libanaise de psychologie (LPA) et vice-présidente de « La Troisième voix pour le Liban » ; Nada Anid, auteure et cofondatrice de l'ONG Women in Front.
  
 
Les étudiants se disent féministes « pour lutter contre le sexisme », « pour obtenir l’égalité salariale », « car le féminisme, ce n’est pas la haine de l’homme », « pour ma sœur et ma mère », « car les droits des femmes sont les droits de l’homme »… Photo extraite de la page Facebook de la Bibliothèque du CSS légende
 




Modifier la loi et faire évoluer la société
Au cours de sa présentation, Me Moghaizel a mis en lumière d'importantes étapes du parcours de Laure Moghaizel ainsi que les principales acquisitions en faveur de l'égalité hommes/femmes. Le fils de la grande avocate et activiste qui est à l'origine de nombreuses réformes législatives en faveur des droits des femmes a également dressé une sorte de feuille de route pour le combat auquel Laure Moghaizel a consacré sa vie en le plaçant sur deux axes distincts, mais qui vont de pair : modifier les lois et faire évoluer les mentalités.
« Il est indispensable d'œuvrer en faveur d'une transformation non seulement des textes mais aussi de la société. Le changement de la société est nécessaire pour permettre de concevoir le droit différemment », a-t-il affirmé, avant d'ajouter : « L'évolution du droit doit résulter d'une évolution de la société, modification qui passe par l'abandon de certaines représentations telles que celle que la femme est uniquement une mère, une sœur, une épouse, bref un accessoire de l'homme, pour accepter la femme comme une personne à part entière, tout comme l'homme. »
La Dr Aimée Karam a, quant à elle, relevé « les spécificités mises en évidence par la psychologie et qui permettent d'identifier les obstacles qui entravent l'égalité des femmes dans le tissu social ». «
Dès les premières années scolaires, a-t-elle souligné, les petits, garçons et filles, subissent une certaine pression pour apprendre les stéréotypes liés au genre. Une situation qui ne s'améliore pas avec le temps. Puisque à l'adolescence, les filles sont valorisées pour leur apparence plutôt que pour leurs réalisations, et que l'indépendance est encouragée uniquement chez les garçons. »
Explorant le terme « féminisme », la psychologue a précisé que « la défense des droits des femmes (se fait) sur la base de l'égalité des sexes », et que dans cette optique, « les femmes et les hommes doivent avoir des droits et des opportunités égaux ».

Hiba Kanso
La participation des femmes à la politique
La cofondatrice de Women in Front, Nada Saleh Anid, qui est revenue sur la place déplorable qu'occupe le Liban dans le classement des pays selon l'inégalité entre les sexes en 2016 (135e place sur 144), a insisté sur l'importance du renforcement de la participation des femmes libanaises à la politique et l'urgence d'instaurer un quota pour femmes au niveau des sièges parlementaires et non uniquement dans les listes.
La rencontre a donné lieu à d'intéressants échanges avec le public. Les questions de l'audience ont permis d'approfondir le débat, notamment sur le quota. Mme Gina Chammas, membre du comité directeur du Likaa al-hawiya wal siyada (Cénacle de la citoyenneté et de la souveraineté) qui se présente aux prochaines législatives pour le siège des minorités à Beyrouth 3, a livré un virulent plaidoyer en faveur du quota, « cette mesure temporaire et indispensable pour remédier à une situation excessivement inégalitaire » et qui « contribuera à faire changer les mentalités ».
Une jeune étudiante a émis des doutes quant à la pertinence de la lutte pour les droits des femmes qui « montre ces dernières comme des êtres faibles, incapables et invalides ». Une image fort loin de la réalité et qui montre la nécessité d'écouter les jeunes, de leur parler et de les sensibiliser sur les différentes discriminations que continuent de vivre les femmes au Liban.
« Nous sommes convaincus que le partage et la communication entre les différentes générations ouvrent la porte à des idées innovatrices et réalisables », a conclu Hiba Kanso, en remerciant les participants, les partenaires, notamment Mme Leila Kassatly Rizk de la Bibliothèque du CSS et les intervenants « qui militent, chacun dans son domaine, pour les droits de l'homme et l'avènement d'une société plus égalitaire ».



e stand de « La Troisième voix pour le Liban » dont l’un des objectifs est la promotion de la paix et de la coexistence. Photo extraite de la page Facebook de la Bibliothèque du CSS
Au stand de l'association ABAAD qui œuvre pour l'égalité du genre

De gauche à droite : la Dr Aimée Karam, le professeur Rizk Zgheib, Mme Nada Anid, Me Fadi Moghaizel.






Look Forward : une main tendue vers les jeunes aux prises avec la maladie

La belle et courageuse Sara Khatib.
À 20 ans, on ne pense pas au cancer. Mais lorsque, contre toute attente, la maladie frappe, lorsque le sol se dérobe et que le ciel s'assombrit, le quotidien du jeune, ses projets, son univers basculent. L'onde de choc n'épargne pas la famille qui se retrouve, elle aussi, brutalement confrontée à d'importantes contraintes émotionnelles, mentales, physiques, logistiques et financières auxquelles elle n'est pas préparée. Comment « gérer » sa maladie sans interrompre ses études, sans suspendre sa vie ? Comment garder un semblant de normalité entre les séances de chimio, les effets secondaires du traitement, les fréquentes hospitalisations ? Comment ne pas laisser la souffrance prendre le dessus ? Ou comment accompagner son fils ou sa fille malade lorsqu'on travaille à temps plein ? Pour aider les jeunes patients et leurs familles à trouver des réponses à leurs interrogations et pour leur donner les moyens de faire face à la maladie, Look Forward : The Sara Khatib Cancer and Amputee Association est née.
Créée en 2015 par Najla Khatib, la très dynamique association a pour mission de briser l'isolement des jeunes souffrant de cancer et/ou d'une amputation et de leurs familles, de leur tendre une oreille attentive et leur offrir une épaule réconfortante, de les soutenir dans leur dure épreuve. Elle représente le rêve de Sara Khatib (sœur de Najla), brillante étudiante en 4e année de pharmacie emportée en 2014, à l'âge de 22 ans, par un cancer qu'elle avait farouchement et courageusement combattu, refusant de se laisser définir par sa maladie ou par son bras amputé (écouter sa conférence TEDx LAU qu'elle a animée en août 2014, deux semaines avant sa disparition).

Soutien affectif et financier
Offrir aux jeunes patients aux prises avec le cancer et/ou souffrant d'amputation l'occasion de rencontrer d'autres jeunes dans la même situation, de partager leurs expériences, d'exprimer leurs inquiétudes, de formuler leurs interrogations, d'extérioriser leurs émotions, de voir qu'ils ne sont pas seuls face à la maladie, et de puiser les uns des autres la force et le courage de poursuivre leur combat. Les jumeler à des coaches qui les accompagneront tout au long de leur traitement tout en les aidant à construire un état d'esprit plus positif. Porter avec les familles une part de leur fardeau financier. Tels sont les premiers objectifs de Look Forward, dirigée depuis sa création par la mère de Sara, Rula Khatib. « Nous organisons des rencontres de jeunes patients appartenant au même groupe d'âge au cours desquelles ils discutent des défis qu'ils affrontent face au cancer et/ou à l'amputation, racontent des anecdotes vécues et partagent les leçons qu'ils ont apprises », explique Mme Khatib. Et d'ajouter avec enthousiasme : « L'association offre également des séances gratuites de thérapie et d'activités sociales pour bâtir une communauté de personnes qui partagent les mêmes idées, des personnes qui peuvent, à leur tour, devenir des coaches pour les nouveaux membres. »
Dans ce cadre, Look Forward a organisé en 2016 deux séances de soutien de groupe pour les personnes souffrant d'amputation. « La première rencontre a eu lieu le 8 avril. Elle a été facilitée par une survivante du cancer, également amputée, qui a partagé ses pensées et ses sentiments face au cancer et à l'amputation. L'événement a eu un grand impact sur tous les participants, particulièrement sur Loulou, une fillette de 11 ans qui a affronté le cancer deux fois dans sa vie et qui a perdu sa jambe suite à la maladie il y a un an. » La deuxième séance, organisée en coordination avec le centre d'art thérapie Artichoke Studio, s'est tenue le 18 septembre. Animée par l'art-thérapeute Myra Saad et la thérapeute familiale Manal el-Shafii, cette rencontre, destinée aux adolescents amputés, « a permis aux participants de se rendre compte qu'ils ne sont pas seuls et que d'autres personnes du même âge sont confrontées aux mêmes défis et vivent les mêmes expériences ».

me Rula Khatib qui, grâce aux activités de l’association Look Forward qu’elle préside, contribue à améliorer l’état d’esprit des jeunes atteints de cancer et/ou amputés et à alléger le fardeau de leurs familles.
Alléger le fardeau des familles
Look Forward ne contribue pas aux frais médicaux et chirurgicaux qui sont couverts pas d'autres organisations telles que le Children's Cancer Center of Lebanon, Chance ou la NSSF. « Par contre, nous soutenons financièrement les familles dans tous les aspects liés à la condition de leur enfant et que les autres associations ne couvrent pas, tels les frais de transport vers la clinique ou l'hôpital, les frais de garde de la fratrie lorsque les parents sont occupés avec leur fils ou fille malade, la physiothérapie, les perruques, l'aide ménagère, etc. Nous contribuons également aux frais des prothèses », indique Rula Khatib.
Parmi les dernières actions de Look Forward figurent : un don de prothèses, la couverture des frais de séances d'orthophonie pour un enfant dont les deux parents sont atteints de cancer, des séances de psychothérapie, du tutorat privé pour les frères et sœurs d'un jeune patient, des services de coaching et de conditionnement physique, le jumelage des parents d'un amputé tétraplégique avec un coach lui-même amputé tétraplégique.
« Vous avez toujours la possibilité de sourire en dépit de la douleur et profiter de chaque seconde de votre vie », répétait Sara Khatib au cours de son combat. Son message, partagé des dizaines de milliers de fois sur les réseaux sociaux, inspire les jeunes qui, au printemps de leur vie, se trouvent confrontés à un sombre et dur hiver. « Nous ne sommes pas notre maladie, insistait-elle. Nous pouvons sentir la douleur, mais la souffrance qui vient avec, elle, est facultative. »
Pour en savoir plus sur Look Forward, visiter le www.lookforward.life

Seeming, ou lorsque des étudiants de la BAU se mobilisent contre le radicalisme

Des étudiants de l'Université arabe de Beyrouth (BAU) luttent contre l'extrémisme en promouvant l'esprit critique, la non-violence et l'acceptation de l'autre.

Si la disparition brutale et violente de trois jeunes Libanais au cours d'une fusillade terroriste dans une discothèque stambouliote a suscité des vagues d'indignation et de colère auprès des Libanais, ces réactions n'étaient pas unanimes sur les réseaux sociaux où ont circulé des messages haineux et sectaires.
« L'extrémisme est devenu un problème sérieux au Liban », estime Hanin Yousef, 23 ans, étudiante en master de traduction à la BAU. La violence et les discours de haine sont devenus pour certains le seul moyen de communication.
Face à la menace de l'extrémisme radical et profitant d'une compétition internationale pour lutter contre le radicalisme en ligne, la jeune traductrice et une poignée de ses camarades ont lancé il y a quelques semaines sur les réseaux sociaux une dynamique campagne de sensibilisation qu'ils ont intitulée Seeming. « Seeming (en anglais) signifie "apparent " ; ce mot renvoie à ce que les sens perçoivent et qui n'est pas toujours conforme à la réalité, à ce que les choses semblent être, sans nécessairement l'être. Notre logo est formé d'un "S" pour Seeming, à l'intérieur duquel se trouve un labyrinthe. Cet enchevêtrement représente l'impasse sans retour dans laquelle sont pris les jeunes lorsqu'ils intègrent des groupes extrémistes », précise la jeune mastérante licenciée en littérature et lettres anglaises. Et d'insister : « Alors que l'extrémisme peut apparaître pour certains comme le bon choix, une voie facile pour résoudre leurs problèmes, la réalité est tout autre. Ce n'est qu'un labyrinthe fatal. »

« L'extrémisme n'est pas le chemin »
Extrêmement motivés et profondément convaincus par l'importance de leur action, les jeunes étudiants ont créé pour leur campagne des comptes sur Facebook, Twitter et Instagram. Ils y postent des images commentées, des articles et des vidéos qu'ils jugent éclairants. Leurs publications, en anglais et en arabe, ciblent les jeunes au Liban et dans les pays arabes. Hanin, qui assume la fonction de rédactrice en chef de Seeming poursuit : « Nous avons défini plusieurs façons pour les internautes d'interagir avec nos pages. Nous avons, par exemple, instauré une publication hebdomadaire, "la question de la semaine", qui nous permet de les faire réagir sur différents aspects de l'extrémisme. » Stratégie réussie. Plus de 1 750 internautes sont déjà fans de la page et des centaines réagissent aux publications. Toutefois Hanin confie qu'au début, « la mentalité de la société et l'écart dans les points de vue les ont poussés à faire une courte pause pour repenser leur plan ».
Ne voulant pas limiter ses actions aux réseaux sociaux, la jeune équipe de Seeming a organisé avec le Centre des droits de l'homme de leur université un atelier auquel ont participé 25 étudiants de différentes filières. Au cours de la rencontre, des professeurs de la BAU ont initié les participants aux « concepts d'extrémisme et de terrorisme », mais également à des thématiques telles que « l'histoire de la violence », « les groupes islamiques et l'extrémisme », « la démocratie et le terrorisme » et « les types d'extrémisme ». « Les participants que nous avons appelés ambassadeurs de la paix ont également appris à organiser un événement et à conduire une campagne », ajoute la jeune traductrice.
Également loin du virtuel, au cours d'un autre événement de sensibilisation et de recrutement qu'ils ont tenu sur leur campus, les membres de Seeming ont distribué aux étudiants des brochures et des marque-pages portant des inscriptions contre la radicalisation telles que : « Ne me dis pas que tu sais où tu t'en vas lorsque c'est quelqu'un d'autre qui t'y a entraîné ».

Une équipe active et déterminée
Composée d'une dizaine d'étudiants assumant chacun une fonction, chef d'équipe, rédacteur en chef, traducteur, concepteur, responsable de marketing, spécialiste des médias et chercheurs, l'équipe de Seeming est dynamique et déterminée à développer son action. « Notre chef d'équipe est un étudiant en droit et en sciences politiques. Il représente le noyau du groupe. C'est lui qui répartit les tâches et distribue le temps.
Notre designer est un talentueux étudiant en architecture. Notre spécialiste des médias sociaux est une étudiante en marketing qui poursuit un MBA. Elle passe tout son temps à améliorer notre page et à créer du contenu intéressant. Un étudiant en média est en charge de la réalisation de nos vidéos. Les chercheurs sont des étudiants de différentes spécialisations qui nous ont offert toutes les ressources dont nous avions besoin pour les statistiques, les sondages, les ateliers... », détaille la jeune rédactrice en chef.
Bien que la campagne Seeming soit née dans le cadre d'une compétition interuniversitaire mondiale lancée par le département d'État américain à laquelle participent plusieurs universités libanaises, elle sera poursuivie, développée et étendue « même si notre équipe n'accède pas à la finale », assurent les étudiants.
Hanin, qui dénonce la manipulation que font certains politiciens et hommes religieux et qui entraîne le peuple vers la haine, la radicalisation et l'extrémisme, conclut : « Seeming non seulement brandit des idées contre les idées radicales, mais il lutte également contre les actes des extrémistes par des actes. Un exemple : l'atelier que nous avons mené pour diffuser notre message et recruter plus de personnes autour de notre cause. Tout comme Daech (acronyme arabe de l'organisation État islamique), nous pouvons recruter. Ils ne sont pas mieux. »
Le site de Seeming sur Facebook : www.facebook.com/SeemingBAU/

 

À l'USEK, la lutte contre l'extrémisme passe par les femmes

« Haven Square-Do not go to hell est un mouvement créé pour faire la lumière sur les tentatives faites par des groupes extrémistes afin d'attirer les femmes dans leur " utopia square " », lit-on sur la page Facebook de la campagne lancée par une douzaine d'étudiants de l'USEK dans le cadre de leur participation à la compétition « Peer to Peer : Challenging Extremism ». Un projet initié par le département d'État américain, Facebook et les partenaires EdVenture pour encourager les étudiants universitaires partout au monde à se mobiliser contre l'extrémisme qui sévit sur la toile. L'équipe de Haven Square, formée par des étudiants en provenance de différentes facultés de l'USEK, veut « contribuer à mettre en exergue les méthodes utilisées par les groupes extrémistes pour recruter des femmes sur les réseaux sociaux ». Depuis sa création il y a quelques semaines, elle a organisé plusieurs activités de sensibilisation. La première, tenue au campus de l'USEK au mois de novembre, a réuni des étudiantes prétendument convoquées à un casting pour un film qui porte sur les méthodes de rencontre sur le Net entre les femmes et les hommes au Moyen-Orient et qui ont eu la surprise de découvrir l'objectif de l'événement auquel elles sont invitées en visionnant un documentaire fort bouleversant sur le recrutement en ligne des femmes par des groupes extrémistes.
Pour en savoir plus sur Haven Square ou pour soutenir cette campagne : www.facebook.com/HavenSquareLb.

Ils œuvrent pour illuminer le Liban, un village à la fois

Des étudiants de l'AUB, membres du club Student for Sustainable Energy for All (SSEA), poursuivent un admirable projet écologique, social et citoyen qui vise à répondre d'une manière durable aux besoins énergétiques des villages libanais.

« Light up a village » (LUV) est le titre du projet initié il y a quelques mois par des étudiants de l'Université américaine de Beyrouth (AUB) pour promouvoir les énergies renouvelables et fournir des solutions durables aux problèmes énergétiques auxquels font face certaines régions du Liban.
« Nous avons voulu sortir des murs de l'université et tendre la main à la communauté », confie Ibrahim Alassaad avec enthousiasme en expliquant la naissance de ce projet. Le jeune étudiant en génie de 19 ans, membre de l'équipe logistique de LUV, est convaincu, comme tous ses camarades du Student for Sustainable Energy for All (SSEA), de l'importance des ressources naturelles dans l'amélioration du cadre de vie des populations et de la nécessité de se tourner vers des acteurs locaux pour faciliter et accélérer le développement des villages défavorisés.
« LUV vise à mettre en place un environnement où les donateurs – des entreprises, des organisations, des institutions et des individus – ont la possibilité de contribuer au développement des localités mal desservies », affirme-t-il.
Une fois leur idée en tête, les futurs ingénieurs, médecins, historiens ou experts en marketing ont mené des recherches, consulté des professeurs, communiqué avec les municipalités, contacté des experts, cherché des sponsors pour parrainer et mettre en place leur projet. « Nous sommes allés à la rencontre de donneurs potentiels. Nous leur avons présenté notre idée et discuté avec eux des possibilités d'offrir des solutions énergétiques durables aux communautés qui font face à des problèmes d'approvisionnement en électricité », poursuit Ibrahim.
Les applications énergétiques que propose LUV varient, selon les besoins des localités, de l'éclairage des villages à l'approvisionnement en électricité pour le chauffage et la réfrigération. « En raison de contraintes politiques et économiques, certains villages au Liban ne sont pas approvisionnés en électricité de manière continue. En outre, ils ne sont pas assez soutenus financièrement pour conserver et renouveler leurs services publics et leurs infrastructures. Cela place les habitants dans des conditions hasardeuses et dangereuses », explique le jeune ingénieur en devenir.

Un projet à long terme
« Notre choix pour la phase pilote du projet s'est porté sur la région du Akkar et, particulièrement, sur le village de Majdel », indique Ibrahim. Situé au nord du Liban, Majdel est un village de 3 000 habitants confronté à un large flux de réfugiés syriens. Il souffre depuis longtemps de longues et très fréquentes coupures d'électricité. Le jeune étudiant, lui même originaire de Akkar al-Atika, poursuit : « Plus de 15 lumières LED (diodes électroluminescentes) hautement efficaces, alimentées par des panneaux solaires, seront installées dans les places les plus actives du village. Un éclairage efficace des rues est très important pour la sécurité des habitants la nuit. » Cette première étape du projet, désignée LUV1, est rendue possible grâce au dynamisme et à l'engagement des étudiants ainsi qu'à l'apport et à la générosité des partenaires et des donneurs. Dans la liste de ceux-ci figurent le projet Cedro de l'Union européenne et le Programme des Nations unies pour le développement, BankMed, Deloitte, la banque Byblos et la Chambre de commerce, d'industrie et d'agriculture de Tripoli et du Liban-Nord.
LUV a été également soutenu par l'AUB et applaudi par son président Fadlo Khuri. « Notre projet a remporté la plus haute subvention du 150e anniversaire de l'AUB d'une valeur de 5 000 dollars américains », se réjouit Ibrahim avant de conclure : « LUV ne s'arrête pas là. Nous ambitionnons d'atteindre tous les villages défavorisés au
Liban. »
Prochaine étape LUV2, pour éclairer un autre village et améliorer le cadre de vie de ses habitants.

À l’USJ, les jeunes se penchent sur les droits bafoués des femmes

C'est en incitant les étudiants et les étudiantes à la réflexion, en les poussant à développer leur sens critique et en leur donnant l'occasion d'argumenter et de s'exprimer sur divers sujets en lien avec l'équité et l'égalité entre les genres, que le Club des droits de la femme de l'USJ, Béryte l'Écho des cèdres et le Club libanais de débat ont marqué la Journée mondiale des droits des femmes. « Le lundi 8 mars, nous avons organisé au campus des sciences sociales, avec le soutien de la Bibliothèque et en collaboration avec la faculté de droit et de sciences politiques, la vie étudiante et le Fonds Joseph et Laure Moghaïzel, des joutes oratoires plaçant face à face des étudiants défendant des points de vue opposés sur des thèmes que nous avons prédéfinis », explique Hiba Kanso, étudiante en droit et présidente du Club des droits de la femme de l'USJ. Les sujets proposés par les jeunes organisateurs sont le droit des femmes de transmettre la nationalité, la parité, la suppression des distinctions fille/garçon dans les magasins de jouets et le congé de paternité. Un exercice intellectuel et oratoire très constructeur pour les citoyens en devenir. « C'est particulièrement difficile lorsqu'on demande aux étudiants de défendre des points de vue contraires à leurs convictions », poursuit Hiba.

Transmettre la nationalité, le droit de tout citoyen
Parlant de la parité, un étudiant construit son argumentation sur « des études qui démontrent que la femme peut être plus créative et peut donner plus que l'homme ». La réponse de Hiba : « La supériorité, qu'elle concerne les hommes à l'égard des femmes ou l'inverse, nous éloignera de la parité. L'égalité ne peut pas être subjective. »
« Reste que le sujet qui a suscité le plus de discussions parmi les étudiants est sans doute le droit des femmes de transmettre la nationalité », poursuit la jeune étudiante de 21 ans. Parmi les arguments évoqués par les étudiants qui défendent ce droit figurent les multiples discriminations que vivent les enfants de mère libanaise mariée à un étranger telles que le manque d'accès à une éducation gratuite et les obstacles qu'ils rencontrent lorsqu'ils veulent intégrer le marché du travail. Les étudiants qui s'opposent à ce droit avancent, eux, des raisons politiques, « celles qui enflamment la région : le confessionnalisme et l'évolution de la démographie », précise la jeune avocate en devenir qui insiste : « Le droit de transmettre la nationalité est un droit naturel intrinsèquement lié à l'identité citoyenne de tout individu. »
En conclusion, la présidente du Club des droits de la femme souligne l'importance de tels événements pour attirer l'attention des étudiants sur des thèmes en lien avec la société et pour les sensibiliser sur l'égalité entre les genres. « L'activité que nous avons organisée a encouragé les jeunes à réfléchir collectivement et individuellement, et leur a permis d'échanger calmement et de manière constructive sur des thèmes importants non seulement pour les femmes, mais pour toute la population car ayant un impact direct sur le développement du pays. »

Nagham Chébly, une belle voix très prometteuse

En lui donnant son prénom, qui signifie en arabe mélodie, ses parents ne se sont pas trompés. Dotée d'une belle voix, passionnée par la musique, la jeune étudiante en relations publiques à l'UL aspire, à vingt et un ans, à devenir chanteuse. Un rêve qui n'a rien d'illusoire pour la talentueuse femme vu ses prédispositions vocales – bel héritage du côté maternel de sa famille – auxquelles s'ajoutent une volonté farouche d'apprendre et de s'entraîner, et un enthousiasme déterminé, alimenté par les encouragements de ses proches, amis et professeurs de chant.
« La musique, c'est ce qui m'émeut le plus dans une chanson. En chantant, j'essaye, avec ma voix, de vivre la mélodie », confie la jeune étudiante. Et évoquant la première fois où elle s'est retrouvée devant le micro face au public, elle raconte : « C'était à l'école, au cours de la célébration de la fête de l'Indépendance. J'étais en classe de première. » La jeune adolescente avait alors interprété la chanson Yabni (mon fils) du grand Wadih el-Safi. Sa belle voix et l'émotion qu'elle a réussi à susciter ont rapidement séduit l'audience. « Tout le monde a aimé ma performance. Cela m'a beaucoup motivée », se souvient Nagham Chébly.
Sous les encouragements de son frère, « lui aussi doté d'une belle voix », la jeune femme originaire de Marjaba dans le Metn s'inscrit au Conservatoire national de musique, en chant oriental. « J'ai attendu d'avoir terminé mes études à l'école secondaire de Dhour Choueir avant de suivre des cours de chant », précise-t-elle, en expliquant qu'au début sa mère hésitait à l'encourager à prendre cette voie. « Elle avait peur de ce domaine. Mais les choses ont changé depuis », ajoute-t-elle dans un sourire.

Un premier pas pour se faire connaître
« Mes cours au conservatoire m'ont aidée. Et ma voix a beaucoup évolué », souligne la chanteuse en herbe qui s'investit également dans l'apprentissage du oud.
Sur la page Facebook que Nagham Chébly vient de créer « pour se faire connaître », ses vidéos, dont la majorité sont enregistrées en mode « selfie », plaisent beaucoup aux internautes ; en témoignent les milliers de vues et les nombreux likes, partages et commentaires. Son interprétation de la chanson Yabni de Wadih el-Safi, par exemple, a été vue plus de 9 250 fois. Une vraie bouffée d'oxygène, une note d'espoir, en ce temps de la médiocrité, des chanteurs sans talent et des paroles vides de sens. « Je choisis des chansons qui conviennent à ma voix. Et, le plus souvent, j'enregistre la vidéo seule dans ma chambre », poursuit-elle.
Aujourd'hui, Nagham Chébly souhaite se présenter au concours de chant télévisé The Voice. « Le travail de préparation prend beaucoup de temps. Ma tante écrit les paroles de la chanson que je vais interpréter, et un ami, compositeur, s'occupe de la musique », révèle Nagham.
Dans tous les cas, si elle dit avoir choisi le domaine des relations publiques « par hasard », Nagham Chébly semble être prédestinée à la chanson.
Pour découvrir le talent de Nagham: www.facebook.com/Nagham-Chebly-1646443298954288/ ? fref=ts

Lama Daccache, une jeune femme qui se bat « pour rendre le monde habitable et humain »

Motivée, déterminée, pragmatique et méthodique, elle ne fait pas les choses à moitié, Lama Daccache. La jeune femme, qui occupe depuis janvier passé le poste d'agent de développement de projet chez Jeunesse contre la drogue (JCD), a brillamment complété, après l'obtention de sa licence en gestion des affaires en 2010, une série de formations spécialisées, au Liban et ailleurs, en lien avec le domaine social. Une voie à laquelle ne se destinait pas la jeune étudiante, mais dans laquelle elle s'est résolument engagée suite à un premier emploi à temps partiel au centre libanais de dramathérapie, Catharsis, qui l'a introduite à l'âge de 19 ans dans les prisons libanaises. « J'ai rapidement réalisé qu'il y a un grand manque dans le secteur humanitaire au Liban. Et si, au début surtout, je revenais remuée de mes rencontres avec les détenus, j'y ai également beaucoup appris sur la nature humaine et sur l'impact positif que l'on peut avoir sur les autres », confie-t-elle d'une voix sûre.
En 2009, alors qu'elle est encore en licence, elle devient coordinatrice puis chef de projet chez Catharsis. Fonction à temps plein qu'elle occupera jusqu'en 2015. Réaliste, ambitieuse et assidue, Lama sait que pour pouvoir travailler efficacement dans le secteur humanitaire, « on doit acquérir de nombreuses compétences spécialisées ». La jeune étudiante s'inscrit à la LAU en renforcement des capacités pour les ONG et obtient en 2013 son diplôme d'études supérieures avec distinction. En 2012, une bourse d'études lui permet de compléter sa formation aux Pays-Bas sur la gestion des ONG. Et, en 2014, avec le soutien de l'ambassade du Danemark au Liban, elle suit un programme de formation au dialogue interreligieux et interculturel qui l'emmènera à Copenhague et à Istanbul. « Toutes les ONG doivent compter parmi leurs personnels des employés formés sur les différences culturelles et religieuses. Sinon comment pourront-elles travailler d'une manière efficace avec des gens d'origines, de milieux, de confessions, de cultures, de classes sociales, de niveaux d'éducation différents ? » souligne Lama pour laquelle la formation continue est une nécessité aussi bien pour son développement personnel que pour son travail. La jeune femme qui vient de décrocher en ligne, auprès d'une plateforme éducative reconnue, un certificat sur l'intelligence émotionnelle s'indigne : « Aujourd'hui, pistonnés, les gens intègrent des ONG lorsqu'ils ne trouvent pas du travail dans leur domaine de formation en affaires ou en génie. Et les ONG se retrouvent incapables de travailler correctement car leurs employés ne sont pas formés au travail social. Par ailleurs, je ne comprends pas pourquoi les universités libanaises ne s'intéressent pas à ce domaine, pourtant très florissant au Liban, et appelé à le rester pour les dix prochaines années. »
Une empreinte positive
Parallèlement aux tâches liées à son poste à JCD – de la rédaction de propositions à la gestion des projets, en passant par le financement–, Lama a entrepris d'animer des sessions de sensibilisation sur les stupéfiants, leurs effets et leurs symptômes. « Nous avons commencé avec les membres de la Sûreté générale ; ils sont les premiers qui entrent en contact avec les toxicomanes arrêtés. Souvent ils ne connaissent rien aux substances psychoactives. Si, par exemple, un jeune est sous l'effet de l'héroïne et qu'il est battu à son arrestation, les séquelles risquent d'être très graves et de perdurer à vie », précise-t-elle.
La jeune femme, qui a une expérience de huit ans dans le domaine social, est souvent confrontée aux idées fausses que les gens véhiculent. « Ils pensent que leurs enfants sont à l'abri de la drogue car "ils les élèvent bien", car ce sont uniquement "les fort aisés ou les très pauvres" qui en consomment, que "les gens éduqués ne risquent pas d'aller en prison". » Or la réalité est tout autre. « Le fléau de la drogue envahit nos universités. » Et « dans nos prisons, toute la diversité de la société est représentée. »
De nature sociable, Lama a de nombreux amis. Ces derniers travaillent le plus souvent dans des secteurs très éloignés du domaine social. Cela n'a pas empêché la dynamique jeune femme d'en impliquer une vingtaine dans une action solidaire. « Nous avons créé une sorte de club – avec une page Facebook privée et un groupe sur WhatsApp – pour venir en aide aux familles démunies dans la région du Kesrouan. » Chaque trois mois, Lama collecte 100 dollars de chaque membre. Avec 2 000 dollars en poche, la jeune femme et ses amis se retrouvent au supermarché, remplissent les chariots de denrées et de produits utiles, et les livrent aux personnes concernées. « Pour ces familles, c'est Noël, sourit Lama. Si chaque personne fait un pas, à plusieurs, c'est un marathon de parcouru. »
Lama, qui confie rencontrer des difficultés pour recruter des bénévoles, invite les jeunes « à ne pas voir le bénévolat uniquement comme un fait à mentionner sur leurs rapports universitaires ou leur CV, mais comme une activité fort gratifiante que l'on fait d'abord pour soi, pour son propre développement, pour améliorer sa propre vie ». Et de confier : « Aider les autres me procure une grande satisfaction. Je m'aime lorsque j'arrive à rendre quelqu'un heureux. »
Alors qu'on lui fait remarquer qu'elle semble plus mature que la plupart des jeunes filles de son âge, Lama répond : « Mon travail m'a formée. Mes expériences auprès des prisonniers, des réfugiés, des toxicomanes m'ont construite », avant de conclure avec cette citation du dalaï-lama : « La planète n'a pas besoin de gens qui ont du succès. La planète a désespérément besoin de plus d'artisans de la paix, de guérisseurs, de conteurs et d'amateurs de toute sorte. Elle a besoin de gens qui vivent bien à leur place. Elle a besoin de gens avec du courage, prêts à rejoindre la lutte pour rendre le monde habitable et humain. »

Joanna Akiki, une jeune fille pas comme les autres



Lorsque j'ai fait sa connaissance, dans une salle de classe, en début d'année universitaire, elle avait dix-neuf ans et des rêves plein la tête, mais dans son regard flottait un nuage. Trois ans plus tard, à quelques jours de l'obtention de sa licence en journalisme, un beau soleil a chassé le brouillard qui voilait ses yeux. Joanna Akiki, qui se présente « comme une jeune Libanaise ayant vécu de nombreuses expériences, belles et mauvaises », n'est pas une fille comme les autres. À l'aube de sa vie, lorsque, contre toute attente, la maladie lui rend visite, elle brandit ce qu'elle maîtrise le plus : un courage désarmant, une foi inébranlable et un optimisme à toute épreuve.
Et c'est dans un sourire frais et confiant qu'elle revient sur cet épisode de sa vie : « J'étais en 1re année de droit, en pleine période d'examens. Je me sentais très fatiguée, mais je ne voulais pas ralentir le rythme. » Zélée, Joanna ignore la douleur au cou qui l'empêche de bouger sa main. « Je pensais que c'était dû au stress. Je me bourrais d'analgésiques pour pouvoir continuer. » Et même, lorsqu'avant un partiel, ses camarades, alertés par son visage enflé, lui demandent si elle va bien, elle leur répond : « Ce n'est pas le moment, finissons-en d'abord avec le test. » Mais le lendemain, ses traits tuméfiés sonnent l'alarme. Il fallait consulter sans délai.
Le diagnostic est finalement posé : Joanna souffre d'un lymphome lymphoblastique. La gravité du sujet n'affecte en rien la nature joyeuse de la journaliste en herbe qui poursuit sur le ton de la plaisanterie : « Ce qui m'a le plus frustrée, c'est que mes tests médicaux sont partis en France, tandis que moi je suis restée ici. » Et si elle a pleuré lorsque le médecin lui a parlé de la nécessité de commencer la chimiothérapie immédiatement – « Je ne voulais pas perdre mes cheveux ni prendre du retard dans mes études » –, Joanna a fait preuve, tout au long de son traitement, d'une grande force de caractère, une force qu'elle a puisée de sa mère, qui, indique-t-elle, « nous a appris, à ma sœur, à mon frère et à moi, à faire face ».
De ses multiples et longs séjours à l'hôpital, Joanna n'évoque ni la douleur, ni la peur, ni l'ennui ; par contre elle s'attarde sur les « gentilles infirmières » qui se sont occupées d'elle, sur les bénévoles qui lui ont rendu visite pour l'encourager et la divertir, et surtout sur ses nombreux échanges avec les autres patientes, toutes bien plus âgées qu'elle, et qu'elle soutient avec beaucoup de générosité. « Les gens ne savent pas comment se comporter face au cancer. Ils ont beaucoup d'interrogations : sur l'alimentation, sur le traitement, sur ses effets secondaires... J'essayais de partager avec eux ce que je savais... Ils ont peur de perdre leurs cheveux. Moi aussi au début. Mais il faut apprendre à relativiser. Finalement, ça n'a pas beaucoup d'importance », sourit-elle, fraîche et élégante dans sa belle robe printanière. La jeune patiente, qui « n'occupait sa chambre que lorsqu'elle avait vraiment mal », allait vers les autres malades, leur distribuait des sourires et des encouragements, et essayait de leur remonter le moral. « Je cherchais les mots pour ne pas les effrayer ni les décourager. »
Tourner le négatif en positif
« Lorsque j'avais mal, je pensais aux enfants malades qui, eux, souffraient sans comprendre ce qui leur arrivait », raconte Joanna. Et d'ajouter reconnaissante : « Ma mère restait avec moi à l'hôpital. Ses collègues l'ont bien soutenue. »
Lorsqu'elle retournait chez elle, entre deux séances de chimio, Joanna refusait de « vivre en malade ». « Je ne voulais pas m'imposer des limites. Si mon corps pouvait s'activer, il n'y a pas de raison que je l'en empêche. » Malgré la fatigue, elle se réveillait à 5h45 pour prendre le bus qui l'emmènera de Ajaltoun où elle vit à la faculté d'information, dans le caza du Metn, qu'elle a intégrée après son diagnostic. « J'y allais quotidiennement même si je n'arrivais pas toujours à terminer la journée. Il n'était pas question pour moi de manquer les cours. » Et grâce à sa détermination et au soutien de son entourage, Joanna a relevé le défi et a pu compléter sa licence en trois ans.
À la fac, « en général, tout le monde était gentil ». Un jour, Sandra Ayoub, une camarade que Joanna qualifie de « disciplinée, élégante et sympathique », l'aborde et lui demande si elle porte une perruque. « Elle l'a deviné, car elle aussi était malade, raconte Joanna. Et contrairement à moi, elle, elle parlait facilement de sa maladie. D'ailleurs, elle l'a fait pour nous deux. »
Joanna confie que la foi l'a aidée à faire face au cancer. Elle lui a également permis de donner du sens à ce qui en est dépourvu. « Je me suis dis qu'à travers cette expérience, la Sainte Vierge a voulu me faire comprendre que le journalisme, et non le droit, était ma voie et que, par ailleurs, j'avais une mission : faire preuve de courage et transmettre le message qu'il ne faut pas baisser les bras devant les coups de la vie, estime Joanna. Moi j'ai essayé et j'ai réussi. Il est possible de tourner le négatif en positif. »
Au mois de février, ses cheveux ont commencé à repousser. Encouragée par sa mère, Joanna enlève définitivement sa perruque. « Cela a coïncidé avec le premier jour du carême; c'est très symbolique pour moi », confie la jeune diplômée qui souhaite « contribuer à dénoncer les injustices et à aider les gens à comprendre ce qui arrive autour d'eux. » Et, revenant sur son choix de carrière, elle ajoute : « Des scènes de mon enfance m'ont marquée : mon père commençant ses journées à 6h avec le journal radio et les terminant en regardant les nouvelles du soir. »
Ses projets d'avenir ? Ambitieuse, Joanna entame à la prochaine rentrée un master, toujours à la faculté d'information. « Je tiens à remercier ma grande famille et tous ceux qui m'ont soutenue », insiste-elle.
Une belle histoire de courage, d'optimisme, de détermination. Une leçon de vie.

Patricia Eid, ou quand la passion donne des ailes

Portrait La jeune professeure adjointe en psychologie à la NDU veut contribuer à l'avancement des connaissances sur la violence conjugale au Liban.

Au moment où les jeunes cerveaux fuient le pays du Cèdre, Patricia Eid, elle, choisit d'y retourner avec, dans ses bagages, deux doctorats : un doctorat de recherche en psychologie et un autre en psychologie clinique décrochés en 2015 à l'Université du Québec à Montréal. « J'avais envie d'explorer le terrain libanais autant au niveau personnel qu'au niveau de la recherche », lance la brillante jeune femme en commentant son retour au pays qui l'a vue naître et qu'elle a quitté à l'âge de six ans. Réaliste, rationnelle et directe, la jeune psychologue ne tombe pas dans le sentimentalisme gratuit et insincère pour expliquer sa décision de s'éloigner du Canada où elle a vécu l'essentiel de sa vie et de retourner au Liban pour occuper un poste de professeure adjointe en psychologie à la faculté des sciences humaines de l'Université Notre-Dame de Louaizé (NDU). Et c'est donc loin des clichés et des phrases toutes faites qu'elle raconte, avec simplicité, comment, lorsque l'opportunité s'est présentée, quelques mois après l'obtention de ses diplômes de troisième cycle, elle n'a pas hésité à l'attraper et à intégrer ce poste qui lui permet de « mener des projets de recherche » et de « bonifier » son dossier.

Création d'une équipe de recherche
Passionnée, rigoureuse et intègre, la jeune professeure insiste dans son enseignement sur la compréhension de la méthodologie scientifique et l'importance du processus d'actualisation de la connaissance. « Les étudiants ont de la difficulté à comprendre que la connaissance est scientifiquement établie et qu'elle évolue », note-t-elle.
Parallèlement aux cours qu'elle dispense, l'enthousiaste chercheuse met en place, dès sa prise de fonction à la NDU en septembre 2015, une équipe de recherche rassemblant des étudiants motivés de premier cycle. Une riche et unique expérience qui donne aux jeunes universitaires l'occasion de travailler en équipe et d'apprendre les uns des autres, mais surtout qui leur offre la possibilité de « prendre part au processus d'acquisition de la connaissance » et de « mettre en pratique les concepts théoriques appris en classe » ; une expérience qu'ils n'auraient pas pu vivre autrement à ce stade de leur cheminement académique. Par ailleurs, et c'est d'une grande importance pour le reste de leur parcours, cette initiative valorise les étudiants, leurs efforts et leur travail puisque, d'un côté, leur professeure sait reconnaître les qualités individuelles et les compétences de chacun d'eux et en tirer parti pour l'avancement des travaux de recherche et de l'autre, elle met ses jeunes assistants en avant, que ce soit au sein de leur faculté ou dans d'importantes manifestations scientifiques hors campus telles que le congrès annuel de l'Association libanaise pour l'avancement des sciences (LAAS) où ils ont exposé leurs travaux de recherche.
Le premier projet que la jeune chercheuse libano-canadienne et son équipe ont entamé l'année passée est une recherche sur les attitudes face à la violence conjugale menée auprès de la population générale au Liban. « Nous avons développé un questionnaire qui mesure l'opinion ou l'acceptation de la population générale face à la violence conjugale ou entre partenaires intimes, dans différents groupes, cultures, personnalités. » Cette première étape est suivie par un travail rigoureux sur les variables, psychologiques au niveau de la personnalité ou liées aux milieux, associées à chaque opinion exprimée. « Les premiers résultats montrent que la violence ne dépend pas de la religion mais des niveaux de religiosité et de spiritualité », révèle la dynamique chercheuse dont les centres d'intérêt en matière de recherche tournent autour de trois axes. « D'abord, je m'intéresse aux dynamiques de communication conjugale ainsi qu'à la violence entre partenaires intimes, précise-t-elle. Ensuite, je m'intéresse à l'alexithymie, la difficulté à identifier et à exprimer ses états émotionnels, et son impact sur les perceptions sociales... Enfin, je m'intéresse à l'adaptation d'outils psychométriques dans des contextes cliniques (résilience, traumatismes, etc.) ou des contextes plus larges (alexithymie). »

Un cabinet à Jounieh
La jeune psychologue confie avoir choisi ce domaine, où « la finalité est la personne humaine », car elle voulait « travailler avec les gens, être en contact avec eux et faire en sorte d'améliorer la qualité de leur vie ». Riche de son expérience canadienne en psychologie clinique, elle a ouvert, parallèlement à ses fonctions à la NDU, un cabinet de psychologie à Jounieh où elle reçoit des adultes et des couples en quête de mieux-être. À une question sur la particularité des troubles, inadaptations ou autres difficultés existants au Liban, elle répond : « Je vais retrouver les mêmes problèmes qu'à Montréal. Partout, il y a des dépressions, des suicides, des problèmes entre parents et enfants... Par contre, la façon de les traiter, elle, diffère légèrement car nous ne pouvons pas considérer uniquement l'individu, nous devons également considérer sa famille, sa mentalité, sa culture. »


Article paru sur le site de Talents Libanais : Roula Azar Douglas, écrire pour briser le silence

Roula Azar Douglas est écrivain, journaliste à L’Orient-Le Jour, enseignante à l’Université libanaise et activiste pour les droits des femmes.  Talents Libanais l’a rencontrée à quelques jours de sa participation prévue  aux Journées du Liban à Paris*, prévue le samedi 19 mars  à 15h30.

Vous présenterez à Paris votre livre « Chez nous, c’était le silence » publié aux éditions Dergham en 2008 et traduit en arabe en 2009. Pouvez-vous nous en parler ?
Ce livre, je l’ai écrit d’une manière spontanée si on peut dire. C’est ce qui explique en partie sa forme linéaire, non retouchée. Inspiré d’une histoire vraie, il puise son essence dans le vécu d’une femme que j’ai connue à Beyrouth il y a des années. Pourquoi vouloir raconter le calvaire de cette mère de famille libanaise mariée à un homme violent et manipulateur ? Pour dénoncer la violence conjugale évidemment. Mais également pour lui rendre, en quelque sorte, hommage.
Dans « Chez nous, c’était le silence », le lecteur entrevoit une partie de la vie de Ghada (l’héroïne) mariée très jeune à un pervers narcissique et en toile de fond, des bribes de la guerre civile qui faisait rage à cette époque au pays du Cèdre .
Pour moi, la forme est également très importante. Pour décrire et mettre en lumière l’horreur de la violence domestique, j’ai opté pour un style simple, des mots courants et concis, une écriture journalistique.

Vous précisez que dans « Chez nous, c’était le silence » se mêlent réalité et fiction. Quelle part allouez-vous dans votre ouvrage à la fiction et pourquoi ?
Et imaginant, dans la seconde partie du livre, une autre issue à la vie de Ghada, j’ai voulu donner aux femmes qui vivent cette violence, l’envie de se battre, de se prendre en main, de changer leur destin. Dans des sociétés comme les nôtres où les gens, en grande partie, croient ferme que les moindres détails de leurs quotidiens émanent de la volonté de Dieu, il est important de dire aux victimes des violences conjugales qu’elles peuvent reconquérir leur vie.

Votre deuxième roman est prévu pour 2016. Pourquoi écrivez-vous ? 
L’écriture m’est vitale. Écrire me permet d’entrer en contact avec mon moi le plus profond, de le cerner et de le comprendre. C’est ma manière de réfléchir et de vivre ma vie. Mais au-delà de l’introspection, c’est à travers l’écriture que je me situe par rapport au monde. Par ailleurs, j’écris pour être lue. J’écris pour toucher, pour provoquer une réflexion, pour contribuer au changement… Ainsi, je prends ma plume pour défendre les valeurs de la dignité humaine, de la démocratie, de l’égalité, de la liberté, de la tolérance et de la justice sociale.
En tant que journaliste, responsable d’une page consacrée à l’actualité universitaire au Liban, j’écris pour informer mais également j’écris pour encourager, pour soutenir, pour mettre en lumière des jeunes qui ont du talent, qui prennent des responsabilités, qui s’engagent dans des actions sociales ou culturelles.
* Les Journées du Liban sont prévues du 18 au 20 mars, à Paris, au Halle des Blancs manteaux, 48 rue du Temple.

La Medical Student Association, ou quand les étudiants en médecine tendent la main à la communauté

Nadia Haddad, la dynamique présidente de la MSA.
Un asile pour personnes âgées. Plus de deux cents résidents. Des femmes et des hommes dont certains ont le triste sentiment de vivre le temps qui leur reste en marge de la vie. Et, de l'autre côté, de jeunes étudiants en médecine, au début du chemin, qui ont décidé de libérer un moment dans leur emploi du temps très chargé pour aller vers les autres, tendre la main aux plus faibles et leur donner un peu de chaleur et d'humanité. « Au sein de la Medical Student Association de la LAU (MSA), nous avons créé cette année un nouveau comité, le comité des affaires extérieures, dont l'objectif est d'agir concrètement au sein de la société, de changer les choses, de contribuer à un monde meilleur et de partager avec les membres de notre communauté une partie des fonds générés par les différentes activités que nous organisons », explique Nadia Haddad, étudiante en 5e année de médecine (Med 2) et dynamique présidente de la MSA depuis octobre 2015. Les futurs médecins ont ainsi visité, au mois de décembre, une maison de retraite à Hboub, les bras chargés de pâtisseries payées avec les bénéfices de la fête de Halloween que le comité social de la MSA a organisée au mois de novembre. « On leur a apporté des gâteaux et du jus. Mais le plus important, c'est le temps que nous avons passé avec eux », poursuit Nadia avec enthousiasme. Les aînés et les jeunes étudiants ont dansé et chanté ensemble. Et, pendant quelques heures, la distance générationnelle et toutes les différences se sont effacées.
Dans le même esprit, seize familles dans le besoin ont reçu la visite des étudiants chargés de paniers de denrées, de couvertures, d'appareils de chauffage. « Nous avions également offert des cadeaux aux enfants. C'était durant les fêtes de fin d'année et nous voulions répandre l'esprit de Noël », précise Nadia. Une initiative qui s'est concrétisée grâce aux fonds collectés lors du concert de Noël « qui a rassemblé 250 personnes dont le président de la LAU et le doyen de la faculté de médecine ». Également organisé par le comité social, le concert fut animé avec joie par des étudiants, résidents et médecins qui ont des talents artistiques : danse, chant, maîtrise d'un instrument de musique... « Nous avons choisi d'aider des familles de Byblos. Il était naturel pour nous de s'intéresser d'abord aux plus proches pour éventuellement aller plus loin plus tard », ajoute Nadia. Engagée et généreuse, la jeune étudiante a consacré une grande partie de son temps et de son énergie à faire de la MSA ce qu'elle est devenue aujourd'hui. « Donner sans rien attendre en retour. C'est ce que moi et tous les membres du conseil avons essayé de faire cette année. Et le sentiment est merveilleux », confie-t-elle.


Construire des médecins responsables
La MSA, établie à la LAU en 2011, rassemble aujourd'hui quelque 200 étudiants en médecine. « L'objectif de notre association, qui est une section de l'American Medical Student Association (AMSA), est de former des médecins responsables. Des médecins qui veulent innover, changer, améliorer et soutenir leur communauté », souligne Nadia. Et d'insister : « Nous n'attendrons pas de devenir médecins pour contribuer au changement. »
La MSA est dirigée par un conseil composé de onze membres, des étudiants en 4e et 5e année de médecine. Elle est composée de huit comités, dont le comité social et celui des affaires extérieures. « Le comité du Diagnostic Medical Day est responsable de l'organisation de la Journée du diagnostic médical. Il s'agit d'une compétition annuelle limitée à l'origine aux étudiants de la LAU ; nous l'avons ouverte cette année aux étudiants en médecine des autres universités libanaises. Lors de ce concours, les étudiants, répartis en groupes, doivent établir un diagnostic dans le cas d'un patient virtuel avec lequel ils communiquent via Skype. Chacun des groupes présentera les résultats de ses analyses devant un jury qui sélectionnera le groupe lauréat. Les prix que nous offrons sont respectivement de 1 200, 800 et 400 dollars américains », indique Nadia.
Le comité du Medical Awareness, lui, a pour objectif de sensibiliser la population aux questions médicales. Les campagnes sont organisées sur le campus de la LAU. « Lors de la dernière journée de sensibilisation, organisée au mois de novembre, nous avons accueilli 150 personnes. Nous avons mesuré le taux de glucose dans le sang et la tension artérielle des visiteurs, et leur avons expliqué tout sur le diabète, les traitements et les risques qui y sont liés », souligne Nadia.
Par ailleurs, la communication avec le public est très importante pour la MSA. « Notre comité média est très actif sur les réseaux sociaux. C'est lui également qui crée nos affiches », souligne Nadia, qui ajoute : « Sans oublier le comité MedNashra en charge de notre journal médical qui rencontre un grand succès en ligne. »
Après des études en médecine générale à la LAU, « la plupart des étudiants ambitionnent de se spécialiser aux États-Unis », confie la jeune présidente. Mais pour être acceptés dans les facultés américaines, ces jeunes médecins doivent réussir le très difficile United States Medical Licensing Examination (USMLE). « D'où l'importance de notre comité du USMLE qui organise des sessions de préparation ouvertes aux étudiants. »
Dernière activité réussie de cette très énergique association : le dîner de gala, événement -phare pour la collecte des fonds, organisé par le comité de financement de la MSA le 19 février au Four Seaons Hotel à Beyrouth et qui a rassemblé une foule d'étudiants en médecine, de professeurs, de membres du personnel universitaire, de résidents et de médecins. « Ils sont tous venus pour soutenir l'École de médecine et applaudir la MSA pour ses activités au cours de cette année. Cette magnifique soirée servira, entre autres, à venir en aide à de petits orphelins », ajoute Nadia. Et de conclure : « La MSA m'a changée. Elle a fait sortir le meilleur de moi-même. J'espère que les étudiants qui prendront la relève l'année prochaine garderont le flambeau allumé. »


Nadia Haddad, la dynamique présidente de la MSA, lors du dîner de gala de l’association organisé à l’hôtel Four Seasons à Beyrouth le 19 février.